La Voie de Lénine
Au sommaire de cet exposé
Sommaire
- Introduction à la réédition des textes de La Voie de Lénine,
- À défaut du pain, on donne au peuple des pogroms antijuifs
- La guerre impérialiste
- Aux ouvriers communistes
- Appel à l’avant-garde de la Jeunesse socialiste
- Capitalistes belges, impérialistes allemands et prolétaires
- Le terrorisme individuel
- Les classes moyennes souffrent
- Images de la vie quotidienne
- Sous l’uniforme feldgrau bat un cœur fraternel
- Au Borinage, les mineurs bougent
- Quand finira la guerre ?
- Léon Lesoil
- Les staliniens et les paysans
- Grève dans le centre
- guerre à tous les impérialismes
- Après la grève des ACEC de Charleroi
- Grèves à Liège
- L’internationalisme est toujours vivant
- Travailleurs, prenez garde !
- Ni ordre nouveau, ni front de l’indépendance. Front ouvrier !
- Assez de sang pour les capitalistes
Un journal ouvrier révolutionnaire, trotskyste et internationaliste en Belgique pendant la Deuxième Guerre mondiale
« Ce congrès est le premier que le PCR (Parti communiste révolutionnaire) tient depuis la « Libération». Il a ainsi permis au parti de présenter à ses membres, sympathisants, et à toute la classe ouvrière du pays, un bilan de son activité depuis plusieurs années, et c’est un bilan dont il n’a pas à rougir.
Cinquante numéros du journal clandestin La Voie de Lénine, une quinzaine de journaux clandestins flamands, des dizaines de tracts en français, flamand, allemand et polonais, cinq brochures imprimées dans l’illégalité [la création de plusieurs journaux ouvriers, comme Le Réveil des Mineurs, La Lutte des Cheminots, Spartacus, Strijdorgaan der metaalbewerkers (l’organe de lutte des métallurgistes), la création d’un journal pour la jeunesse, Jeunesse Rouge…].
Nous avons hélas payé un lourd tribut pour cette activité. Vingt de nos militants sont tombés dans la lutte illégale. Parmi eux, nous déplorons principalement notre regretté camarade Léon Lesoil, principal dirigeant de notre parti avant-guerre, et Abraham Léon, secrétaire général de notre parti pendant l’occupation.
Des dix camarades qui ont successivement constitué entre 1940 et 1944 le comité exécutif de notre parti, trois seulement ont échappé à l’arrestation, quatre autres sont revenus vivants des bagnes nazis, trois ont été tués par les bourreaux hitlériens. […] Tout cela témoigne du fait que la Gestapo, elle, comprenait très bien que le parti communiste internationaliste constituait son principal ennemi. »
5e congrès du Parti communiste révolutionnaire,
Belgique, novembre 1945
Introduction à la réédition des textes de La Voie de Lénine,
journal des trotskystes belges du PCR
La Deuxième Guerre mondiale a accéléré la débâcle du Parti socialiste et du Parti communiste qui ont subordonné leur politique à la seule lutte contre l’occupant nazi, abandonnant la lutte de classe contre la bourgeoisie belge. Plus rien d’autre n’existait pour eux que de revenir au monde d’avant la guerre.
Il y eut heureusement des femmes et des hommes en Belgique qui tentèrent de démontrer qu’il existait une autre voie pour le monde ouvrier: celle de renouer avec les idées de la lutte de classe, avec l’internationalisme ouvrier, avec la perspective révolutionnaire d’un monde débarrassé de l’exploitation de l’homme, de la recherche du profit et des guerres !
Ils restèrent très largement minoritaires. Mais leurs tentatives et leurs écrits nous restent. Nous avons choisi une vingtaine de ces textes pour illustrer leur combat.
* * * * *
À la veille de la Deuxième Guerre mondiale, le mouvement ouvrier en Belgique était largement dominé par le Parti ouvrier belge et le Parti communiste Belge.
Le Parti ouvrier belge
Le Parti ouvrier belge (POB) était le nom donné au parti social-démocrate en Belgique. Il était majoritaire dans la classe ouvrière belge. Il comptait des centaines de milliers de membres et avait recueilli jusqu’à 760000 voix aux élections de 1936, près de la moitié de la classe ouvrière belge à l’époque. Le POB encadrait toute la vie de la classe ouvrière, organisait des coopératives, construisait des Maisons du peuple dans tous les bastions ouvriers de Belgique, coordonnait des caisses de mutuelles, et dirigeait les syndicats étroitement liés à lui.
Cependant le POB était depuis longtemps soumis aux intérêts de la bourgeoisie. Comme bien d’autres partis de la Deuxième internationale, il était dominé par l’opportunisme. La bourgeoisie belge, grâce aux immenses profits de la colonisation sanglante du Congo, avait gagné à son idéologie une partie de la fraction la plus qualifiée de la classe ouvrière, à travers des augmentations de salaires ou des postes dans la bureaucratie syndicale.
Cette « aristocratie ouvrière » à la tête du POB, encadrée par des dirigeants issus de la petite bourgeoisie qui avaient trouvé dans le POB une opportunité de carrière, avait abandonné la lutte des classes au profit de la collaboration avec la bourgeoisie. La bascule s’était faite lors de la Première Guerre mondiale, quand le POB s’était rallié, comme la très grande majorité des partis sociaux-démocrates européens, à l’Union sacrée. Au lieu de dénoncer et de s’opposer par tous les moyens à cette guerre de rapine qui ne servait que les capitalistes, le POB avait apporté son soutien à la guerre en appelant les ouvriers à y participer derrière le gouvernement belge et en rentrant dans un gouvernement d’union nationale. Il trahissait ainsi toutes les résolutions des congrès socialistes précédents et abandonnaient la classe ouvrière à ses bourreaux.
Sa politique ne fut pas différente lors de la Deuxième Guerre mondiale. Avant la guerre, le POB avait participé à divers gouvernements, soutenant la politique d’armement de la Belgique. Après l’invasion de l’armée allemande, les dirigeants socialistes se divisèrent. Le président du POB, Henri De Man, choisit de dissoudre son parti, appelant les socialistes à collaborer avec l’« Ordre nouveau » nazi. Les autres dirigeants socialistes choisirent de suivre, politiquement et pratiquement, le gouvernement belge en exil.
Cependant, la dissolution de POB va créer un vide béant dans la classe ouvrière, qui s’est vue privée brutalement de toute direction politique et syndicale. Les anciennes directions syndicales refusèrent d’organiser les travailleurs dans la clandestinité. Par contre, elles discutaient avec les grands patrons et le gouvernement belge en Angleterre pour préparer le retour à l’ordre social capitaliste et colonial d’avant la guerre en cas de défaite de l’Allemagne.
Paradoxalement, la désertion des dirigeants réformistes politiques et syndicaux va amener de nombreux travailleurs qui voulaient se défendre à s’organiser malgré tout, par eux-mêmes, parfois de manière bien plus démocratique que dans les syndicats bureaucratiques d’avant-guerre.
Le Parti communiste belge
Le Parti communiste belge (PCB) était relativement faible avant la guerre, avec environ 10000 membres. Comme les autres partis communistes, il avait abandonné la perspective révolutionnaire pour se mettre au service de la bureaucratie stalinienne, changeant sa politique selon les intérêts de Moscou. Au début de la guerre, Staline avait signé un pacte de non-agression avec Hitler. Le PCB défendait donc une politique « neutre » vis-à-vis du conflit en cours, dénonçant autant l’impérialisme anglo-saxon que celui de l’Allemagne, ce qui l’amenait à parfois défendre les intérêts, au moins économiques, des travailleurs.
Mais à partir de 1941, après que l’armée allemande eut envahi l’URSS, Staline s’allia avec le camp des « Alliés », les impérialistes américains, anglais et français. Le Parti communiste poussa alors ses membres à rejoindre la Résistance nationale, abandonnant les luttes ouvrières, se mettant à la remorque de la bourgeoisie nationale belge et de l’impérialisme anglo-saxon.
Pour le PC désormais, « la lutte sociale n’est qu’un aspect de la lutte nationale », ce qui signifie qu’« il faut lier l’action sociale à l’action patriotique ». La lutte était tournée exclusivement contre l’occupant, et non plus contre les patrons belges, contre le capitalisme, responsable de la guerre.
C’était une immense trahison supplémentaire du Parti communiste et un terrible gâchis. Le PCB s’engagea dans une politique nationaliste, et même terroriste en organisant des attentats contre les soldats allemands. Environ 15000 ouvriers et militants, qui ne manquaient ni de courage ni de détermination, y perdirent leur vie.
Ce sont les communistes qui vont rendre la Résistance nationale plus populaire et lui faire dépasser les cercles de royalistes et d’anciens généraux qui la composaient à l’origine, en renforçant le sentiment nationaliste dans la classe ouvrière.
Les trotskystes en Belgique
Les trotskystes formaient un groupe très restreint, avec 460 membres en 1938, et traversé par des divisions. Ils existaient depuis 1928, quand la politique stalinienne provoqua l’exclusion hors du PCB d’une grande partie de l’opposition de gauche belge, quand celle-ci représentait environ un tiers des membres du Parti communiste, avec des cadres et des membres des bastions ouvriers, comme à Charleroi ou Anvers. Ces militants s’organisèrent alors dans le Parti socialiste révolutionnaire.
Ils purent mener une politique combative, en particulier lors des grandes grèves de 1932 et 1936, renforçant leur implantation dans la classe ouvrière, en premier lieu dans les charbonnages de la région de Charleroi.
Cette organisation sera cependant balayée par la guerre et la répression. Avant même le déclenchement de la guerre, le gouvernement belge arrêta ses principaux dirigeants. L’occupation militaire nazie achèvera de disperser les militants. C’est finalement Abraham Léon, âgé de 22 ans, qui reconstruisit un nouveau groupe, le Parti communiste révolutionnaire, et anima son journal La Voie de Lénine.
Abraham Léon, né Abram Wajnsztok en Pologne, était révolté par la misère et les oppressions qu’il voyait partout dans la société. À 18 ans, en 1936, il était à la direction de plusieurs organisations de jeunesse juives de gauche. Ébranlé par la découverte des idées marxistes et de Lénine, il cherchait dans un premier temps à concilier sionisme et marxisme. Après un travail d’études et de recherches, il finit par abandonner définitivement le sionisme, et en 1939, rejoignit les trotskystes. Il entraîna avec lui une vingtaine de militants de l’organisation sioniste de gauche, l’Ashomer Hatzaïr. Armé d’une connaissance profonde des idées marxistes et de l’histoire du sionisme, il écrivit un livre, La conception matérialiste de la question juive.
Voici comment ses camarades décrivent le rôle d’Abraham Léon : « Auteur de presque tous les articles de La Voie de Lénine illégale, principal animateur de la vie organisationnelle, principal éducateur du parti, il nous apparut comme résumant en sa propre personne tout ce que le mouvement communiste, tout ce que le mouvement ouvrier crée comme trésors d’intelligence et de dévouement. » 1
Le groupe autour de La Voie de Lénine défendait une politique communiste révolutionnaire internationaliste. Les militants du groupe savaient que la guerre mondiale était le résultat d’un système capitaliste pourrissant, qui ne pouvait mener à rien d’autre qu’à la barbarie. Ils étaient convaincus que la classe ouvrière était la seule capable de renverser le capitalisme et de mettre fin aux horreurs de la guerre. Que les guerres n’étaient pas le moment d’arrêter de s’organiser et de se mobiliser, bien au contraire.
La guerre et l’occupation avaient rapidement aggravé le sort des travailleurs. Les conditions de travail s’étaient dégradées. Les salaires ne valaient plus grand-chose. Les capitalistes avaient tourné leur production vers la guerre au détriment des besoins de base de la population. Il y avait pénurie de tout. Et le contrôle des prix entrepris par le gouvernement n’était qu’une façade, car la plupart des produits alimentaires se vendaient au marché noir et étaient accaparés par les riches bourgeois.
Le mécontentement des travailleurs avait rapidement pris de l’ampleur. Beaucoup cherchaient à s’organiser et à se battre malgré la répression féroce des patrons belges et de la police nazie.
Ce mécontentement explosait en grèves massives. En mai 1941, une grève démarrait à Seraing, près de Liège, dans l’usine sidérurgique Cockerill. Elle fut animée par les communistes du PCB. En huit jours, elle s’étendit à toute la région et mobilisa 100 000 ouvriers. Hitler, à la veille de l’invasion de l’Union soviétique, intervint pour livrer au plus vite à la région de Liège des stocks de vivres. Les grévistes obtinrent 8 % d’augmentation de salaire.
La victoire de cette « Grève des 100 000 » encouragea d’autres luttes. Neuf jours après la fin de la grève en Belgique, les mineurs du Pas-de-Calais en France lancèrent une grève à leur tour. Pendant plus d’une dizaine de jours, là aussi, 100 000 grévistes du bassin minier tinrent tête à l’occupant allemand.
Les luttes ouvrières
L’occupation et les privations de la guerre ne mirent pas fin à la détermination et à la combativité des travailleurs. Beaucoup cherchèrent à continuer la lutte en développant des organisations syndicales clandestines, et le PC s’appuya partout où il le put sur cet élan pour créer des Comités de luttes syndicales (CLS).
Dans les mines de Charleroi aussi, où les trotskystes avaient des militants, un mouvement semblable apparut. Face à la répression de l’occupant et aux privations, beaucoup sentirent la nécessité de coordonner leur mouvement en vue de l’étendre, au-delà de chaque puits, à la manière de la grève des 100000. Jules Davister, un mineur membre du PCR, élu délégué dans un puits, proposa aux autres travailleurs de se cotiser pour financer les activités d’un militant chargé de fédérer les délégués des autres puits.
