lutte ouvriere
Texte du dernier meeting d'Arlette Laguiller
- Interventions du 11 et 12 mai 2008 à la fête de Lutte Ouvrière -
    
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Intervention du dimanche 11 mai
Travailleuses, travailleurs, chers camarades et amis,
Je vous salue toutes et tous en vous souhaitant de profiter de la fête, des spectacles, des attractions, de la cité des sciences, de l’arboretum, des spécialités culinaires, mais aussi des nombreux forums et débats sur des sujets politiques et des problèmes sociaux. Profitez surtout de la fraternité et de l’amitié qui nous réunissent.
Je suis très heureuse que nous soyons nombreux ici, à ce meeting comme dans les allées de la fête. Bien sûr, le soleil, le beau temps y sont pour quelque chose. Mais toutes celles et tous ceux qui sont fidèles à notre fête annuelle savent que le temps ne nous a pas toujours gâtés et que la pluie, qui n’est jamais conviée, s’invite plus souvent qu’à son tour !
Et, pourtant, qu’il fasse beau ou moins beau, notre fête créée en 1971, dans la foulée de mai 68, est toujours là, la seule fête de l’extrême gauche révolutionnaire, son plus grand rassemblement populaire aussi. Cela tient à beaucoup de choses mais, principalement, sans doute à ceci : alors que tant d’organisations, si puissantes dans les années qui ont suivi 1968, se sont dissoutes ou ont disparu ; alors que tant de leurs dirigeants, qui se disaient, à l’époque, révolutionnaires, se sont intégrés dans l’ordre existant et, de préférence, par le haut, dans les ministères ou à la tête de journaux ; alors que tant de leurs intellectuels, devenus philosophes quasi-officiels, débitent aujourd’hui des lieux communs de droite ou d’extrême droite, nous sommes restés fidèles à nos convictions communistes révolutionnaires.
Notre fête est une fête populaire mais elle est aussi une fête politique. Une fête où s’affichent fièrement les idées de la lutte de classe, les idées de l’émancipation sociale, ainsi que les traditions du courant communiste révolutionnaire, alors que c’ est tant à la mode de rejeter jusqu’aux mots « révolutionnaire », « ouvrier », « communiste » et même « socialiste ».
Eh bien oui, nous voulons tenir haut un drapeau, perpétuer une tradition dans le mouvement ouvrier, cette tradition qui était incarnée dans le passé par les Communards, par le Parti socialiste à son origine, du temps de Guesde ou de Lafargue ; ou par le Parti communiste, ce parti qui, sous l’influence de la révolution prolétarienne en Russie, s’était constitué contre la direction du Parti socialiste devenue réformiste.
Nous gardons la conviction que c’est en reprenant les idées, les principes issus d’un siècle de mouvement ouvrier, de ses luttes, de ses succès, de ses échecs, que la classe ouvrière pourra retrouver le rôle politique qui était le sien à certains moments et peser sur la vie politique et sociale de ce pays.
Tout dans l’évolution du capitalisme, y compris son évolution la plus récente, montre que l’ordre économique actuel, basé sur la propriété privée, le marché, la recherche du profit, est incapable d’améliorer le sort du monde du travail, voire de toute la société.
Malgré les progrès de la science et des techniques, malgré l’accroissement de la productivité du travail, les inégalités sociales ne diminuent pas mais, au contraire, se creusent toujours plus.
La vie n’a jamais été facile pour une famille ouvrière mais il y a trente ou quarante ans, elle pouvait espérer que cela irait mieux pour les générations suivantes. Mais, aujourd’hui, quelle est la famille ouvrière qui ne craint pas que ce soit encore pire pour la jeune génération ? Que le chômage soit plus important, les salaires, plus bas, la précarité, plus obsédante. Et ce sentiment est fondé sur la dégradation continue de la condition salariale depuis, au bas mot, une trentaine d’années.
Et cette dégradation des conditions d’existence de la seule classe productive de la société est d’autant plus révoltante qu’en face, la grande bourgeoisie s’enrichit outrageusement et que les entreprises affichent des profits extravagants.
L’actuelle crise financière est la démonstration que le capitalisme n’est pas seulement un ordre social injuste mais, aussi, que son fonctionnement n’est contrôlé par personne, pas même par les maîtres de l’économie, tant il est irrationnel et dément. Ce n’est pas seulement une économie qui, pour accumuler toujours plus de richesse entre les mains d’une minorité, pousse la majorité vers la pauvreté. C’est aussi une économie où des centaines de milliards accumulés dans l’exploitation peuvent s’envoler en fumée dans un mouvement spéculatif. Quelle que soit l’évolution ultérieure de la crise financière actuelle, elle représente déjà un gâchis effroyable, un gaspillage révoltant du travail humain.