Grâce à ce travail de préparation, la grève déclenchée en juin 1942 s’étendit rapidement à plusieurs milliers de mineurs. Trente-cinq puits choisirent d’élire chacun un délégué. Ils étaient de différentes tendances politiques, socialistes, sociaux-chrétiens, PC, sans parti, et trois étaient trotskystes. Ils représentaient les militants les plus déterminés des mines. Jules Davister gagna la confiance des autres délégués par sa détermination et son dévouement.
Les patrons tentèrent d’arrêter la grève : ils menaçaient de prison les grévistes, et parallèlement proposaient des livraisons supplémentaires de pommes de terre. Au nom des grévistes, Davister répondit que, pour un mineur, il n’y a pas de différence entre la prison et la mine et que les menaces ne leur faisaient pas peur. Il conclut : « Les mineurs préfèrent mourir en défendant leurs intérêts que de crever comme des lâches au fond de la mine sans relever la tête. » 2 Face à la détermination des grévistes, et à la peur que cette grève ne s’étende au-delà des mines, les patrons et le pouvoir allemand finirent par céder aux revendications, libérer les otages, et par livrer, malgré tout, la ration de pommes de terre supplémentaire !
C’est suite à cette expérience que Davister proposa aux délégués des mines de se réunir régulièrement et clandestinement, et de former la Fédération de lutte des mineurs. Avec l’aide du PCR, ils décidèrent de publier régulièrement un journal, Le Réveil des mineurs, à partir du début de 1943.
Cette organisation servit ainsi à l’occasion de certaines luttes, notamment pendant une grève de solidarité avec les métallurgistes de Charleroi qui s’opposaient à la déportation de travailleurs en Allemagne en février 1943, contre le travail du dimanche que les patrons tentèrent de leur imposer en septembre 1943, ou pour organiser le ralentissement, voire le sabotage, de la production en opposition à l’invasion de l’URSS par l’Allemagne.
Puis, Le PCR approcha le Conseil des hommes de confiance des usines métallurgistes d’Anvers, le conseil des délégués des ACEC à Bruxelles, et surtout l’« Intersyndicale » à Liège, qui rassemblait les CLS créés par le PCB mais qui avaient échappé au contrôle des communistes. Les trotskystes gagnèrent ainsi plusieurs délégués, et encouragèrent l’Intersyndicale à imprimer un journal régulier sur les presses clandestines du PCR.
Contre le nationalisme et tous les impérialismes
Le journal, La Voie de Lénine, dénonçait régulièrement les méthodes de la Résistance, les méthodes d’assassinat ou de sabotage contre l’armée allemande ou les collaborateurs. Notamment parce que ces méthodes n’étaient pas des méthodes ouvrières. Ils n’étaient pas contre le sabotage en soi, notamment pour ralentir la machine de guerre allemande quand elle envahit l’URSS. Mais les trotskystes militaient pour les méthodes ouvrières, pour ralentir la production dans les usines d’armement ou les mines de charbon, là où les armes passaient déjà directement dans les mains des travailleurs. Ce sabotage-là était pour eux une manière de s’organiser sur leurs lieux de travail, et de renforcer le camp des travailleurs dans son ensemble.
Les assassinats de soldats allemands posaient d’autres problèmes bien plus graves. Chaque attentat de ce type poussait un peu plus les soldats allemands à faire corps avec leurs officiers. Au contraire, les trotskystes défendaient une politique de fraternisation auprès des soldats allemands.
Un des militants qui participa à la propagande du PCR vers les Allemands, Martin Widelin, se déplaça ensuite en France, à Brest où se trouvait une caserne de soldats allemands. Avec un petit groupe de militants trotskystes, il parvint à organiser une dizaine de soldats. Ensemble, ils écrivirent un journal communiste révolutionnaire, Arbeiter und Soldat, dont sortiront plusieurs numéros avant que la majorité du groupe ne soit arrêtée et assassinée dans les camps de concentration.
Abraham Léon prit contact avec les organisations trotskystes en France. Mais la principale organisation trotskyste française, le POI, ayant dévié de la ligne internationaliste, Abraham Léon et ses camarades leur reprochèrent, à plusieurs reprises, cette politique.
En juin 1943, ils critiquèrent par exemple le programme que le POI avait proposé aux organisations staliniennes et socialistes clandestines : « En effet, il ne diffère pas essentiellement du programme stalinien, voire même gaulliste. Il désigne l’hitlérisme comme le seul ennemi de la classe ouvrière. Il ne fait même pas allusion à la menace d’une dictature du capital anglo-saxon qui se substituerait inévitablement à celle d’Hitler si la classe ouvrière n’y met obstacle. Le but final de l’action commune, c’est la restauration des libertés ouvrières, c’est-à-dire de la démocratie bourgeoise. Les objectifs socialistes sont volontairement voilés par des formules vagues et équivoques ou par des clichés usés : solution ouvrière du conflit, substitution des besoins collectifs à la recherche du profit comme moteur de l’économie, avènement d’un monde où la liberté et la justice sociale ne seront pas de vains mots. Avec un tel programme, il est impossible d’arracher un seul travailleur au stalinisme et à son Front de l’Indépendance qui lui promettent la même chose. Seul un programme assignant à l’action commune des objectifs de classe peut arracher les travailleurs à l’influence du social patriotisme et servir de base à un front ouvrier opposé au front de l’indépendance. » 3
La fin du PCR
À l’approche de la fin de la guerre, les militants du PCR intensifièrent leur propagande auprès des soldats allemands. Abraham Léon déménagea à Charleroi en juin 1944 pour se rapprocher de la Fédération des mineurs où les trotskystes gardaient une réelle influence. Mais c’est peu après ce déménagement qu’Abraham Léon fut arrêté, à l’occasion d’une perquisition administrative de la police allemande: ses fenêtres n’étaient pas suffisamment occultées. Il fut rapidement identifié et livré à la Gestapo.
Il ne livra aucune information sous la torture, et continua à défendre ses idées, y compris auprès de son gardien allemand. Celui-ci, un ancien social-démocrate, aida le prisonnier à communiquer avec ses camarades du PCR, et se prépara à risquer sa vie pour aider Abraham Léon à s’échapper. Mais le jour de l’évasion prévue, Léon était dans un tel état physique après une séance de torture que l’évasion ne put se faire. Il parvint tout de même à transmettre à ses camarades un dernier message : « Ne vous effrayez pas en lisant cela. Il faut que je me prépare au pire. Mais mes dernières paroles seront : Vive la Quatrième Internationale ! » 4 Il fut ensuite déporté à Auschwitz et mourut de maladie en octobre 1944.
Sans ses dirigeants – Léon Lesoil était mort lui aussi en déportation en 1942 –, réduit à une cinquantaine de membres à la fin de la guerre, le PCR va rapidement changer. Sous la direction d’Ernest Mandel, le petit groupe va abandonner les positions internationalistes qu’il avait tenues pendant la guerre. Il affirma qu’il aurait fallu être moins critique envers le Front de l’Indépendance fondée par le PCB, et même appeler à le rejoindre, qu’il aurait fallu soutenir les syndicats, adoucissant la critique envers les staliniens et le POB.
Ce revirement sera vivement critiqué par la section de Charleroi, et notamment par Jules Davister qui affirma avoir subi en retour une campagne de calomnies pour le faire taire. La nouvelle direction le démit de ses responsabilités dans le PCR.
En quelque temps, ce qui avait été construit pendant la guerre disparut.
Mais les écrits subsistent.
Lutte ouvrière-Arbeidersstrijd (Belgique)
mai 2026
LA VOIE DE LÉNINE (sans numéro) Juin 1941
À défaut du pain, on donne au peuple des pogroms antijuifs
Lorsque le tsarisme sanglant sentit venir sa fin, il essaya par tous les moyens de détourner la colère des masses paysannes et ouvrières affamées contre un bouc émissaire : les Juifs.
La police tsariste organisait contre eux des massacres sauvages, par tous les moyens les forces noires de la réaction tentaient de créer la division entre les ouvriers de diverses nationalités. La glorieuse révolution d’Octobre a mis un terme définitif à ce déferlement de la barbarie.
Le capitalisme international a précipité le monde dans l’abîme de la misère. Pour les profits des Siemens, des De Wendel, des Vickers et des Ford, des centaines de milliers de jeunes dorment pour toujours sur les champs de Flandre, de France et des Balkans. De nouveau, les masses affamées s’apprêtent à livrer le combat à ce régime de sang et de boue qui s’appelle capitalisme. Dans leur peur panique de la classe ouvrière, les bourgeois espèrent se sauver par le moyen qui n’a cependant pas préservé le tsar de toutes les Russies. Tout est bon pour semer la haine contre les Juifs. Traités scientifiques, films, journaux essaient de créer au 20e siècle une atmosphère de Moyen-Âge.
Des misérables mercenaires, sous la protection de la police et de l’armée allemande, ont organisé le lundi de Pâques un véritable assaut contre le quartier juif d’Anvers. Cette lutte contre le capitalisme juif se manifesta en pratique par la démolition systématique des synagogues, d’ateliers et de boutiques des pauvres artisans et petits commerçants juifs. Car les capitalistes juifs sont depuis longtemps de l’autre côté de l’Atlantique. L’immense majorité des Juifs appartiennent au prolétariat et à la petite bourgeoisie.
Les prolétaires ne se laisseront pas détourner de leur lutte contre les actionnaires et les capitalistes par cette misérable diversion. Le cannibalisme antisémite doit être jugulé. À la propagation de la haine de races, les prolétaires répondront en s’unissant dans la lutte pour LE PAIN, LA PAIX, LE SOCIALISME.
La guerre impérialiste
[…]. Tandis que l’armée allemande piétine sur place, faute d’adversaires, l’Amérique intensifie formidablement sa production de guerre et épaule l’Angleterre de toute sa puissance économique. Le temps travaille donc pour l’impérialisme anglo-saxon.
Mais, pour n’être pas décisifs, les succès allemands, et la disponibilité de l’armée nazie ont permis à Hitler d’accentuer sa pression sur les neutres, les faibles ou les hésitants. La France a été sommée de « collaborer » et de mettre à la disposition du Reich les bases aériennes de Syrie. La nouvelle orientation de la politique française, fort bien accueillie par les trusts qui trouvent que le nouveau régime a du bon, ne semble pas avoir été acceptée par la population. Pétain a dû faire un appel significatif à la discipline. Pays vaincu, la France, ou plutôt l’impérialisme français, s’efforce de limiter les dégâts. Sans illusions sur la moralité de son allié britannique en cas de victoire, il essaie de conserver une partie de son empire colonial en abandonnant, dès à présent, ses positions indéfendables.
Sur un autre plan, la politique de l’URSS a été, elle aussi, modifiée par les succès de l’Axe. Maintenant que les armées allemandes, après la campagne des Balkans, sont prêtes à entrer en action contre elle, l’URSS se montre de nouveau favorable à l’Axe, en prenant des initiatives diplomatiques contre les gouvernements « libres » réfugiés à Londres, et prend une attitude anti-anglaise en reconnaissant le nouveau gouvernement d’Irak. De même, Staline semble abandonner à son sort Tchang-Kaï-Chek, pour permettre au Japon de liquider l’aventure chinoise à moindres frais. Il n’est pas douteux que l’URSS cherche d’éviter d’être entraînée dans la guerre. Mais pourra-t-elle rester neutre, ne sera-t-elle pas acculée à prendre parti ? Un proche avenir nous l’apprendra.
Mais soyons sûrs d’une chose, c’est que l’URSS se laissera guider avant tout par des considérations purement russes et ne tiendra nul compte du mouvement ouvrier mondial. Comme en Espagne, comme jadis en Chine, Staline laissera écraser les mouvements populaires et maintenir le statu quo social en Europe, condition du maintien de son pouvoir en URSS. Les travailleurs ne peuvent compter sur la direction russe de la IIIe Internationale, ils ont en revanche d’autres amis. Les peuples coloniaux et semi-coloniaux sont les alliés des exploités d’Europe, d’Amérique ou du Japon. Toute insurrection nationale des peuples opprimés par les esclavagistes du capitalisme français, anglo-saxon, japonais ou de ses valets belges, hollandais, etc., est un coup dur pour la classe exploiteuse. Toute difficulté créée aux maîtres des colonies rend ceux-ci moins forts pour résister à la poussée du prolétariat dans la métropole. C’est pourquoi nous devons saluer avec sympathie la révolte de l’Irak, qui ne veut plus de la tutelle rigide de l’impérialisme anglais.
Mais, dira-t-on, le mouvement de l’Irak est dirigé par des agents de l’Allemagne. C’est possible. Mais, quand une étincelle a jailli, il est parfois impossible de maîtriser l’incendie. Qui peut dire si la révolte de Mésopotamie ne sera pas le signal d’une insurrection générale des peuples arabes contre leurs exploiteurs, qu’ils soient anglais, français ou italiens ? Le fait que l’Irak résiste avec succès à la répression anglaise, appuyée par des démarches de Roosevelt, semble prouver que le mouvement national a des racines profondes parmi la population. Croit-on que celle-ci supporterait tous ces sacrifices uniquement pour changer de maîtres ? Si c’est l’Allemagne qui a déclenché cette révolte, elle a libéré des forces dangereuses pour elle autant que pour ses rivaux. Tous les peuples coloniaux sont solidaires, et un coup asséné par un de ceux-ci à ses maîtres de l’heure peut avoir des répercussions incalculables. Soyons donc de tout cœur aux côtés du peuple irakien qui se bat pour son existence nationale ! Bien que la révolte arabe fasse trembler l’Empire britannique dans ses fondements, elle ne suffira pas à l’abattre. La guerre va donc perdurer avec son cortège de morts et de blessés, de destructions et de famine. À mesure qu’elle s’allonge, l’espoir d’une victoire allemande diminue. Le temps gagné permet au capitalisme anglo-saxon de combler son retard militaire sur l’impérialisme allemand aux griffes aiguisées. La tendance générale de la guerre incline donc à faire croire à la victoire anglo-américaine. Mais que nos bons anglomanes se détrompent: le bon Churchill, l’angélique Bevin ne sont pas des messies, ils ne nous apporteront pas, avec la paix, la fin de toutes nos misères. Une crise qu’il est incapable de conjurer s’abattra sur le capitalisme vainqueur. L’impérialisme anglo-saxon marche à fond dans le programme de guerre, construit des usines, ouvre des chantiers, attire des milliers de travailleurs.
Très bien, mais que fera-t-il de cet immense appareil de production quand la guerre sera finie ? Les machines iront à la ferraille, et le matériel humain au chômage et à la misère. Le capitalisme anglo-saxon ne pourra échapper à ses contradictions et se verra, à brève échéance, même en cas de victoire, menacé de la crise la plus terrible qu’il ait jamais connue. Ainsi, nous voyons d’une part les impérialismes affamés incapables de sortir de leurs difficultés par une victoire décisive, de l’autre, les impérialismes repus mettre en branle un potentiel de production qui dépasse l’imagination, mais qu’ils ne pourront maintenir qu’en entretenant la guerre. Le capitalisme est incapable de résoudre les contradictions qu’il engendre lui-même. C’est pourquoi les travailleurs doivent comprendre qu’un tel régime est définitivement condamné par l’histoire, et que seule la révolution prolétarienne mettra fin à cette cascade de guerres et de crises économiques qui constitue toute l’histoire du monde depuis que le capitalisme a fait son temps.
Aux ouvriers communistes
Depuis plusieurs décades, la société capitaliste est entrée en agonie. Les crises les plus terribles, les guerres les plus sanglantes de l’histoire la déchirent sans cesse. La contradiction entre le développement des forces productives et la forme bourgeoise de la propriété se manifeste par une destruction insensée des richesses et par la misère et les souffrances des masses populaires. Parce que les producteurs n’ont pas la possibilité de consommer les immenses richesses qu’ils produisent, des stocks formidables pourrissent. Des millions de tonnes de produits divers sont détruites. Les capitalistes sont constamment à la recherche des débouchés et la guerre en est un des plus importants. Depuis longtemps existent déjà toutes les prémices pour la création du monde socialiste. Depuis longtemps les conditions objectives sont mûres pour la révolution prolétarienne internationale.
Comment se fait-il, cependant, que le régime capitaliste moribond s’accroche avec tant de ténacité à l’existence ? Comment expliquer qu’il ait pu remporter de grandes victoires sur les forces jeunes du prolétariat ? Par quel moyen est-il parvenu à déclencher, dans l’espace de 25 ans, les deux guerres les plus redoutables de l’histoire ?
Depuis la glorieuse révolution d’Octobre, la classe ouvrière ne fait que perdre toutes les batailles. La déroute du prolétariat chinois en 1927, l’écrasement des ouvriers allemands en 1933, la défaite des mouvements révolutionnaires en France après 1936, l’anéantissement du prolétariat révolutionnaire en Espagne, tels sont les points culminants de son histoire.
La victoire actuelle de l’hitlérisme dans toute l’Europe, constitue la dernière et la plus terrible conséquence de toutes ces catastrophes successives subies par le prolétariat.
De quelles injures ne nous a-t-on pas abreuvés pour avoir prévu ce désastre et pour avoir mis la classe ouvrière en garde contre la politique insensée du Komintern qui en est le principal responsable. Agents de la Gestapo! Agents de l’Intelligence Service ! Agents de l’impérialisme japonais !
Tout cela, parce que nous avons dit aux ouvriers chinois : « Pas de confiance dans le Kuomintang et la bourgeoisie chinoise. » Parce que nous avons appelé les ouvriers allemands à créer un front unique révolutionnaire et leur avons expliqué que lutter avant tout contre le « social-fascisme », c’était préparer le triomphe d’Hitler. Parce que nous avons mis les ouvriers français en garde contre le Front populaire de trahison, l’alliance avec Daladier et la défense nationale. Parce que nous avons appelé les ouvriers espagnols à suivre l’exemple de la Révolution russe, à remplacer les Caballero-Negrin-Kerensky par le pouvoir des Soviets ouvriers et paysans.
Par les moyens les plus ignobles, notre Voix fut étouffée. Nos meilleurs militants furent lâchement assassinés. Mais l’étouffement de la vérité pouvait-il empêcher les effets d’une politique criminelle de se manifester ?
Le triomphe de l’hitlérisme se charge de prouver le contraire. Le tragique bilan d’une longue période de défaites ouvrières, dans les conditions objectives les plus favorables, se trouve devant nous. L’heure est venue pour tous les militants révolutionnaires d’en tirer les conclusions qui s’imposent.
Nous savons que dans le parti stalinien et dans les jeunesses staliniennes, il y a une foule de militants sincèrement dévoués à la cause révolutionnaire. C’est avec une vive sympathie que nous voyons les ouvriers communistes se lancer avec courage dans la lutte contre la guerre impérialiste. Le travail qu’ils mènent contre l’hitlérisme, malheureusement d’une façon confuse, est cependant digne d’éloges. C’est pour cela que nous leur demandons de réfléchir sérieusement au tragique bilan des défaites ouvrières et à leur cause, la politique criminelle du Komintern.
Il est temps qu’ils comprennent que la défense de l’URSS, nécessité absolue pour le prolétariat mondial, ne peut nullement exiger le sacrifice de la révolution socialiste. La défense de l’URSS implique comme premier et essentiel postulat la lutte de classe sans quartier contre la bourgeoisie nationale dans chaque pays.
Souvenez-vous, camarades communistes, que, jusqu’au pacte Hitler-Staline, on vous a obligés, sous prétexte de la défense de l’URSS, de prêcher la guerre sainte de la « démocratie » contre le fascisme, de semer parmi les ouvriers les pires illusions libérales, de confondre les hymnes bourgeois nationaux avec l’Internationale. Rappelez-vous qu’il y a peu de temps encore, Thorez proclamait que la guerre ne sera pas impérialiste et qu’il organisait des pèlerinages patriotiques à Verdun. Lénine a proclamé la faillite définitive de la IIe Internationale, à la suite du vote des crédits de guerre pour la social-démocratie allemande. Mais qu’ont fait d’autre les députés « communistes » dans tous les pays « démocratiques » en 1939 ?
Aujourd’hui, Staline n’est plus l’allié de la France dont il « comprenait en 1934 les préparatifs militaires ». Pour le moment, il ne sait pas encore exactement quel parti il doit prendre. Aussi, il vous permet de lutter provisoirement « contre tous les impérialismes ». Que demain l’URSS se retourne contre Hitler, et le Komintern redeviendra « démocratique et antifasciste ». On démontrera à nouveau que la guerre menée par les brigands anglo-américains est une guerre pour la « démocratie ». Au contraire, si Staline capitule entièrement devant Hitler, il vous donnera le coup de pied de l’âne.
Ces continuels et cyniques tournants de la politique stalinienne doivent ouvrir, à la fin, les yeux des meilleurs parmi les militants communistes.
C’est parce que d’instruments de la lutte prolétarienne, la IIe et la IIIe Internationale sont devenues des outils aux mains des bureaucraties réformiste et stalinienne, et non pas par suite d’une quelconque « insuffisance » du marxisme, que le prolétariat est allé de défaite en défaite. Au contraire, jamais les conditions objectives n’ont été aussi favorables, jamais le développement du monde n’a réclamé de façon aussi pressante la Révolution socialiste, jamais la théorie de Karl Marx ne s’est montrée si actuelle. À telle enseigne que les pires ennemis du prolétariat, le fascisme et l’hitlérisme, sont obligés de s’affubler du masque socialiste pour s’adresser aux masses.
Le socialisme est la tâche actuelle de l’humanité. Lui seul peut la sauver de l’anéantissement par les guerres incessantes et par la barbarie fasciste. Ce qui nous sépare du socialisme, ce ne sont ni les mitrailleuses, ni les canons, car derrière ces armes se trouvent des frères prolétaires. Ce qui nous en sépare, c’est le fait que la majorité des ouvriers identifie le socialisme avec la pourriture réformiste ou avec le stalinisme. C’est cette équivoque qui permet aux bourreaux fascistes de dominer les masses ouvrières, désemparées par les acrobaties des Internationales soi-disant ouvrières.
Camarades communistes, il faut tirer les conclusions des défaites du prolétariat européen, il faut mettre tout en œuvre pour que la crise révolutionnaire qui s’approche à grands pas finisse, non pas par un nouveau Versailles et une nouvelle république de Weimar, mais par la prise du pouvoir par le prolétariat. Pour cela, il vous faut tourner le dos au stalinisme, qui ne peut que conduire la classe ouvrière à de nouvelles défaites et à de nouvelles compromissions.
LA VOIE DE LÉNINE n° 5 Août 1941
Appel à l’avant-garde de la Jeunesse socialiste
Depuis deux ans sévit la guerre impérialiste. Depuis deux ans, sur les différents champs de bataille, des centaines de milliers de prolétaires sont assassinés pour les intérêts du capitalisme international.
Quels sont les résultats de ces deux années de guerre impérialiste ? La misère la plus noire, la famine, les bombardements, la terreur hitlérienne dans l’Europe entière. Et la classe ouvrière, principale victime de cette guerre déclenchée par les capitalistes et les banquiers, reste inerte. Les trahisons de la IIe et de la IIIe Internationale ont jeté le prolétariat européen dans la plus grande dépression. Les ouvriers d’Europe qui luttent depuis des dizaines d’années pour le socialisme sont impuissants de donner le coup de grâce à un régime qui précipite l’humanité dans un abîme de barbarie.
La politique actuelle de la bureaucratie stalinienne ouvre les yeux à ceux qui croyaient encore au rôle révolutionnaire du Komintern. Au moment où les forces du capitalisme européen se coalisent pour abattre le premier État où les ouvriers devinrent les maîtres des usines et les paysans de la terre, la bureaucratie stalinienne essaie de transformer cette FORMIDABLE GUERRE DE CLASSE en une lutte de défense nationale russe.
Au lieu de s’adresser au seul allié véritable de l’URSS, le prolétariat international, la clique du Kremlin préfère s’allier avec les brigands impérialistes anglo-saxons. Pour le prolétariat européen, la bureaucratie stalinienne n’a que des mots d’ordre nationalistes et démocratiques dont le but est de noyer la future Révolution prolétarienne dans une nouvelle mascarade de front populaire. La clique stalinienne a une frousse blanche de la Révolution prolétarienne, qui mettra fin à sa domination. Il est cependant clair pour tout ouvrier conscient que sans la Révolution prolétarienne en Europe, l’URSS succombera sous les coups de l’impérialisme ennemi ou allié.
JEUNES SOCIALISTES !
Maintenant la voie est claire. Nous n’avons plus rien à attendre de la pourriture réformiste et stalinienne. Vos anciens chefs qui se réclamaient du socialisme révolutionnaire, où sont-ils ? Dans la période actuelle où le prolétariat a besoin plus que jamais de son avant-garde révolutionnaire, ils se cachent dans des trous, tremblant de peur à la vue des uniformes feldgrau, et attendant les temps bénis où les tommies les réinstalleront dans leurs places perdues, si ardemment regrettées. Cependant les conditions sont plus que mûres pour une montée révolutionnaire. Combien de temps encore supporter les souffrances que la guerre impérialiste nous impose ?
À vous d’agir, à vous maintenant de donner le coup de grâce au capitalisme qui fait eau de toutes parts. À vous de laver le drapeau rouge trempé de sang de militants tombés dans la lutte contre le capitalisme, trahis par les deux Internationales pourries. Pensez à nos morts en Espagne ! Pensez aux milliers de révolutionnaires qui crèvent depuis huit ans dans les camps de concentration des barbares nazis. Pensez aux victimes de la bataille héroïque de Schutzbund autrichien. Le chemin de la Révolution est pavé de défaites. La lutte du prolétariat connaît des hauts et des bas. Mais parmi les vagues hostiles, la classe ouvrière se dirige vers le port sûr du socialisme.
Jeunes socialistes, nos victimes vous appellent ! Le temps est venu de lever haut et ferme la bannière de la Révolution.
De vous, de votre action dépend l’avenir ! En vos mains est le sort de l’humanité. Nous nous trouvons en face d’un ennemi formidable qui dispose de moyens de répression terribles. Il faut lui opposer la force organisée du prolétariat. La lutte exige les plus grands sacrifices. Mais quelle puissance du monde pourra résister à la force révolutionnaire du prolétariat organisé ?
L’avenir est à nous ! Jeunes socialistes ! Debout au combat ! Serrez les rangs ! Formez des groupes ! Balayez la pourriture réformiste et stalinienne !
Diffusez la littérature révolutionnaire ! La propagande révolutionnaire doit parvenir dans chaque usine, dans chaque puits !
Organisez la lutte pour des revendications économiques immédiates ! Ainsi, vous préparerez le prolétariat pour la situation révolutionnaire qui s’approche à pas de géant,
LA RÉVOLUTION EST EN MARCHE.
Lénine, Trotsky, Liebknecht, Rosa Luxembourg marchent dans nos rangs !