Alors, oui, nous nous revendiquons de ce courant du mouvement ouvrier qui considère qu’il doit être mis fin à la mainmise d’une minorité de capitalistes sur l’ensemble de l’économie. De ce courant qui a la conviction que seuls, les travailleurs, c’est-à-dire les ouvriers, les employés, les techniciens, dans toute la variété des professions engendrées par l’économie d’aujourd’hui, tous ceux qui font tourner cette économie et qui lui permettent de fonctionner, ont les moyens de réaliser la transformation radicale de la société. Seule la classe des travailleurs a la puissance sociale d’exproprier le grand capital, de mettre fin à l’exploitation, à la concurrence, à la recherche du profit, et de permettre enfin à la collectivité de maîtriser sa production et de l’orienter pour satisfaire les besoins de tous.
Et c’est justement dans les périodes de réaction qu’il est important d’affirmer la persistance des idées communistes révolutionnaires. Ce ne sont certainement pas les idées dominantes du présent, mais ce sont les idées de l’avenir.
Après un an de présidence Sarkozy, tous peuvent constater que cet homme est le porte-parole des plus riches de la société, c’est-à-dire de cette minorité qui exploite les travailleurs et les pousse vers l’appauvrissement. C’est en fonction des intérêts des riches qu’il gouverne, et rien qu’en fonction de cela.
Je ne vous égrènerai pas la litanie de toutes les mesures qu’ils nous présentent comme des « réformes » indispensables, inévitables. Elles ont toutes en commun de frapper tantôt l’ensemble des classes populaires, tantôt telle ou telle de leurs catégories particulières. J’aurais du mal à énumérer toutes ces mesures, tant elles sont nombreuses.
L’ensemble de sa politique vise à prendre aux pauvres pour donner aux riches.
Les caisses de l’État sont vides, dit l’équipe au pouvoir. Cela ne l’a pas empêchée d’inaugurer son pouvoir en distribuant des milliards aux possédants grands et petits et d’instaurer ce « bouclier fiscal » qui ne protège que les plus riches.
Mais, en revanche, elle fait payer toujours plus les travailleurs, les retraités, les chômeurs. De l’augmentation des franchises médicales à la diminution des allocations familiales, de l’augmentation du nombre d’annuités pour toucher une retraite complète à la baisse programmée des revenus des chômeurs, de la réduction du nombre d’emplois dans les services publics à la dégradation des conditions de soins dans les hôpitaux ou d’enseignement dans les écoles, tout cela ne frappe que les classes populaires. Et frappe d’autant plus directement que le revenu est modeste.
Et tout cela, alors que la flambée des prix alimentaires, de ceux du gaz, du fioul domestique et du carburant, est en train de démolir le pouvoir d’achat. Pour un homme qui, pour se faire élire, avait promis d’être le “président du pouvoir d’achat”, le mensonge est flagrant, grossier.
Il y a un an, au moment de notre précédente fête, Sarkozy qui venait juste d’être élu était présenté par les partis de gauche, comme un homme fort. Ce n’est certes pas la première fois que ces partis présentent un pouvoir de droite comme un pouvoir fort, simplement pour dissimuler leur propre lâcheté politique à le combattre. Mais la politique que Sarkozy mène n’est pas seulement sa politique bien que ce soit à lui qu’il est demandé de la mettre en musique et d’en assumer la responsabilité devant le pays.
Mais ceux qui imposent ces mesures ne sont pas sur le devant de la scène. Nous avons dit et répété pendant la campagne électorale de l’élection présidentielle en 2007 qu’il ne fallait pas se laisser tromper par la comédie de l’opposition entre dirigeants politiques. Car tous ne sont, en réalité, que des marionnettes dont d’autres tirent les ficelles. Ceux qui tirent les ficelles, c’est le grand patronat, ce sont les dirigeants et les propriétaires des grands groupes industriels et financiers et des grandes banques. Ces gens-là savent qu’il n’est possible d’assurer les profits élevés qu’exige la finance aujourd’hui qu’en écrasant toujours plus le monde du travail. Ils soumettent la vie réelle de la population, ses conditions d’existence, aux cours de la Bourse, à la fluctuation de la spéculation.
Ils ont pour objectif dans toutes les entreprises, dans tous les pays, de réduire la masse salariale en bloquant les salaires, en réduisant les effectifs pour faire faire plus de travail avec moins de travailleurs.