VIVE L’INTERNATIONALE DES TRAVAILLEURS ! VIVE LA IVe INTERNATIONALE ! PROLÉTAIRES, sur le front soviétique se joue votre sort. Pour aider vos frères russes, préparez la révolution prolétarienne.
LA VOIE DE LÉNINE n° 6 Septembre 1941
Capitalistes belges, impérialistes allemands et prolétaires
Il ne faut point être économiste diplômé pour constater que la bourgeoisie belge, comme d’ailleurs les capitalistes d’autres pays, font de magnifiques bénéfices pendant cette guerre dont les masses ouvrières souffrent d’une façon si atroce. Voici, par exemple, un tableau de progressions de certains bénéfices que nous donne l’Écho de la Bourse :
Boulonnerie Martinet-Meurice : 1 274 000,00 frs contre 887000,00 frs l’an dernier
Ateliers Germain : 677 000,00 frs contre 261000,00 frs
Charbonnages de Trieu Kaisin : 6 301 000,00 frs contre 3942 000,00 frs
Établissements André DeVriendt : 1 131 000,00 frs contre 752000,00 frs
Liégeoise de caoutchouc : 556 000,00 frs contre 6000,00 frs
Flandria : 702000,00 frs contre 5000,00 frs
Voilà donc des entreprises capitalistes qui, sous le régime du socialisme de l’« Ordre nouveau », augmentent leurs bénéfices de 140 fois ! Pendant que les ouvriers crèvent de faim ! Pendant que les enfants s’évanouissent dans les écoles ! Pendant que le rachitisme sévit parmi les nourrissons !
Ce scandale inouï n’est pas le fait de cas isolés. C’est à la lumière de ces formidables bénéfices que l’on peut aisément comprendre la nécessité de la guerre pour le capitalisme. La guerre est un formidable marché pour les capitalistes et, par conséquent, une source de profits énormes. Les marchandises invendables pendant des années – invendables parce que les ouvriers étaient trop misérables pour les acheter, s’écoulent alors avec une facilité surprenante à des prix extrêmement élevés. Les stocks se vident, l’argent afflue de toutes parts !
La satisfaction des capitalistes belges serait entière s’il n’y avait pas un tiers qui observe avec un intérêt accru l’augmentation prodigieuse des bénéfices des capitalistes belges. Ce tiers, c’est l’impérialisme allemand.
Le 14 septembre, la Brusseler Zeitung a consacré un article à la situation des finances belges. L’auteur de l’article arrive à la conclusion que les impôts en Belgique sont trop peu élevés (30 % du revenu national), tandis qu’en Allemagne, 40 % du revenu national sont absorbés par l’impôt.
L’impérialiste allemand dit au capitaliste belge : « Je t’ai aidé à faire de beaux bénéfices, j’ai réduit la classe ouvrière à une situation extrêmement misérable, j’ai maintenu la paix sociale, mais maintenant tu dois de ton côté me fournir une aide substantielle. »
Une partie des capitalistes belges admettent, quoiqu’en faisant la grimace, le bien-fondé de la réclamation de l’impérialisme allemand. Ce sont les collaborationnistes de tout poil. Ils se déclarent prêts à collaborer avec les Allemands à l’exploitation des ouvriers belges. Mais une autre partie considère que les bénéfices qu’elle fait lui appartiennent entièrement d’une façon légitime. Ce sont les patriotes. Ils estiment en effet que, seuls, ils ont le droit de piller leur « patrie ».
Les ouvriers comprendront mieux par cette agréable « discussion » qu’ils n’ont pas à s’immiscer dans les querelles des brigands qui se disputent leur peau. Impérialistes allemands et capitalistes belges, « collaborationnistes » et « patriotes » sont d’accord pour exploiter la classe ouvrière jusqu’aux extrêmes limites. Leurs disputes ne les empêchent pas d’amasser des fortunes immenses. Ce n’est pas dans les disputes au sujet du butin que doivent intervenir les ouvriers. La victoire de leurs exploiteurs patriotes ou de leurs exploiteurs collaborationnistes sera toujours une victoire de leurs exploiteurs.
C’est contre les exploiteurs capitalistes de toutes nationalités et de toutes « idéologies » que doit se forger le front de la classe ouvrière.
LA VOIE DE LÉNINE n° 9 Novembre 1941
Le terrorisme individuel
Par terrorisme individuel, on entend habituellement tout acte de violence isolé dirigé contre des personnes ou des biens appartenant au camp contre lequel on lutte ou, du moins, contre lequel on croit lutter. Lorsque, par exemple, des membres du parti de la « Volonté du Peuple » lançaient une bombe contre le tsar ou contre le train transportant la famille impériale ou des membres du gouvernement tsariste ou encore contre leurs palais, ils posaient évidemment des actes de terrorisme individuel. Quand des affiliés à l’organisation terroriste des « Oustachis » croates faisaient dérailler des trains en Yougoslavie et allèrent jusqu’à abattre le roi de ce pays, Alexandre Ier, et le ministre français qui l’accompagnait, ils posaient également des actes de terrorisme individuel. Lorsque dans le nord de la France et en Belgique, ces derniers temps, des patriotards exaltés ou des soi-disant communistes abattent de simples soldats allemands, ces éléments posent aussi des actes de terrorisme individuel.
Les causes du terrorisme individuel
Toutes ces variétés de terrorisme ont, le plus souvent, les mêmes causes. D’une part, l’absence de toute liberté à l’intérieur du pays et d’autre part, la croyance ancrée dans l’esprit de ces terroristes que, dans un régime dépourvu de libertés politiques, il n’est pas possible de développer et de faire triompher sa propre politique autrement que par la voie des attentats. Cette fausse croyance est elle-même doublée d’une autre plus fausse encore, laquelle consiste à croire qu’il suffit d’abattre quelques personnages plus ou moins importants pour amener un changement dans la ligne politique des personnages abattus. Or, nous verrons plus bas qu’il n’en a jamais été ainsi dans le passé, et ce qui se passe aujourd’hui, après les attentats de ces derniers temps, nous montre qu’il en sera toujours de même dans l’avenir.
Les conséquences de ce terrorisme
Voyons maintenant quelles ont été, jusqu’à présent, les conséquences des actes terroristes individuels perpétrés tant au cours de l’histoire que plus près de nous. En Russie, après chaque attentat terroriste, réussi ou non, les autorités tsaristes en prenaient prétexte pour faire déferler sur l’immense Russie une vague d’arrestations, de déportations et de pendaisons. Les maigres organisations de gauche étaient dissoutes, leurs chefs pourchassés, emprisonnés, exilés. Les actes terroristes qui, dans l’esprit de leurs auteurs, devaient amener un relâchement de l’autocratie, l’octroi de certaines libertés et réformes et, en général, une amélioration dans la condition du peuple, provoquaient au contraire une vague de féroce répression dans le pays et la situation du peuple, loin d’en être améliorée, s’en trouvait fortement aggravée. En ce qui concerne les activités des Oustachis croates, leur terrorisme n’a jamais valu au peuple croate qu’un renforcement de la dictature royale et post-royale. Si les Oustachis sont finalement venus au pouvoir, ce n’est certes pas grâce à leur activité terroriste, mais bien au contraire parce que, incapables de faire quoi que ce soit par eux-mêmes, ils se sont mis à la solde de Hitler et de Mussolini et ont reçu des mains de ces derniers l’ombre du pouvoir qu’ils détiennent. Et nous arrivons aux résultats que nous ont valus les fameux attentats dirigés contre des soldats allemands.
Bien que, malgré les données d’une certaine littérature staliniste, rien ne prouve que ces attentats sont l’œuvre d’éléments de gauche, la clique dirigeante nazie en profite pour faire exécuter un nombre considérable de détenus politiques appartenant exclusivement aux partis et groupements à caractère communiste.
Ces attentats sont doublement désavantageux pour le prolétariat. D’abord, ils vont à l’encontre de la politique du prolétariat, laquelle consiste à préparer le terrain pour une fraternisation des exploités allemands aujourd’hui sous l’uniforme et des exploités des autres pays. En effet, comment voulez-vous que ces soldats se décident à se tourner contre leur clique dirigeante si, par des actes aussi insensés que les attentats que nous avons enregistrés, on leur donne l’impression que les peuples des pays soumis à Hitler attendent avec impatience le moment où ils pourront les dévorer. Non, les attentats contre les soldats allemands ne peuvent qu’attacher ceux-ci plus étroitement encore au char d’Hitler. Par ailleurs, chaque attentat donnant lieu à de nombreuses exécutions d’éléments révolutionnaires, il se fait que le prolétariat se trouve privé d’un grand nombre de futurs (sic) dirigeants dont il aura le plus grand besoin lorsque la révolution sera là. Comme on le voit, la haine nationaliste, poison des peuples, et l’extermination de nos camarades révolutionnaires emprisonnés sont les seuls résultats tangibles de ces fameuses entreprises terroristes qui doivent remplir d’une joie sadique le cœur de nos bourgeois exaltés.
Quant au prolétariat si, dans son for intérieur, il sympathise avec les auteurs de ces attentats, il n’en est pas moins vrai qu’il reste absolument impassible, parce que précisément ces attentats tendent à lui faire croire que l’on peut se passer de son intervention et que l’on lutte contre le militarisme et l’oppression par quelques terroristes isolés. Or, nous venons de le voir par les quelques exemples que nous citons ci-dessus, le terrorisme individuel n’a jamais mené à aucune lutte décisive, il est même démontré qu’il est beaucoup plus nuisible que profitable à l’action du prolétariat. C’est d’ailleurs pour cette raison que tous les marxistes sérieux l’ont condamné et ont mis en avant, à sa place la formule beaucoup plus sérieuse, celle de la violence révolutionnaire collective.
Par ces mots, les marxistes révolutionnaires entendent l’intervention révolutionnaire armée des larges couches du prolétariat exploité dont les coups sont directement dirigés contre la classe exploiteuse et oppresseuse considérée dans son ensemble. Ce n’est que la lutte révolutionnaire des masses qui pourra ébranler la domination de tous les Hitler de tous les pays et qui finira même par la faire crouler et bâtira sur ses ruines le régime du communisme universel.
Le terroriste individuel n’est qu’un aventurisme criminel qui fait le jeu des oppresseurs et ne peut être défendu et pratiqué que par des exaltés ou des gens à courte vue politique. Nous le répudions et appelons le peuple opprimé à s’insurger en masse et à pratiquer une politique de violence collective DE CLASSE, seul moyen de se frayer la route vers la révolution communiste libératrice.
LA VOIE DE LÉNINE n° 11 Janvier 1942
Les classes moyennes souffrent
Déjà, avant la guerre, dans les conditions capitalistes « normales», le sort des classes moyennes n’avait rien de réjouissant. La crise se manifestait pour le petit commerçant et pour le petit producteur par la mévente de ses marchandises, la baisse catastrophique des bénéfices, un renforcement menaçant de la concurrence des grands magasins et l’augmentation des impôts.
Fait apparemment paradoxal! À mesure que le commerce devenait de moins en moins rentable, à mesure que les conditions d’existence de la petite bourgeoisie empiraient, le nombre des petits commerçants et des petits producteurs indépendants ne cessait de croître. La crise capitaliste augmentait en effet continuellement le nombre des chômeurs et elle aggravait aussi les conditions de vie de ceux qui travaillaient encore. Les gens qui au temps de la prospérité vivaient plus ou moins largement de leur travail se trouvaient dans la nécessité de se tourner vers le commerce et l’artisanat. Tel employé qui avait « quelque capital » ouvrait une boutique quelconque. Tel chômeur, ayant quelque économie, commençait à « travailler pour soi », devenait producteur indépendant.
La crise capitaliste ne rendait pas seulement les conditions de la petite bourgeoisie de plus en plus précaires, mais elle augmentait dangereusement le nombre des petites exploitations, aggravant la concurrence à l’extrême. La marge du profit étant de plus en plus réduite, seules étaient encore rentables les grandes entreprises, aux frais généraux relativement réduits et disposant des grandes facilités de crédit et d’approvisionnement à bon compte. En même temps que périclitaient les petites entreprises, les grands magasins, les « Prisunic » et autres « Sarma» se développaient rapidement.
La misère, le spectre de la faillite et de la ruine, tel fut le lot de la grande majorité de la petite bourgeoisie, dans l’ordre « ancien » démocratique. Il ne faut pas s’étonner que les masses petites-bourgeoises aigries, révoltées, se tournaient violemment contre la « démo-ploutocratie », l’« hypercapitalisme » et étaient une proie toute désignée pour la démagogie fasciste qui promettait une « politique en faveur des classes moyennes ».
Et les effets de cette politique « en faveur des classes moyennes » sont tels que « si les choses restent ce qu’elles sont, avoue le néo-fasciste
H. Colmant dans Le Soir, seuls les grands magasins, les entreprises à succursales multiples, les coopératives et les économats subsisteront à la fin de la guerre, SUR LES DÉBRIS DE PLUS DE DEUX CENT MILLE EXPLOITATIONS COMMERCIALES ».
Jamais encore, la situation de la majorité de la petite bourgeoisie n’a été aussi tragique que dans le moment actuel. La pénurie des produits et la baisse catastrophique du pouvoir d’achat des masses ouvrières réduisent pratiquement le chiffre d’affaires du commerce de détail au quart de ce qu’il était avant la guerre. Mais la situation est beaucoup plus mauvaise pour la masse des petits commerçants parce que, systématiquement, les grands magasins, les économats etc., sont favorisés à leur détriment. Il suffit de visiter n’importe quel grand magasin, les rayons sont encore abondamment fournis, une nombreuse clientèle entoure les vendeuses. Par contre, les petits magasins sont dépourvus de tout, le peu de marchandises qui s’y trouve, le petit commerçant l’obtient au prix d’efforts surhumains. Il suffit de rappeler les bagarres qui se sont produites dernièrement aux marchés de Bruxelles et de Gand, où les petits commerçants exaspérés durent lutter violemment contre les représentants des grands magasins et économats qui accaparaient tous les produits. Les diverses réglementations achèvent de transformer la vie du petit commerçant sous l’ordre nouveau en enfer.