C’est pour pouvoir imposer cela plus facilement que le patronat exige du gouvernement qui représente ses intérêts de modifier la législation du travail, de faciliter les licenciements, de favoriser les contrats précaires par rapport aux contrats à durée indéterminée, de restreindre le droit de grève.
C’est encore le patronat qui exige que soit drainé vers lui tout l’argent qu’on peut récupérer au détriment des classes populaires. L’argent de l’État, bien sûr. Quitte à ce que soient diminuées en conséquence les sommes consacrées aux hôpitaux, aux écoles des quartiers populaires, aux transports collectifs destinés aux travailleurs. Mais le patronat exige aussi du gouvernement que celui-ci mette de plus en plus à sa disposition la caisse de la Sécurité sociale, la caisse des retraites. Ces caisses sont pourtant financées par les travailleurs, et cet argent représente une part de leurs salaires. Chaque fois que le gouvernement décide de réduire, voire de supprimer, des « charges sociales » patronales pour telle ou telle catégorie, c’est en réalité une subvention aux patrons avec l’argent des salariés. Et ce sont pourtant les allocataires que l’on accuse du déficit de la Sécurité sociale !
Oui, le gouvernement de droite est l’ennemi déclaré du monde du travail !
Mais face à ce gouvernement de droite, la gauche officielle, c’est-à-dire essentiellement le Parti socialiste, est totalement absente. Pour expliquer les silences et les hésitations de ce parti, la presse insiste sur le choc des ambitions à son sommet, sur le trop-plein de candidats pour le poste de premier secrétaire ou pour celui de candidat à la prochaine élection présidentielle.
Choc des ambitions, sûrement. Mais, les hésitations du Parti socialiste ne découlent pas de ce trop-plein de dirigeants. Regagner du crédit dans l’électorat populaire exigerait que le Parti socialiste propose une politique différente de celle de la droite. Mais même dans l’opposition et condamné à y rester pour les quatre ans qui restent, le Parti socialiste ne veut rien proposer qui puisse l’engager dans l’avenir, au cas où il reviendrait au pouvoir.
Ségolène Royal, par exemple, a accordé au journal Le Parisien deux pages d’interview. Elle y dénonce la politique de Sarkozy, ses promesses mensongères d’augmenter le pouvoir d’achat, de revaloriser le minimum vieillesse et les petites retraites. Elle constate que le mécontentement monte et affirme que « une crise grave est tout à fait possible ». Mais, à la question concernant le chômage, elle n’a rien d’autre à proposer que la formation ou la valorisation des métiers comme le bâtiment, la restauration ou les services à domicile ! Quant la question : « comment accroître le pouvoir d’achat », elle parle de doubler la prime pour l’emploi, c’est-à-dire faire payer la caisse de l’État mais pas d’ obliger les patrons à augmenter les salaires.
Pendant les années où le Parti socialiste était au pouvoir, il a changé certaines choses dans le bon sens, comme l’abolition de la peine de mort ou le PACS. Mais il n’a pratiquement rien changé en ce qui concerne le niveau de vie, les salaires, les conditions de travail. Car, pour changer les choses sur ce terrain, là où cela compte, et compte réellement pour le monde du travail, il faut vouloir toucher aux bénéfices patronaux. Et le Parti socialiste, même dans l’opposition, se garde de faire des promesses qui puissent l’engager sur ce terrain.
Malgré la chute record de sa popularité, Sarkozy persiste et signe. Il continuera les réformes. Il continuera à taper sur le monde du travail. Les dirigeants politiques servent aussi à cela : assumer la responsabilité politiques des décisions exigées par le grand patronat, quitte à se déconsidérer. Ils servent de fusibles. Le grand patronat n’a que faire de l’ambition ou de la carrière des hommes politiques car, pour lui, qu’ils soient de droite ou de gauche, ils sont interchangeables.
Mais si Sarkozy et son gouvernement continuent à porter des coups aux classes populaires, ils finiront par provoquer une explosion sociale. Cette explosion que craint l’équipe de droite au pouvoir et que redoutent les dirigeants socialistes est la seule façon d’arrêter les coups qui sont portés aux travailleurs. Mais, à condition de ne pas s’attaquer aux seuls pantins qui sont sur la scène, mais aussi et surtout à ceux qui, derrière, tirent les ficelles ; à condition d’imposer au grand patronat un autre rapport de force.
En cette période de forte hausse des prix des produits de première nécessité, il y a des revendications qui s’imposent. Non seulement il faut une augmentation générale et conséquente de tous les salaires, de toutes les pensions, mais il faut que les salaires ainsi augmentés soient indexés sur l’évolution des prix. A d’autres époques de forte inflation ou de hausse brutale des prix, les communistes révolutionnaires mettaient en avant la revendication d’échelle mobile des salaires. Ils exigeaient que les contrats collectifs assurent l’augmentation automatique des salaires en fonction de la montée des prix des articles de consommation. Cette revendication redevient d’actualité. Oui, il faut l’échelle mobile des salaires et des pensions !
Il ne s’agit pas seulement de protéger ceux de la classe ouvrière qui ont du travail. Une des conséquences les plus intolérables du fonctionnement dément de l’économie capitaliste, c’est la transformation d’une partie croissante des travailleurs en chômeurs chroniques, réduits à survivre avec les miettes que l’État veut bien leur jeter. Et, non seulement le gouvernement diminue les allocations, mais il y ajoute l’humiliation volontaire et vise à rendre les chômeurs responsables de leur misère. Les travailleurs ne peuvent pas accepter cela, ni laisser s’installer une coupure entre ceux qui ont du travail et ceux que ce système fou a jetés à la porte. Pas plus qu’ils ne peuvent laisser s’installer une coupure entre ceux qui ont la carte d’identité française et les travailleurs immigrés avec ou sans papiers. Alors, au-delà de cette exigence de solidarité élémentaire qu’est la régularisation de tous les sans-papiers, je tiens à répéter avec force : nous tous, nous sommes la même classe ouvrière !
Le chômage ne diminue que dans les statistiques du gouvernement. Mais les grandes entreprises continuent à licencier, à fermer des usines ou à délocaliser, à réduire leurs effectifs ne serait-ce qu’en mettant les intérimaires à la porte. Il s’agira, quand le rapport de force le permettra, d’interdire les licenciements et d’imposer la répartition du travail entre tous sans diminution de salaire.
Mais imposer ces objectifs, les seuls qui soient à même de répondre aux deux maux dont la classe ouvrière a le plus à souffrir, c’est contester le pouvoir absolu du grand patronat sur les entreprises. Ce n’est pas possible autrement que par une lutte importante, généralisée, du monde du travail, suffisamment puissante pour inquiéter le grand patronat et l’obliger à reculer.
Rien ne peut être changé d’essentiel pour les travailleurs sans une telle mobilisation. Mais lorsque cela se produira, il faut que les travailleurs imposent des revendications qui changent durablement la vie du monde du travail.
Il faut imposer au patronat de rendre publique, au jour le jour, la comptabilité des grandes entreprises. Il faut que les travailleurs d’une entreprise, que ses consommateurs et ses usagers puissent avoir accès à ses projets à court et à long terme. Il faut qu’ils puissent savoir le montant de ses recettes et aussi la façon dont elle projette de les utiliser.
Il faut aussi rendre accessible à tout un chacun les revenus, les avoirs et les biens des propriétaires des entreprises industrielles et bancaires. Car c’est ce contrôle qui permettra de démontrer qu’il est tout à fait possible de satisfaire les revendications essentielles de la population : maintenir les emplois, augmenter les salaires, assurer à tous un logement correct et à tous les enfants des classes populaires, une éducation convenable. Ou pour imposer que l’argent extorqué aux travailleurs ne soit pas détourné vers la spéculation.
Le premier pas dans cette direction c’est de supprimer toutes les lois qui protègent le secret commercial, le secret bancaire, le secret industriel, derrière lesquels les patrons et les conseils d’administration préparent tous les mauvais coups contre les travailleurs et la société. Les travailleurs ont certainement au moins autant de droits que les capitalistes de connaître les « secrets » des entreprises, des groupe industriels et financiers et de l’économie tout entière.
Ce n’est pas le programme d’une révolution, mais c’est une revendication essentielle à imposer lors d’une lutte générale.
Et, précisément lors d’une lutte générale, lorsque des millions de travailleurs se sentent concernés par leur sort et veulent agir dessus, il leur est facile d’imposer ce contrôle. Car ce sont eux qui font marcher l’économie. Ce sont eux qui savent collectivement comment leurs entreprises fonctionnent. Ce sont eux qui tiennent les comptes. Il leur suffit alors de mettre en commun ce qu’ils savent et d’en tirer collectivement les conséquences qui s’imposent.
Camarades et amis,
Voilà le programme sur lequel nous militons depuis bien des années, depuis que l’absurdité de l’économie capitaliste a abouti à cette longue crise avec ses soubresauts successifs dont la société ne parvient pas à sortir.