Bien entendu, une certaine partie de la petite bourgeoisie a trouvé son compte dans la situation actuelle. Déjà avant la guerre, on pouvait diviser les classes moyennes en deux catégories complètement distinctes : la catégorie des commerçants et artisans dont les ouvriers constituaient la principale clientèle et la catégorie desservant les capitalistes. Une partie des petits commerçants « ont la tâche importante » de satisfaire les nobles besoins des capitalistes. Personne n’ignore que les actionnaires et les fabricants ne se laissent pas influencer par les appels « pathétiques » des journaux fascistes qui s’adressent à leur « sentiment de solidarité nationale ». Les bourgeois entendent dépenser comme il leur plaît les millions écumés sur la misère et le sang des masses.
Il y a toujours des morceaux substantiels à ramasser du festin des riches. Le « respectable industriel » qui fait de si bonnes affaires avec les Allemands ne songe pas après un bon dîner à récriminer lorsque la note qu’on lui présente est un peu salée. Et que voulez-vous que cela fasse à la « digne épouse » du spéculateur à la Bourse si le beurre et le chocolat augmentent. Son mari ne vient-il pas d’écouler un paquet d’actions au triple de leur valeur initiale ?
Au-dessus de la masse des petits commerçants s’élèvent un certain nombre de spéculateurs et mercantis qui « font de magnifiques affaires » et qui font des vœux « pour que cela dure toujours». Mais la foule des petits bourgeois dont la clientèle se recrute principalement dans la classe ouvrière s’enfonce dans la misère. Et le fait que beaucoup d’entre eux ont « de l’argent liquide »
ne doit pas donner le change sur leur véritable situation. Cet argent constitue la valeur des marchandises qu’ils ont vendues et qu’ils ne peuvent plus remplacer. Mais tous les jours ce capital fond, car le coût de la vie, les impôts augmentent sans cesse et les bénéfices s’approchent de zéro.
Et malheur au petit commerçant qui essaie de remédier à cette situation en faisant du « trafic ». Les mêmes contrôleurs qui vivent dans les meilleurs termes avec les gros spéculateurs, les industriels fraudeurs (ils le sont d’ailleurs tous sous diverses formes), retrouvent toute leur énergie dans la lutte contre le petit commerçant qui n’a pas rempli une quelconque disposition prévue dans les nombreuses réglementations qui lui empoisonnent l’existence. En effet, le petit commerçant n’est pas en mesure de « graisser la patte » au parasite gouvernemental qui le persécute. Lorsqu’un industriel est assez maladroit pour obliger les contrôleurs à s’intéresser à ses affaires, quelques billets de mille discrètement glissés, des bouteilles de champagne, ont vite fait d’arranger l’affaire. Mais contre les petits commerçants que leur situation oblige, s’ils ne veulent pas disparaître, à faire du « trafic », la lutte est menée impitoyablement.
La presse fasciste a trouvé un remède à la situation des classes moyennes. On parle d’organisation, d’élimination d’entreprises malsaines. On veut imiter la législation allemande qui prévoit la fermeture des petites entreprises qui n’ont pas un chiffre d’affaires suffisant et qui ne peuvent pas supporter la charge d’impôts croissants. De cette façon on a liquidé en Allemagne des dizaines de milliers de petites entreprises commerçantes et artisanales. Merveilleux remède! En réduisant les masses ouvrières à une misère indicible, en écrasant d’impôts les petits commerçants, on rend le plus grand nombre d’entreprises commerciales et artisanales superflu. D’ailleurs les fascistes ont du « travail » pour les petits commerçants qu’ils ruinent et exproprient. L’industrie de guerre demande des bras. Il y a « trop » de petits commerçants parce qu’il n’y a presque plus d’articles de consommation à distribuer aux travailleurs. Mais il n’y a jamais trop d’ouvriers dans les usines où l’on forge les instruments de mort et de destruction. C’est le seul sens que peut avoir une organisation du commerce sous le régime fasciste.
L’ironie de l’histoire a voulu que le fascisme, que les classes moyennes ont puissamment soutenu, devienne la cause de leur complète ruine. Actuellement, le fascisme n’a plus d’ennemi plus redoutable que la petite bourgeoisie. Le profond mécontentement de cette classe trouve un dérivatif dans un chauvinisme féroce, dans une anglophilie portée au paroxysme. Mais il ne faut pas se tromper. L’anglophilie n’est que le reflet de la situation insupportable dans laquelle se trouvent les classes moyennes.
Les ouvriers conscients ont le devoir d’expliquer à la petite bourgeoisie que sa situation n’est pas causée par « l’invasion boche », mais que l’évolution du capitalisme a pour conséquence de précipiter toute la population dans une misère indescriptible. La guerre n’est pas épisodique mais constitue à notre époque l’ESSENCE du capitalisme. La petite bourgeoisie ne peut plus choisir qu’entre le fascisme qui le mène à la ruine complète et le communisme qui pourra donner à tous ceux qui travaillent une existence digne. La petite bourgeoisie doit appuyer les revendications du prolétariat, car seule une amélioration du sort de celui-ci peut empêcher l’aggravation incessante de ses propres conditions de vie.
Images de la vie quotidienne
Les « criminels »
Dans un tramway vicinal, à dix kilomètres de Bruxelles, une vieille femme, un ouvrier et deux garçonnets s’efforcent, avec mille difficultés, de pousser sur la plate-forme de gros ballots. Après une algarade avec des voyageurs qui ne paraissent pas enchantés de leurs nouveaux compagnons de route, les nouveaux venus parviennent enfin à caser leurs ballots. Faut-il préciser la nature de ces trésors ? Faut-il vous dire au prix de quelles difficultés ils ont trouvé un paysan rapace qui a consenti à leur céder, à chers deniers, les précieuses patates ? Car le paysan ne vend pas à n’importe qui. Il aime traiter « en confiance ». Il préfère les fraudeurs professionnels, ses clients habituels, qui ne le trahiront sûrement pas. Au simple particulier, il répond qu’il a depuis longtemps livré ses pommes de terre à la Centrale. Il n’en a plus une seule. Aussi ce ne fut pas chose facile que de remplir les sacs qui sont maintenant entassés dans un coin de la plate-forme.
J’essaye de lier conversation avec nos nouveaux compagnons de route. Il apparaît bientôt que les deux gamins sont déjà, en quelque sorte, des « professionnels ». « Que voulez-vous, Monsieur, papa est dans un stalag en Allemagne. Comment voulez-vous que nous en sortions avec les maigres secours officiels ? »
Le père est allé risquer sa peau pour la patrie. Maintenant il dépérit dans les infects stalags d’Hitler. Sa femme, ses enfants crèvent de faim. S’occuper des familles de nos héroïques soldats ? Nos bourgeois n’ont pas le temps pour ces vétilles, et notre roi a bien d’autres soucis. Tout monte : le coton, la laine, le fer, les actions. On spécule, on s’enrichit. La conjoncture bat son plein. Nous avons tant d’argent qu’on pourrait en tapisser les murs, se plaint le bourgeois. Mais cette vieille femme qui a fait aujourd’hui dix kilomètres à pied avec son sac de pommes de terre ne peut pas tapisser ses murs avec son argent. Cet argent qu’elle a dépensé pour les patates, son fils l’a gagné à la sueur de son front. Les patates coûtent déjà 15 francs, et il faut encore les traîner jusqu’à la maison et ne pas se faire pincer.
Et ce sont ces misérables que vous faites pourchasser par votre gendarmerie et vos contrôleurs, brigands capitalistes de l’ordre nouveau ! Vous osez confisquer les 20 kg de pommes de terre qu’ils ont eu tant de peine à se procurer ! Vous allez leur voler leur argent qu’ils ont si durement gagné ! Alors que vous avez laissé sans pommes de terre plus de 3 millions de citoyens ! Alors que dans les caves des riches et des privilégiés s’entassent des stocks énormes de denrées précieuses ! Alors que les journaux recommandent aux capitalistes de faire ripaille avec plus de discrétion !
Tremblez, messieurs les profiteurs ! Car le jour est proche où les ouvriers feront eux-mêmes le contrôle. Il sera efficace, soyez-en sûrs. Le règne du capitaliste, du spéculateur et du paysan rapace sera fini, et bien fini.
LA VOIE DE LÉNINE n° 12 1er février 1942
Sous l’uniforme feldgrau bat un cœur fraternel
Confession d’un soldat allemand
On nous bourre de promesses. On nous a promis la guerre éclair et un prochain retour dans nos foyers. Et c’est le troisième hiver que nous passons à monter la garde, à souffrir et à mourir. Qu’avons-nous encore à espérer de cette maudite guerre ? Pour nous, elle ne résoudra rien. Nous restons des esclaves du capital. Croyez-vous que nous l’avons voulue ? Croyez-vous que nous désirons être loin de nos foyers, séparés de nos femmes et de nos enfants ? Croyez-vous que nous aimions monter la garde jour et nuit ?
Pourquoi aimerions-nous d’être traités en inférieurs et d’être obligés à chaque instant de saluer ceux qui nous volent et nous pillent ? Que sont nos supérieurs ? Des parvenus, des vauriens, des corrompus. Ils se remplissent les poches à nos dépens. Ils vendent à des prix illicites les vivres qui nous sont destinés. Voilà pourquoi nos rations diminuent. Et nous devons saluer toute cette racaille !
Nous en avons assez ! Les prisons et les camps de concentration sont remplis de soldats allemands dégoûtés qui ne veulent plus lutter pour cet « Ordre nouveau ». Nous comprenons que nous nous acheminons vers le désastre. Inutile d’essayer encore de nous éblouir.
Après avoir asservi tout le continent européen, nos dirigeants nous ont jetés sur l’Union soviétique où nous rencontrons une résistance farouche, où aucune victoire éclair n’est en perspective.
Et même si nous l’emportions à l’Est, ce ne serait pas encore la victoire. Ce serait encore la guerre, le carnage inutile pour des années.
Seule la révolte peut nous sauver. Retourner nos armes contre nos bourreaux et, la main dans la main avec les travailleurs des pays occupés, construire les États-Unis socialistes d’Europe, voilà notre seule voie de salut.
Un soldat allemand.
Au Borinage, les mineurs bougent
La première quinzaine du mois de janvier a été marquée au Borinage par toute une série de grèves et de mouvements de résistance dans les charbonnages.
La plupart de tous ces mouvements, faut-il le dire, ont leur origine dans l’insuffisance du ravitaillement. On ne distribue rien dans les charbonnages, sauf du tabac et du savon une fois par mois. Les mineurs doivent descendre dans la mine avec des rutabagas et des légumes sans graisse dans l’estomac et une maigre mallette pour la journée. Toutes les semaines, ils doivent s’absenter pour aller chercher des pommes de terre dans les Flandres ou du blé en France. Ils se font souvent confisquer ce qu’ils ont trouvé à chers deniers, au prix de grandes fatigues, et à force de supplications chez le paysan. Ceux qui achètent sur place payent la farine à 50 frs le kg, les pommes de terre à 15 frs, le beurre à 200 !
Le mouvement a commencé au Grand-Hornu par une grève de trois jours. De là, il s’est propagé dans tout le bassin. Au puits n° 17 (Héribus) du Levant, à Flénu, les mineurs ont fait une grève d’une heure avant de descendre pendant trois jours. À l’Epette, à Quaregnon, grève de deux jours pendant la première semaine de janvier et d’un jour la semaine suivante… Au puits du Nord à Flénu, grève d’une journée. Au puits n° 28, à Flénu, grève d’une journée…
Une délégation s’est rendue auprès de l’autorité allemande. Celle-ci répondit qu’elle ne pouvait rien faire pour les mineurs, qu’ils devaient attendre… la prochaine récolte de pommes de terre. Pour enrayer le mouvement, la feldgendarmerie procéda à des arrestations arbitraires. À certains puits, elle arrêta jusqu’à 20 ouvriers et les envoya dans un camp de travail à Charleroi… Les nazis se trompent s’ils croient pouvoir mater les ouvriers par ces moyens. Quel bagne, quel camp de concentration pourrait faire peur à celui qui doit travailler dans de telles conditions ?
À la terreur nazie, les mineurs répondront par un redoublement de résistance. Les nazis ne peuvent pas emprisonner tous les mineurs. Ils ont besoin du charbon belge pour leur guerre.
Si les mineurs savent organiser leur résistance, ils feront plier l’autorité allemande.
En créant partout des comités de puits et des comités régionaux, en reliant ces comités par une organisation nationale illégale, ils pourront mieux coordonner leurs efforts et préparer la grève générale des mineurs, seul moyen vraiment efficace pour faire triompher leurs revendications.
PROLÉTAIRES DE TOUS LES PAYS, UNISSEZ-VOUS.
LA VOIE DE LÉNINE n° 14 Mars 1942
Quand finira la guerre ?