C’est ce programme que nous défendons dans toutes les élections, lorsque nous avons les moyens de nous adresser à l’ensemble de la population. C’est un programme de lutte, et il ne peut être adopté et repris par des travailleurs qui veulent changer leur sort qu’au moment de grandes luttes.
Mais, pour que les travailleurs puissent alors le reprendre à leur compte et lui donner la force capable de l’imposer, encore faut-il des militants pour populariser ce programme sans se décourager.
Nous ne sommes pas les seuls à penser qu’une crise sociale se prépare dans les profondeurs de la société.
Je l’ai dit, même Ségolène Royal en parle, mais pour la redouter, et je suis certaine que le grand patronat lui-même, ses têtes pensantes en tout cas, s’en inquiète.
Eh bien, nos idées, notre programme, sont faits pour les périodes de crise sociale. Nous n’avons certes pas les moyens de faire en sorte que notre classe sociale, que les millions de travailleurs retrouvent confiance en eux-mêmes et, par là, retrouvent cet esprit de solidarité, de coopération et de combativité qui est propre à ces périodes où la classe ouvrière pèse sur la vie politique. C’est le patronat avec son avidité sans limite, ce sont ses laquais politiques, par leurs provocations, qui feront que ce moment arrivera, inévitablement. Ce que nous pouvons faire, c’est défendre des objectifs, un programme de lutte, qui changent la vie.
Camarades et amis,
Je vous souhaite bon courage pour cette activité. Mais, pour les heures qui viennent, profitez de la fête et de sa fraternité. Cette fraternité qui vient de la conviction commune que l’ordre économique actuel injuste et oppresseur peut et doit être combattu jusqu’à sa disparition complète !
Intervention du lundi 12 mai
Camarades et amis,
Comme il est de tradition dans notre fête, je voudrais saluer aujourd’hui plus particulièrement les camarades représentant des groupes qui militent dans d’autres pays du monde. Notre fête est celle de Lutte Ouvrière, mais aussi celle de nos camarades de Combat Ouvrier en Guadeloupe et en Martinique, celle de nos camarades du groupe américain Spark, celle de l’Union Africaine des Travailleurs Communistes Internationalistes, de l’Organisation des Travailleurs Révolutionnaires d’Haïti, celle du groupe qui, en Turquie, s’exprime dans la publication Sinif Mucadelesi et, en Italie, dans L’Internazionale. Notre fête, c’est aussi celle de tous les camarades qui se revendiquent de l’Union Communiste Internationaliste en Grande-Bretagne, en Belgique, en Allemagne, en Espagne et à l’île de La Réunion.
Je salue aussi les représentants d’autres groupes qui ne partagent pas nécessairement toutes les idées de l’UCI mais qui, cependant, partagent avec nous la perspective d’une transformation radicale de la société.
Nous avons tous en commun l’objectif de construire dans nos pays respectifs des partis révolutionnaires communistes qui puissent devenir des instruments de combat pour la classe ouvrière et, lorsque des crises importantes en donneront la possibilité, les instruments de leur émancipation.
La perspective de construire un parti qui représente les intérêts politiques de la classe ouvrière ici, en France, se confond avec la perspective de construire une organisation internationale avec les mêmes objectifs. En cela, nous nous réclamons de cette tradition s’est incarnée pour la première fois dans la Première Internationale de Marx et Engels.
Etre communiste, c’est être internationaliste. Pour cette génération de révolutionnaires dont Marx faisait partie, il était inconcevable même seulement d’imaginer que l’on puisse mettre fin au système capitaliste, transformer radicalement la société et construire une société débarrassée de l’exploitation et de la loi du profit dans le cadre d’un seul pays.
Depuis toujours, deux expressions résument le programme des communistes : « L’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes » et « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ».
Il ne peut en être autrement. Le capitalisme lui-même a émergé dès le début comme un système d’exploitation et d’oppression à l’échelle du monde. C’est le développement du capitalisme qui a unifié l’économie et, par là même, les destins des différents peuples de la planète.