C’est le problème que tous se posent, c’est le sujet de toutes les conversations. À part les profiteurs et les grands mercantis, la grande masse aspire ardemment à la fin de la guerre car, chaque jour de cette boucherie augmente ses souffrances. Malheureusement cette aspiration profonde de millions d’hommes est encore canalisée par les divers impérialismes et leurs laquais pour leurs buts de brigandage. Dans les pays occupés, la majorité du peuple met tous ses espoirs dans une victoire des Anglo-Américains. Ceux qui se sont laissé tromper par la démagogie hitlérienne ne voient la fin de la guerre qu’à travers un triomphe de l’Axe. Cependant la victoire s’éloigne toujours pour les camps impérialistes. Même la victoire éventuelle d’un impérialisme, après une guerre longue et épuisante, ne pourra qu’ouvrir une nouvelle ère de crises, de guerres.
Nous repoussons la victoire des bandits capitalistes repus, comme la victoire des brigands capitalistes affamés. Seule la révolution prolétarienne balaiera nos pires ennemis de classe qui se trouvent dans les deux camps. Nos frères les prolétaires allemands, russes, anglais, italiens, ont en mains des armes au moyen desquelles la classe ouvrière anéantira les responsables de nos maux et de nos privations : les capitalistes et leurs suppôts.
Que devons-nous faire pour hâter notre victoire et mettre fin à nos tourments et à nos privations? La condition la plus importante de notre victoire est la FRATERNISATION des prolétaires des divers camps. Les capitalistes ne peuvent maintenir leur domination qu’en semant la division et la haine entre prolétaires. Aux ouvriers allemands, ils disent que sans la victoire d’Hitler le peuple allemand sera anéanti par les Anglo-Saxons. Les capitalistes anglo-américains dressent les masses de leurs pays contre la « barbarie germanique ». Aussi longtemps que les ouvriers allemands se battront pour Krupp, aussi longtemps que les ouvriers anglais lutteront pour les magnats de la « Shell Company », la guerre continuera.
Sur les fronts, il faut travailler à la fraternisation des soldats des deux camps, à l’arrière, il faut pousser à la fraternisation révolutionnaire des exploités en uniforme et des exploités en civil. Nous devons faire comprendre aux soldats allemands que 1918 ne se reproduira plus, parce que les ouvriers de l’Occident, instruits par les leçons du passé, aideront les ouvriers allemands à réaliser la Révolution socialiste, à instaurer les États-Unis socialistes d’Europe.
À la tâche donc, camarades. Hâtons la fin de la guerre en nous rapprochant des ouvriers allemands en feldgrau. Montrons-leur que seule la révolution communiste les libérera du joug qui les opprime et nous opprime : le joug capitaliste. Montrons-leur que nous sommes frères du peuple exploité d’Allemagne, mais ennemis de ses bourreaux comme des nôtres. Expliquons-leur la nécessité de la révolution prolétarienne car le monde exploité ne peut accepter ni la victoire d’Hitler ni celle du capitalisme anglo-américain.
Le plus grand crime de la bureaucratie soviétique est précisément de ne pas utiliser dans les circonstances actuelles l’arme importante de la solidarité révolutionnaire des prolétaires de tous les pays. Elle a en mains tous les moyens lui permettant d’influencer l’armée allemande: radio, tracts, etc. Les soldats allemands sont meurtris par l’offensive qu’Hitler a lancée contre la Russie. En les appelant non seulement à la révolte contre Hitler mais en leur montrant également les perspectives d’une révolution communiste, d’une solution de tous leurs problèmes par la création des États-Unis socialistes d’Europe, il est possible de rompre l’union nationale en Allemagne, de préparer la dictature du prolétariat.
Mais au lieu de miser sur cette carte révolutionnaire, Staline rampe devant ses alliés anglo-américains, Staline appelle à massacrer « tous les Allemands qui ont envahi notre territoire ». Cependant si l’arme de la fraternisation avait été employée comme elle pouvait l’être, il y a longtemps que la guerre serait terminée et la révolution commencée.
LA VOIE DE LÉNINE n° 17 15 juillet 1942
Léon Lesoil
Il y a quelques semaines, nous est parvenue la cruelle nouvelle de la mort de Lesoil survenue dans un camp de concentration près de Hambourg en Allemagne, où il avait été déporté avec tant d’autres en juin 1941.
Arrêté chez lui à la date historique du 22 juin 41, jour même où les armées de l’impérialisme allemand fonçaient sur la Russie des soviets, le camarade Lesoil fut d’abord dirigé avec d’autres compagnons d’infortune vers la citadelle de Huy et, après un court séjour, il fut acheminé vers le camp de concentration où la mort ne devait pas tarder à le terrasser. Il y est mort sans jamais plus avoir reçu aucune nouvelle des siens. Ce fut le néant complet. Quelle secousse sa famille, ses vieux parents, tous ses amis n’ont-ils pas ressentie à l’annonce inattendue d’une aussi douloureuse nouvelle.
La mort de Lesoil s’est répandue comme une traînée de poudre dans les rangs de la classe ouvrière qui en a été vivement émue et indignée. Les ouvriers ont senti instinctivement que la mort de Lesoil constituait pour eux la perte d’un camarade fidèle, dévoué et éclairé.
Ses compagnons de lutte revoient la figure énergique et sympathique de celui qui leur servait de guide sur la route de la Révolution. Tous ressentent le vide que cette perte a créé dans les rangs de ceux qui, infatigablement et malgré tout, continuent à lutter pour le triomphe de la cause des opprimés, pour la Révolution communiste libératrice.
Lesoil était un homme tenace et incorruptible. Il le démontra une fois de plus lorsqu’il déclara à Dauge, au moment où ce dernier, arrêté en même temps que lui, était remis en liberté, qu’il n’avait pas à s’occuper de lui. Lesoil sentait en effet que sa mise en liberté aurait été la conséquence d’ignobles tractations entre Dauge et le traître des traîtres De Man.
Ce lutteur de la révolution communiste, que nous appelions volontiers le porte-drapeau du communisme en Belgique, est mort en homme fidèle à son idéal, grandi devant sa classe pour laquelle il ne cessa de se dépenser.
L’étude de la vie du camarade Lesoil révèle une évolution constante. Engagé comme volontaire lors de la guerre 14-18 pour combattre l’impérialisme prussien, selon la formule alors à la mode, il ne tarda pas à comprendre les dessous véritables de la guerre et devint un internationaliste convaincu.
En Russie, il eut l’occasion de prendre contact avec la Révolution bolchevique, il en vécut les péripéties.
Lorsque, dans le cours de 1918, son corps d’armée dut quitter la Russie pour gagner Vladivostok, Lesoil était déjà un opposant farouche à la guerre et il ne fallut pas longtemps pour que les responsables de la guerre et les jusqu’au-boutistes de tout poil s’en aperçoivent. En Amérique, dans une assemblée d’officiers de toutes les nations, où il était question de faire appel au recrutement d’hommes pour aller en Russie combattre contre les bolcheviks, Lesoil, dans une courageuse attitude, se leva et avec énergie combattit les officiers recruteurs et fit l’apologie des bolcheviks et du nouveau régime des Soviets. Cette hardiesse, cette solidarité ouvertement manifestée lui valut l’expulsion du pays. Vingt-quatre heures après le fait, il était invité à retraverser l’océan. Rentré en Belgique, il eut immédiatement connaissance du fait qu’à sa charge un rapport était parvenu au ministère des Affaires étrangères où était dénoncée l’attitude qu’il avait prise en Amérique.
Immédiatement après la guerre, il entra au mouvement ouvrier et, impré- gné de bolchevisme, prit la défense de sa classe en embrassant la cause du communisme. Aux côtés des pionniers de la première heure, il travailla à la fondation du PCB. Bien vite, il s’affirma un propagandiste et un agitateur de premier plan. La droiture et son ardeur révolutionnaire firent de lui le militant connu et écouté par le prolétariat des mines et des usines.
En 1923, il dut comparaître, aux côtés des autres membres du PCB, devant la cour d’assises. Ces arrestations avaient eu lieu à la suite de l’agitation entreprise par le PCB contre l’occupation de la Ruhr, agitation que la presse ennemie appela « le grand complot communiste ». Cette affaire valut aux camarades cinq mois de prison préventive.
Nous rappelons volontiers quelques traits qui caractérisent bien la fermeté de ses opinions et de son caractère, montrant ainsi à quel point son intelligence était vive et sa conscience tranquille, ferme et trempée. Au cours des débats du procès dont nous parlons ci-dessus, il répondit au président qui lui reprochait d’être aux ordres de Moscou : « Regardez-moi bien en face, ai-je l’air d’un homme qui reçoit des ordres, je n’obéis qu’à ma conscience. » À son avocat qui, au cours des explications qu’il eut avec lui, cherchait à lui trouver des atténuations, Lesoil répondit : je n’entends pas être présenté à Messieurs les jurés comme un communiste modéré, je suis de tout cœur avec mes amis, je me solidarise avec eux.
Lesoil fut occupé quelque temps en qualité de géomètre aux Charbonnages du Gouffre à Châtelineau. Le patronat de la Société ayant eu connaissance de ses opinions politiques, il chercha et trouva le prétexte pour le renvoyer. On était alors à l’époque où la famine ravageait la Russie.
Les organisations communistes organisèrent un congrès qui devait se tenir à Berlin. Lesoil fut choisi par le PCB pour le représenter en qualité de délégué. Il demanda donc à la direction du Charbonnage l’autorisation de pouvoir s’absenter pendant quinze jours. Ce fut cette occasion que saisit la direction pour se débarrasser de Lesoil. Elle le plaça en effet devant l’alternative : renoncer à assister au congrès où être renvoyé. Lesoil opta pour le congrès et perdit son emploi. Mais Léon ne fut point abattu, il prit les outils, lui qui était géomètre et s’engagea dans un autre charbonnage en qualité d’ouvrier à veine. Mais bientôt le patronat le boutait définitivement dehors pour les mêmes motifs, c’est-à-dire pour agitation et propagande communistes. À cette époque, ce n’est qu’au prix d’énormes sacrifices qu’il parvint à assurer la subsistance des siens. Ceux qui l’ont connu draguant le résidu de la Sambre savent que rien ne le rebutait, au contraire, les sacrifices qu’il devait s’imposer renforçaient son courage et aussi son attachement à la cause révolutionnaire. Comme tant d’autres, il fit plusieurs fois connaissance avec la prison. Toujours pour la même raison : agitation et propagande communistes, c’est-à- dire travail d’éducation pratique révolutionnaire parmi les exploités.
En 1927, lors de la scission de l’IC due aux déviations opportunistes du stalinisme triomphant, déviations que Lesoil avait âprement combattues à l’intérieur du parti, il sut prendre au moment décisif le chemin que lui indiquaient sa droiture, sa conscience et sa force de caractère, le chemin de l’opposition.
Lesoil est mort non pas en bureaucrate asservi à la coterie dirigeante dégénérée stalinienne, mais bien en bolchevik léniniste, en révolutionnaire communiste internationaliste.
Au cours de sa longue vie de militant révolutionnaire, Léon a eu souvent, trop souvent, affaire à des adversaires crapuleux qui, sans cesse, ont usé de l’arme empoisonnée du mensonge et de la calomnie. Malgré les attaques haineuses de la bourgeoisie, du réformisme et du stalinisme, Léon sut rester fidèle à l’enseignement de Lénine et de Trotsky, envers et contre tout, il défendit toujours avec ardeur le programme du communisme révolutionnaire, programme qui, il en était profondément convaincu, finira bien un jour par triompher.
Léon était aussi un défenseur de l’unité syndicale. Avec acharnement, il combattit pour cette unité au sein de l’organisation syndicale carolorégienne des Chevaliers du travail et n’hésita pas à se heurter aux ouvriers lorsque l’intérêt de la classe ouvrière l’exigeait. Toujours il sut subordonner l’intérêt du moment à celui de l’avenir. À ce propos, en 1935, la situation s’étant mûrie pour permettre de passer à la réalisation de ce but, c’est-à-dire l’unité syndicale, il devint, avec une équipe d’autres camarades, le principal artisan de la rentrée des Chevaliers du travail à la Centrale des mineurs belges. Les arrivistes, les boutiquiers stalinistes, taxèrent ce tournant de politique syndicale de volte-face, de trahison et lancèrent à l’adresse de Lesoil les calomnies les plus éhontées.
En Lesoil, le mouvement ouvrier et la IVe internationale perdent un de leurs meilleurs combattants.
Adieu, cher camarade, compagnon et ami fidèle.
Tu n’as pas vu le triomphe de la cause pour laquelle tu as tout donné, mais ton souvenir vivra dans le cœur de ceux qui travaillent, qui souffrent et qui luttent pour un monde meilleur.
Nous venons d’apprendre la mort dans le même camp de concentration que Lesoil de RENÉ DELBROUCK. Malgré les divergences politiques profondes qui nous séparaient de ce militant, nous nous inclinons devant sa mort.
LA VOIE DE LÉNINE n° 18 1er octobre 1942
Les staliniens et les paysans
Dans la Voix Boraine, organe régional des staliniens, on trouve le mot d’ordre suivant lancé à l’adresse des paysans : « Cultivateurs ! Dérobez le plus possible aux réquisitions et revendez à la population votre excédent de céréales et de pommes de terre à des prix abordables. Voilà votre devoir de bons patriotes. »
Voilà un mot d’ordre qui fera certainement beaucoup de plaisir aux gros koulaks, qui s’enrichissent sur le dos de la population laborieuse. Vendre à des prix « abordables » leur excédent ? Mais c’est ce qu’ils font tous les jours : le beurre à 300 francs, les pommes de terre de 8 à 15 francs, etc. Voilà du patriotisme qui rapporte bien.