Contrairement aux stupidités nationalistes, les peuples se mélangent depuis des temps immémoriaux. Mais le capitalisme a donné à cela une ampleur sans précédent. C’est le développement de la production capitaliste qui, par la déportation ou par la migration forcée, a déplacé des populations et les a mélangées à d’autres. Tout le rappelle, jusqu’à la dernière lubie de Sarkozy qui, comme vous le savez, propose que désormais l’histoire de l’esclavage soit enseignée aux enfants. C’est dérisoire. Cela fait déjà partie du programme des écoles primaires. Les enseignants n’ont pas attendu Sarkozy pour en parler, mais leur problème est de savoir comment le faire bien alors que l’Education nationale se prépare à supprimer deux heures d’histoire et réduit le nombre d’enseignants ! Et voilà qu’il prétend apprendre aux élèves à regarder la traite des noirs, et je le cite, « de façon lucide et apaisée » !
Eh bien, s’il y a une façon lucide de regarder ce passé, il ne peut certainement pas être apaisé. Car ce passé rappelle que le capitalisme s’est développé grâce à l’esclavage, au pillage, aux guerres. Qu’il s’est développé dans le sang et la souffrance, pas seulement des esclaves dans les plantations de canne à sucre aux Antilles ou à Haïti, mais aussi dans la souffrance des prolétaires des filatures de Manchester ou de Roubaix. Dans la souffrance de ceux qui, commençant à travailler douze ou quinze heures par jour à six ans, mouraient d’usure et de vieillesse à 25 ans, entassés dans les taudis des villes industrielles.
Mais, justement, dès cette époque, les destins des peuples d’Europe, d’Afrique et d’Amérique étaient liés. Leurs classes populaires avaient en commun, déjà à l’époque, d’être sacrifiées sur l’autel de l’accumulation du capital, c’est-à-dire pour permettre à la bourgeoisie de s’enrichir.
Mais c’est l’internationalisation de la division du travail, l’intégration de toutes les économies du monde dans une seule économie mondiale qui ont permis au capitalisme de développer la production à un niveau sans précédent dans l’histoire humaine. C’est cela qui permettra au prolétariat, lorsqu’il aura renversé le capitalisme, de créer une société débarrassée de l’exploitation, du marché, de la propriété privée, de la course au profit et, par là même, des crises économiques et des guerres.
Ces idées-là ont été chassées du mouvement ouvrier avec l’évolution des partis socialistes vers le réformisme, puis des partis communistes vers le stalinisme. Et l’alignement d’abord du Parti socialiste derrière sa bourgeoisie nationale lors de la Première Guerre mondiale, puis le cours nationaliste pris par les partis communistes à partir des années 1930, ont été la plus sûre indication de leur dégénérescence et de leur transformation de partis des ouvriers en partis au service de la bourgeoisie.
Eh bien, aujourd’hui, le tissu des relations entre différents pays est infiniment plus fort qu’au temps de Marx. C’est une évolution irréversible et revenir en arrière même partiellement sur cette mondialisation ne pourrait se faire qu’au prix d’une régression effroyable. Et c’est bien le signe du recul des idées communistes révolutionnaires que des courants qui prétendent s’opposer à la mondialisation puissent se considérer comme des gens de progrès.
Ce que le prolétariat a à combattre, ce n’est certainement pas la mondialisation, mais c’est le capitalisme et tout ce qui en dérive, l’impérialisme, c’est-à-dire la domination économique et politique de quelques pays capitalistes développés sur le reste du monde.
Ce dont souffre aujourd’hui la société, ce n’est pas de la mondialisation, mais de la dictature d’un nombre restreint de groupes industriels et financiers, en concurrence les uns avec les autres. Ce dont elle souffre, c’est que toute l’activité économique, toutes les immenses possibilités scientifiques, technologiques et productives de la société, soient subordonnées à la recherche du profit par une petite minorité qui contrôle les richesses du monde et les moyens de les produire.
Ce n’est pas la mondialisation mais le capitalisme qui fait que quelques centaines de spéculateurs qui déplacent leurs capitaux des crédits hypothécaires américains vers le blé, le maïs, le riz ou le soja et aient aussi le pouvoir de pousser des millions d’être humains de la malnutrition vers la famine.
Ce n’est pas la mondialisation mais le capitalisme, l’économie de marché qui a poussé les pays pauvres à abandonner les cultures vivrières au profit de productions pour le marché mondial, ce qui rend par là même leur nourriture quotidienne dépendante des fluctuations du marché et, on le voit aujourd’hui, des fluctuations de la Bourse et de la spéculation.
Ce n’est pas la mondialisation mais le capitalisme, les lois du marché, qui font que les animaux d’élevage ou les animaux de compagnie des pays riches, sont mieux nourris que les êtres humains de la moitié pauvre de la planète. Et cela, tout simplement parce que leurs propriétaires disposent pour leurs animaux d’un pouvoir d’achat supérieur à celui d’une partie des classes populaires d’Afrique, d’Haïti ou d’Asie.