Toute la dégénérescence du stalinisme se démontre par ces mots d’ordre. Les staliniens vont jusqu’à flatter les pires instincts capitalistes des gros paysans. Cependant, tous les ouvriers savent que pendant qu’ils meurent de faim, il y a toute une racaille de « bons patriotes belges », de gros paysans, de spéculateurs, de boursiers qui s’enrichissent. Certes les ouvriers n’ont pas à remettre leurs intérêts aux mains des valets impérialistes allemands qui aident en fait les capitalistes belges à les affamer. Ils savent que tout le « contrôle du ravitaillement » est illusoire, que les capitalistes ne manquent de rien, que les contrôleurs vivent dans les meilleurs termes avec les spéculateurs capitalistes de la ville et de la campagne.
La seule possibilité sérieuse d’organiser le ravitaillement, c’est la remise du contrôle du ravitaillement aux comités de la population laborieuse à la ville et à la campagne. Les ouvriers doivent organiser un strict contrôle de la distribution en commun avec les paysans pauvres, avec les journaliers agricoles qui souffrent aussi de la faim pendant que les koulaks s’engraissent.
À bas la politique du pillage des impérialistes allemands mais aussi à bas les capitalistes belges, les spéculateurs, les gros paysans belges, les profiteurs de la guerre. Pour un contrôle réel de la distribution par les comités ouvriers et par les comités des petits paysans et des journaliers. Vive l’union des travailleurs de la ville et de la campagne contre les impérialistes allemands et les capitalistes belges !
Grève dans le centre
Les leçons de la grève
À La Louvière et dans la banlieue, les ouvriers se sont spontanément mis en grève dans différentes usines pour les revendications suivantes: plus de pain, augmentation des salaires. Ils sont partis en grève avec la ferme résolution de ne recommencer le travail que lorsqu’ils auront acquis gain de cause. Mais ils partirent isolément, sans préparation, sans organisation aucune, sans s’être préalablement mis d’accord entre eux. Aussi, il a suffi que de quelques jours pour les mater.
La Feldgendarmerie vint sur les lieux et commença à embarquer les grévistes dans plusieurs camions. Plus de cent ont été pris comme otages dans les différentes usines en grève. Il est à noter l’attitude solidaire de la population qui est venue apporter du pain et des aliments aux grévistes arrêtés.
Les autres ouvriers mis devant le dilemme : voir leurs camarades déportés en Allemagne ou recommencer le travail, se sont résignés à reprendre la chaîne. « Ils se sont fait couper la queue », comme nous a dit un vieil ouvrier des lieux. Au lieu de retourner la menace contre leurs bourreaux fascistes — Libérez les otages ou nous continuerons la grève —, ils s’attelèrent à nouveau à leurs machines.
La seule condition d’une lutte victorieuse du prolétariat contre son patronat, et contre l’occupant qui se met bénévolement à la disposition de ce dernier pour briser tout mouvement de lutte de la classe ouvrière, c’est une organisation centralisée de tous les travailleurs, c’est la formation de comités de lutte dans toutes les usines, ateliers et mines, c’est la liaison de tous ces comités par un comité fédéral de lutte.
LA VOIE DE LÉNINE n° 23 Décembre 1942
Pour mettre fin à la guerre et à ses horreurs,
guerre à tous les impérialismes
Les horreurs perpétrées par l’impérialisme allemand dans tous les pays occupés suscitent partout la juste indignation des masses populaires. En Pologne, ce sont des centaines de milliers de paysans brutalement chassés de leurs terres ; ce sont des millions de Juifs en proie à la torture, voués à l’extermination. En Russie occupée, une terreur féroce se déploie sans cesse contre les paysans et les ouvriers, devenus de véritables esclaves. Les pendaisons et les fusillades ne se comptent plus.
Les odieux traitements infligés aux prisonniers soviétiques dépassent les limites du croyable. La presse nazie elle-même a avoué qu’une quantité de prisonniers « bolchévistes » avaient péri de privations. Et les indignes tartufes du nazisme osent prétendre que ce sont les « bolchévistes » qui maltraitent leurs prisonniers !
À tous ces forfaits de l’impérialisme allemand dans les régions « barbares » de l’Est, s’ajoutent les exactions croissantes dans les pays plus civilisés d’Europe occidentale. Ici aussi, les mêmes méthodes sauvages commencent lentement à être implantées : déportations, fusillades, rafles, etc.
Mais si la haine dont sont entourés l’impérialisme allemand et le nazisme est entièrement justifiée, la propagande que cherchent à en tirer les impérialismes « démocratiques » et notre bourgeoisie nationale est d’une hypocrisie incommensurable.
À en croire les banquiers américains, anglais et belges, le nazisme serait devenu l’incarnation du règne du diable sur la terre. Par contre, Churchill et Roosevelt seraient les émissaires directs de Dieu, chargés de combattre ce règne diabolique du nazisme. Tel est le schéma de toute la propagande « démocratique », réformiste et stalinienne.
On peut faire abstraction du fait qu’au vu et au su de tout le monde, ce sont les capitalistes américains, anglais, français, belges et autres qui ont permis à Hitler de prendre le pouvoir, qui l’ont soutenu durant des années, voyant en lui le seul rempart possible contre le communisme. Toutes les horreurs causées par l’hitlérisme sont donc à verser au dossier des crimes du capitalisme international. Mais, en vérité, les méthodes de l’impérialisme allemand dans les pays occupés sont-elles tellement différentes de celles couramment employées par les impérialismes « démocratiques » dans les pays qu’ils ont eux-mêmes occupés dans les colonies ?
Il ne faut pas aller très loin pour être convaincu du contraire. Actuellement, notre bourgeoisie — tout en faisant de bonnes affaires avec l’occupant, tout en collaborant avec lui au maintien de l’ordre capitaliste — mise généralement sur la carte anglo-saxonne (beaucoup de choses ont changé depuis mai 1940), et ne manque pas de faire entendre sa voix « indignée » dans le chœur s’élevant contre la barbarie hitlérienne.
Chers banquiers, estimés actionnaires, honorables spéculateurs, avez-vous complètement oublié votre façon d’agir avec un peuple qui, lui non plus, ne demandait pas à être envahi ? Non, il est certain que vous n’oubliez pas le Congo. Oh, vous ne pensez pas précisément au sort des esclaves coloniaux ! Mais les titres des compagnies minières congolaises sont sans prix sur le marché des valeurs, n’est-ce pas? Vous déclamez ici contre les « atrocités hitlériennes », mais au Congo, vos agents pourchassent sauvagement la population noire pour en extraire le plus de sang et de sueur.
Depuis la guerre impérialiste, les affaires sont magnifiques au Congo. Des millions de travailleurs noirs sont astreints à un labeur épuisant pour que les « braves » capitalistes « démocratiques » puissent pomper le plus de plus-value possible.
Mais le Congo, c’est si loin, n’est-ce pas ? Et il n’y a personne ici pour entendre le cri de ceux qu’on écorche pour les plus grands profits de nos parasites nationaux.
Et les « socialistes » ? Et les « communistes » ? Ils ont aussi la bouche pleine des atrocités hitlériennes. Mais ils ont complètement oublié l’existence de centaines de millions d’esclaves coloniaux, aux Indes, en Égypte, au Congo. Cet « oubli », chez nos « communistes », ne remonte qu’à un an et demi.
Avant le 22 juin 1941, ils ne cessaient de dénoncer l’exploitation du monde par la « ploutocratie anglo-saxonne ». « Une Allemagne forte par contre, était nécessaire au maintien de la paix européenne», disait un certain Molotov…
Cette amnésie dure depuis un temps plus long chez les « socialistes ». Eux, ils ont oublié l’existence d’esclaves coloniaux exploités par les « démocraties » depuis une quarantaine d’années.
Voici comment le mensuel Le Germinal du POB (Parti ouvrier belge) décrivait l’œuvre de « civilisation » au Congo, en 1907 : « Pour s’approprier quelques dizaines de millions, le roi Léopold II déclara à lui-même une grande partie du Congo, exploita scandaleusement les nègres, et se fit rapporter les richesses des forêts : le caoutchouc, le copal, l’ivoire et d’autres produits congolais. »
En ce qui concerne les moyens utilisés pour forcer les nègres à travailler, Vandervelde communiqua une lettre que le gouverneur général du Congo,
Monsieur Wahis, avait adressée à ses agents du Congo. Nous en détachons le passage suivant : « Là où les indigènes refusent absolument le travail, vous les y forcerez en prenant les otages. En cas de résistance, employez les armes. » Pour procurer des millions aux chefs du Congo, le roi Léopold II dit : « Emprisonnez les femmes et les enfants, ou fusillez-les. »
Plus loin, on trouve dans les déclarations du capitaine Tilkens : « J’avais laissé mourir de faim des femmes que j’avais faites prisonnières. L’autorité supérieure le savait pourtant, car on nous disait toujours: “Agissez ! Agissez !” »
Il est très juste de lutter contre le travail forcé introduit par les nazis. Mais il ne faut pas oublier un seul instant que ce travail forcé existe dans les colonies appartenant aux capitalistes « démocratiques » depuis très longtemps. Les méthodes des impérialistes allemands ne font que copier celles des impérialistes anglais, français et belges.
Voici ce qu’un chef socialiste anglais — sombré depuis lors dans le social-patriotisme — Hyndemann, déclarait au congrès socialiste international en 1904 : « Par leur traitement des Caffres, des Indiens, des Chinois et des Noirs, les politiciens anglais ont prouvé au monde entier que le travail forcé et l’esclavage sont leurs méthodes habituelles. En fait, l’Inde est le plus grand et le plus horrible exemple de la cruauté, de l’avidité et du manque de perspicacité de la classe capitaliste que l’histoire nous ait jamais montré. Aujourd’hui, un paysan hindou ne peut plus manger que le tiers de la nourriture que son grand-père mangeait. »
Tout cela est extrait des journaux socialistes appartenant au POB! Et si quelque travailleur inconscient pensait qu’une chose sont les traitements infligés aux « races de couleur », et autre chose les persécutions des « peuples blancs » d’Europe, qu’il se rappelle que c’est précisément cet argument raciste qui sert à justifier l’exploitation des pays occupés d’Europe.
Les capitalistes allemands expliquent à leur peuple qu’ils ont le droit d’exterminer les Juifs, de massacrer les Polonais et les Russes, d’exploiter à fond tous les peuples européens, parce que tous ces peuples appartiennent à des races inférieures. Exactement de la même façon que vos capitalistes justifient leurs crimes contre les travailleurs noirs au Congo…
Non, l’Allemagne n’est pas la seule responsable des horreurs impérialistes. TOUS LES IMPÉRIALISTES SONT LES MÊMES. La haine que les capitalistes anglo-saxons et leurs valets « socialistes » et « communistes » propagent contre l’Allemagne ne vise pas les maîtres de forges ni les marchands de canons, mais uniquement les masses ouvrières.
Mais le prolétariat allemand n’est pas plus responsable des crimes de Hitler et de ses sbires que les ouvriers anglais, français ou belges ne le sont des atrocités commises par leurs propres capitalistes.
Lutter seulement contre les crimes de Hitler, c’est justifier ceux des capitalistes anglais, américains et belges. C’est donner une base à la propagande de Goebbels, qui prétend que le monde entier veut la destruction de l’Allemagne. Le seul moyen de mettre fin à la sanglante boucherie, le seul moyen de mettre fin aux atrocités impérialistes, c’est la guerre du prolétariat internatio- nal contre tous les impérialismes.
L’OUVRIER ALLEMAND HAIT HITLER AUTANT QUE TOI. EN PROPAGEANT LA HAINE « CONTRE LE BOCHE », TU LE REJETTES DANS LES BRAS DE SES TORTIONNAIRES. TU PROLONGES TES PROPRES SOUFFRANCES.
Après la grève des ACEC de Charleroi
Le 17 février, pour répondre à la menace de réquisition qui pesait sur 400 de leurs camarades, les 6 000 ouvriers des Usines ACEC à Charleroi, partirent en grève pour s’opposer à cette menace.
Sentant bien que s’ils restaient seuls dans la lutte, ils auraient eu peu de chances de vaincre, les courageux métallos des ACEC se rendirent dans les usines d’alentour pour inviter les ouvriers de ces établissements à se joindre à eux dans le mouvement qu’ils venaient d’entreprendre. Les ouvriers de plusieurs de ces usines se joignirent promptement aux grévistes des ACEC, notamment ceux de l’Aciérie Cambier, l’Énergie, Forges de Gilly, etc.
Cependant, cela n’a pas suffi pour donner au mouvement l’ampleur qu’il aurait dû revêtir pour faire reculer les Allemands, comme ce fut le cas aux usines Cockerill à Liège, il y a quelques mois.
Les tentatives faites en vue d’entraîner dans la bataille les ouvriers des autres corporations n’ont pas réussi non plus, de sorte que la grève des ACEC, qui promettait beaucoup, et dont la classe ouvrière doit quand même être fière, car elle prouve qu’elle sait encore entrer en lutte malgré les conditions terribles de l’occupation, a été rapidement vaincue et que les ouvriers qui avaient été primitivement désignés pour aller en Allemagne devront y aller.
Maintenant, il importe que la classe ouvrière tire de cette expérience les enseignements et les leçons qui en découlent. Il faut tout d’abord essayer de comprendre les causes qui ont fait échouer la grève; ces causes sont multiples. En tout premier lieu, il y a le fait que le mot d’ordre de grève générale de solidarité n’a pas été répandu avec toute la rapidité voulue. Ce fait est imputable en partie à la faiblesse actuelle de notre organisation et à l’inexistence, dans la classe ouvrière, d’organismes de lutte. Cela signifie que nous devrons travailler d’arrache-pied au développement de notre parti et à la création dans toutes les usines, tous les ateliers, charbonnages, etc., de Comités de lutte, dont la direction sera confiée aux plus qualifiés d’entre les ouvriers ; ces Comités auront pour but de préparer les travailleurs à affronter les luttes futures avec plus d’ensemble, de simultanéité et d’esprit de décision.