Ce n’est pas la mondialisation mais la course au profit de l’économie capitaliste qui pousse à la fermeture des usines, aux licenciements, à ce dramatique gâchis humain qu’est le chômage. Quand ce n’est pas ce gaspillage formidable qui fait que des milliards partent dans la fumée de la spéculation ; alors même que ces milliards sont arrachés aux travailleurs centime par centime par l’intensification incessante du rythme de travail et par la réduction de leur pouvoir d’achat.
C’est cette situation que protègent les armées de toutes les puissances impérialistes du monde. C’est pour protéger les prérogatives particulières de ce système que notre impérialisme à nous, l’impérialisme français, maintient en permanence des troupes dans plusieurs pays de son ancien empire colonial. C’est pour cela qu’elles sont intervenues et qu’elles interviennent encore au Tchad, en Centrafrique et en Côte-d’Ivoire.
Mais, en intervenant dans les pays opprimés, les armées des puissances impérialistes aggravent encore la situation. Il n’y a que les dirigeants de l’impérialisme américain ou anglais, pour oser affirmer encore aujourd’hui que leur intervention en Irak a été utile à la population de ce pays.
Il n’y a qu’eux, auxquels il faut ajouter cette fois-ci les dirigeants de l’impérialisme français, qui osent dire que leur intervention a amélioré le sort de l’ensemble de la population d’Afghanistan, alors que la misère est toujours là et que les seigneurs de guerre continuent à dominer le pays.
Et puis, bien d’autres pays, et pas seulement la Palestine et le Liban, paient le prix des manœuvres passées et présentes des grandes puissances impérialistes. Ces puissances qui, pour maintenir leur domination, dressent les peuples les uns contre les autres ou les divisent et les opposent en fonction des nationalités, des confessions religieuses ou des ethnies.
Et même lorsque les grandes puissances font mine de jouer les pompiers, elles sont plus pyromanes que pompiers car c’est le pillage de leurs trusts, les manœuvres politiques et les interventions militaires pour le préserver qui allument sans cesse de nouveaux incendies sur la planète.
En Palestine, l’incendie n’a jamais cessé. Mais comment le pourrait-il alors que tout un peuple est enfermé derrière les barbelés ? Et, au cours des derniers mois, le sort de la population de Gaza, en particulier, est devenu pire que jamais, privée d’électricité, de nourriture, affamée, mitraillée, bombardée.
La politique impérialiste a enfermé un des peuples de la région, les Palestiniens, dans un camp de concentration et transformé un autre, les Israéliens, en geôlier. Mais l’incendie allumé par les manœuvres impérialistes du passé couve aussi sous les cendres dans le Liban voisin, se rallumant périodiquement.
Et combien d’autres incendies qui couvent et qui s’enflamment en Afrique ? De la Somalie au Congo ex-Zaïre, en passant par le Soudan, combien de conflits, combien d’affrontements des bandes armées qui aggravent encore l’immense pauvreté des populations ?
Alors, notre combat, c’est contre tout cela. Et tout cela, les guerres, l’oppression, la montée des idées réactionnaires, sans oublier l’empoisonnement progressif de la planète par la pollution, est l’expression d’une organisation économique et sociale, non seulement incapable de faire progresser l’humanité, mais dont le seul maintien est sans cesse responsable de nouveaux dégâts.
Eh bien, une organisation économique où les progrès scientifiques et techniques eux-mêmes creusent les inégalités au lieu de les résorber, est condamnée tôt ou tard à disparaître.
Mais il est une autre conséquence de l’impérialisme qui, malgré son caractère dramatique aujourd’hui, renforce les perspectives communistes pour l’avenir.
La recherche du profit pousse les grandes entreprises à chercher de nouveaux marchés dans des pays pauvres ou à y trouver une main-d’œuvre moins chère. L’évolution qu’elle impose vide les campagnes au profit des villes. Ces dizaines de millions de paysans chassés de leurs terres en Chine, par exemple, qui s’agglutinent dans les faubourgs des grandes villes à la recherche de travail, sont, aux yeux des capitalistes chinois ou étrangers, de la simple chair à exploiter. Mais ce sont aussi des contingents de nouveaux prolétaires. En exportant leurs capitaux, les capitalistes exportent aussi la lutte des classes. Renault en a fait récemment l’expérience dans son usine de Dacia, en Roumanie. D’autres trusts la feront en prenant le contrôle d’entreprises ou en construisant de nouvelles usines en Slovaquie, en Slovénie, en Pologne, en Hongrie, et peut-être, demain, en Chine.
Au-delà de grèves occasionnelles dans ces pays, les capitalistes sont en train d’accumuler la matière explosive qui, demain, détruira leur système.
Mais, pour que les explosions inévitables, pour que les crises sociales que le capitalisme suscite et suscitera inévitablement, se transforment en révolution consciente visant la transformation de la société, il faut des partis dont ce soit la raison d’être.
Nous ne savons pas dans quelles circonstances ces partis surgiront et dans quels pays ils seront les premiers à surgir. Mais nous savons que cela est nécessaire. Et c’est parce que c’est nécessaire que même de petites organisations qui se fixent cela comme objectifs sont un espoir et un gage pour l’avenir.
La société bourgeoise porte en elle la concurrence, la rivalité, la lutte permanente. La bourgeoisie et ses hommes politiques cherchent en permanence à introduire ce comportement dans la classe ouvrière. Le mouvement communiste révolutionnaire s’est toujours dressé contre cet effort permanent de la bourgeoisie visant à dresser les travailleurs d’un pays contre les travailleurs d’un autre pays.
Une des pires formes de cette opposition introduite parmi les travailleurs est celle qui vise à dresser les travailleurs d’un même pays, les uns contre les autres. Ici même, en France, la classe ouvrière est constituée de femmes et d’hommes d’une multitude d’origines. Des dizaines de nationalités sont représentées dans les grandes entreprises de production comme sur les grands chantiers. Leur unité autour de leurs intérêts de classe est indispensable, même simplement pour se défendre et, à plus forte raison, pour peser sur la vie politique de ce pays.
C’est bien pourquoi, s’il faut que les travailleurs de nationalité française soient solidaires de leurs camarades immigrés quand ils revendiquent des droits démocratiques élémentaires, comme le droit de vote dans toutes les élections pour ceux qui sont en situation régulière et la régularisation pour les sans-papiers, il faut surtout se retrouver ensemble dans les combats de la lutte de classe. C’est dans les luttes, et surtout les luttes de grande ampleur, que la classe ouvrière forgera son unité par-delà l’origine et la nationalité de ses membres.
La politique si ouvertement, si cyniquement, anti-ouvrière du gouvernement Sarkozy-Fillon rend visible pour tous la guerre de classe du patronat et du gouvernement contre les travailleurs.
Dans les deux semaines qui viennent, plusieurs initiatives syndicales sont prévues, le 15 mai, dans les services publics et l’enseignement, et le 22 mai, ce sera une journée interprofessionnelle. Pour limitées que soient ces initiatives, il faut y participer massivement pour montrer que le mécontentement est large et que la colère monte.
Et c’est le patronat lui-même, c’est le gouvernement, ce sont leurs coups répétés, qui finiront par convaincre tous les travailleurs de ce pays, qu’ils soient du public ou du privé et quelles que soient leurs corporations, que notre intérêt est de nous retrouver ensemble sur des objectifs vitaux.
Des objectifs en tête desquels il y a l’augmentation générale de tous les salaires et la sauvegarde du pouvoir d’achat par l’échelle mobile des salaires et des pensions. Il y a aussi l’indispensable résorption du chômage et de la précarité par l’interdiction des licenciements collectifs et par la répartition du travail entre tous.
Et, condition pour imposer ces deux objectifs, il faut imposer le contrôle des travailleurs et de la population sur les entreprises, sur leurs comptes, sur leurs projets à court et à long terme. Il faut imposer l’abolition du secret industriel et bancaire, du secret des affaires, afin que les travailleurs, que la population puissent contester les décisions des conseils d’administration, exclusivement préoccupés par leurs profits.
La course au profit du patronat, de la bourgeoisie, conduit la société à la catastrophe. Il faut les arrêter !
Voilà, camarades, les grandes lignes de ce qu’est et reste notre programme pour cette période où, avec la crise et ses conséquences, le système capitaliste montre son incapacité à satisfaire correctement les besoins élémentaires de la collectivité humaine.
Comme je l’ai dit hier à cette même tribune, c’est un programme de lutte qui ne pourra prendre son véritable sens que lorsque la classe ouvrière se mettra en marche pour imposer son exigence d’une vie décente. Et notre tâche prioritaire, c’est de propager ce programme, de faire partager notre conviction le plus largement possible, afin que ces idées deviennent une force lorsque la masse des exploités s’en emparera.
Camarades et amis, bon courage et bonne fin de fête avec les artistes qui vont nous accompagner jusqu’à ce soir !