Deuxièmement, il est avéré que les femmes ont joué, dans le présent conflit, un rôle plutôt réactionnaire, qu’elles ont freiné dans beaucoup de cas la combativité des hommes et que, en conséquence, le problème de l’éducation politique des femmes se pose avec acuité.
Il importe que les hommes fassent comprendre à leurs compagnes que leur sort à eux est aussi leur sort à elles et celui de toute la population ouvrière et que, par conséquent, leur devoir, à elles, femmes, est non pas de freiner leur combativité lorsqu’ils entreprennent une lutte ouverte contre le capitalisme et son avant-garde fasciste, qui revêt aujourd’hui l’aspect des troupes d’occupation, mais que ce devoir consiste au contraire à les encourager et à les aider dans cette lutte, à y prendre part même.
L’ouvrier, pour pouvoir lutter avec courage et décision, a besoin de se sentir appuyé par l’ensemble de ses camarades de travail ; mais il a aussi besoin de se sentir soutenu par la sympathie active et bienveillante de sa compagne. C’est un fait sur lequel nous ne pourrions trop insister. Il faut donc faire l’éducation politique des femmes.
Troisièmement, la grève que le prolétariat de Charleroi vient de vivre démontre enfin que la grève est devenue, dans les circonstances actuelles, une arme que les ouvriers doivent apprendre à manier avec une vigueur nouvelle. En effet, la répression qu’exerce l’appareil militaire et policier allemand complique la lutte et pose à l’attention de la classe ouvrière le problème de la réaction contre cette répression.
On sait que lors de chaque grève, les Allemands se livrent à des arrestations d’otages en grand nombre dans le but de jeter la terreur parmi la classe ouvrière et d’écraser dans l’œuf ses mouvements de protestation. Il se pose la question de la lutte contre cette répression.
À notre avis, le moyen le plus efficace de lutter contre l’appareil de répression militaire et policière est de travailler, lorsqu’une grève éclate, de toutes nos forces à son élargissement toujours plus grand afin d’empêcher que les autorités occupantes ne puissent concentrer en un seul point le gros de leurs forces et de parvenir ainsi, peut-être à les déborder. À ce moment-là, de nouvelles formes de lutte devront être envisagées, comme par exemple l’opposition violente à toute tentative d’arrestation d’ouvriers qu’entreprendraient les Allemands, essais de fraternisation avec les soldats allemands que l’appareil militaire serait tenté de lancer contre les ouvriers en lutte. Mais ce qu’il faudra tout d’abord faire, lorsqu’une nouvelle grève éclatera, c’est de l’étendre le plus possible, de la rendre générale. C’est là le premier stade de la lutte révolutionnaire.
En résumé, les enseignements qui découlent de la dernière grève, enseignements qui doivent retenir l’attention toute particulière de la classe ouvrière, sont les suivants :
1°) Nécessité de constituer des organisations de lutte adéquates, c’est-à-dire les Comités de lutte que nous n’avons cessé de préconiser. Ces Comités devront établir entre eux des liaisons régionales et interrégionales et être centralisés par un organisme national. Ces Comités permettront une préparation méthodique et organique des luttes que la classe ouvrière devra mener dans un proche avenir et sauront leur donner ce caractère de simultanéité et de rapidité dans l’information indispensable pour que ces luttes aient des chances de succès.
2°) Étudier les méthodes les plus efficaces pour lutter contre la répression policière et militaire des Autorités d’occupation.
3°) Nécessité absolue de faire l’éducation politique de la femme pour l’amener à soutenir activement la lutte de son compagnon et même à participer à cette lutte.
Le PCR fera tout ce qui est en son pouvoir pour préparer la classe ouvrière à vaincre tous ses ennemis dans les luttes à venir.
PARTOUT DANS LES USINES, MINES, ATELIERS, FORMONS NOS COMITÉS DE LUTTE ; PRÉPARONS LA GRÈVE GÉNÉRALE CONTRE LA DÉPORTATION, CONTRE LA MISÈRE !
Grèves à Liège
Les métallurgistes de Charleroi avaient à peine repris le travail, que ceux de Cockerill déclenchaient la grève à leur tour pour s’opposer aux déportations. Rapidement, la grève s’étendit à toute la métallurgie du bassin de Seraing-Ougrée. Les mineurs mêmes, quoiqu’ils ne fussent pas menacés directement par les déportations, donnèrent un magnifique exemple de solidarité ouvrière en soutenant les métallurgistes. Plusieurs charbonnages cessèrent le travail. Le mouvement semblait appelé à prendre une grande extension, lorsqu’on apprit, le troisième jour, que Cockerill flanchait. On reprenait sans conditions. Les déportations annoncées étaient maintenues et l’autorité allemande ne donnait aucune garantie pour l’avenir. Donc, les ouvriers obtenaient moins qu’en novembre lorsqu’ils avaient fait ajourner pour trois mois les déportations. Comme à Charleroi, c’est le manque de direction et d’organisation qui est la cause unique de la défaite.
Avant de déclencher la grève, les métallurgistes devaient s’assurer le soutien rapide des mineurs, des tramways, des cheminots. Ils devaient se mettre en liaison avec les ouvriers des autres régions. Si les efforts des ouvriers de Charleroi et de Liège avaient été concertés, le résultat eût été probablement différent. La grève se serait étendue beaucoup plus rapidement dans les deux bassins, et probablement dans tout le pays.
Que les travailleurs se pénètrent bien de cette idée : toute grève partielle, dans le moment actuel, met en péril la domination nazie. L’occupant ne peut pas, par exemple, tolérer une grève des chemins de fer devant la menace constante d’un débarquement.
Par conséquent, il faut s’attendre à ce qu’il mette tout en œuvre pour étouffer dans l’œuf toute tentative de résistance. La classe ouvrière n’a qu’un moyen de parer à ce danger : la grève générale. Mais cela suppose une organisation, un réseau de liaisons très étendu. Les travailleurs de Liège et de Charleroi auront tiré eux-mêmes la leçon des dernières grèves : de l’organisation, des comités partout. Relier tous les comités régionaux à un comité central national, qui sera en liaison avec les comités centraux de toutes les autres régions. Surtout pas de découragement. L’ennemi est moins fort qu’il n’en a l’air.
Si la classe ouvrière sait s’organiser pour agir avec toutes ses forces, elle peut mettre en échec Hitler et tout son appareil de répression.
TRAVAILLEURS ! À L’ORGANISATION
DE LA BOURGEOISIE, OPPOSONS L’ORGANISATION OUVRIÈRE. NOUS SERONS LES PLUS FORTS.
L’internationalisme est toujours vivant
À l’occasion d’un des derniers départs de Charleroi d’ouvriers réquisitionnés à destination de l’Allemagne, un incident très significatif et au plus haut point réconfortant s’est produit lors de l’entrée en gare du train venant de Mons et dans lequel devaient prendre place les nouveaux partants. À peine le train s’était-il arrêté qu’un jeune gaillard, un de ceux grâce auxquels l’humanité fait des pas en avant, entonne à pleine poitrine le chant des opprimés de toute la terre, le chant qui, demain lorsque les peuples seront enfin libérés du carcan impérialiste, deviendra l’hymne de l’humanité tout entière, rachetée par la Révolution communiste universelle : L’INTERNATIONALE !
Le plus remarquable et le plus réconfortant dans cet incident, ce qui doit surtout nous réjouir, c’est le fait que le chant fut repris en chœur si l’on ose dire, par l’ensemble des partants et de la masse de ceux qui étaient venus les accompagner. Et ainsi, les voûtes d’une grande gare d’une région d’un pays occupé retentirent du chant révolutionnaire qui exprime le mieux le désir des masses prolétariennes de jeter bas le système de barbarie capitaliste, de mettre un terme aux luttes fratricides qui dressent les uns contre les autres les peuples de la terre faits pour s’entendre et s’entre-aider.
Signalons aussi, ce qui est également très symptomatique, que les Allemands présents se contentèrent d’enregistrer le fait, c’est-à-dire qu’ils ne réagirent pas comme on aurait pu le craindre. Nous le répétons, cela aussi est significatif et doit nous réconforter.
En résumé, cet incident nous prouve que la flamme révolutionnaire prolétarienne n’est pas morte et que demain, elle jaillira plus fulgurante que jamais pour éclairer l’humanité opprimée et lui indiquer le chemin de la révolution communiste libératrice.
LA VOIE DE LÉNINE n° 27 1er août 1943
Travailleurs, prenez garde !
Tous ceux qui, par la guerre impérialiste, l’exploitation capitaliste et la terreur féroce de l’impérialisme hitlérien, sont exposés à des privations terribles, et qui, trompés par le poison de la propagande « anglophile » et « patriote », aspirent ardemment à la « libération » par les armées de l’impérialisme anglo-saxon, ont reçu il y a quelques semaines un avertissement utile, auquel ils feraient bien de tendre l’oreille attentivement.
En effet, le 29 avril dernier, un monsieur qui se disait « porte-parole officiel du gouvernement belge », et quelques jours après, le ministre Delfosse en personne, ont résumé devant la Radio de Londres les vues officielles quant à l’état de choses qui serait rétabli dans le pays après une occupation anglaise. Et pour ne laisser aucun doute sur leur « volonté énergique » d’exécuter leurs plans s’il le faut « à l’aide des forces mises à leur disposition » (c’est-à-dire de la future Feldgendarmerie britannique !), ils ont déclaré carrément :
que toutes les lois et ordonnances prises à l’initiative des secrétaires généraux resteraient en vigueur ;
que toutes les institutions et autorités nommées après le 28 mai 1940 resteraient en fonction, jusqu’au moment où l’ordre sera rétabli et où « la souveraineté du peuple» sera capable d’exprimer « librement » ses vœux par l’intermédiaire des organes constitutionnels.
Une seule exception a été faite : pour la CNAA et pour le secrétaire général De Winter.
Pour une fois que les laquais du capital expriment sans détour leurs désirs intimes, ils nous apportent de bien étranges révélations quant à la nature de la « libération » qu’ils nous promettent.
C’est clair, n’est-ce pas ?
Les bourgmestres fascistes, leurs police et gendarmerie remplies de bourreaux fascistes, tout l’appareil de répression créé actuellement sera employé pour « rétablir l’ordre ». Le rationnement subsistera, avec les quelques milliers de tonnes de farine et de boîtes de lait condensé que l’humanitaire bourgeoisie yankee daignera nous vendre. Les lois sociales resteront ajournées. La censure empêchera, comme aujourd’hui, les révolutionnaires de s’adresser ouvertement aux masses populaires.
En un mot : LES « DÉMOCRATES » DE LONDRES PROFITERONT DES VESTIGES DU FASCISME « HITLÉRIEN » POUR MUSELER TOUT MOUVEMENT DE RÉVOLTE ANTICAPITALISTE, POUR EMPÊCHER TOUTE ATTEINTE À LA PROPRIÉTÉ SACRO-SAINTE DES BARONS DU CHARBON, DES BANQUIERS, DES CHEVALIERS DE LA BOURSE, DES GROSSISTES ET DES SPÉCULATEURS AFFAMEURS DU PEUPLE !
Les « démocrates » ont profité des leçons de l’expérience. Ils connaissent l’aspiration ardente des masses populaires à une libération qui signifie, en même temps que la disparition de la Gestapo, l’adaptation des salaires au coût de la vie. Et ils ont peur. Ils ont peur de la grève générale des travailleurs qui prendront en main les mines, les usines, les journaux, les chemins de fer. Ils ont peur de la force armée des masses laborieuses qui ne rendront pas les armes, qui les emploieront pour défendre l’État et la propriété socialisée !
Certes, les laquais « démocratiques » du capital feront des concessions. Ils rétabliront l’une ou l’autre misérable « loi sociale ». Avec la complicité des dirigeants ouvriers traîtres à leur classe, ils essayeront de briser le magnifique mouvement qui s’annonce à l’aide de quelques « ministres socialistes », de quelque gouvernement « populaire ».
Monsieur Delfosse l’a bien dit, et le traître réformiste Balthasar l’a répété quelques jours plus tard : « Les contacts pris dès maintenant par les patrons et les dirigeants (sic !) ouvriers en territoire occupé ont permis de jeter les bases D’UN ACCORD QUI RÉGLERA LA COLLABORATION RAISONNABLE DU CAPITAL ET DU TRAVAIL DANS LA BELGIQUE DE DEMAIN. »
L’avez-vous entendu, ouvriers trompés, égarés dans le « Front de l’Indépendance », soi-disant uniquement « pour chasser l’ennemi hitlérien » ?
Comprenez-vous que vos dirigeants vous ont vendus d’avance aux capitalistes avec lesquels vous collaborez maintenant ? Comprenez-vous qu’il s’agit d’abord de vous donner quelques avantages pour les reprendre quelques années après ? Comprenez-vous qu’il s’agit de briser un nouveau 1936, lequel sera suivi fatalement d’un nouveau 1939 ? C’est vous qui avez souffert le plus de la guerre impérialiste.
Permettrez-vous que le cycle infernal des crises capitalistes et des guerres impérialistes recommence pour la troisième fois ? Avez-vous risqué votre vie ? Avez-vous subi la famine ? Vos militants illégaux héroïques sont-ils tombés sous les balles des pelotons d’exécution pour que les spéculateurs d’aujourd’hui rouvrent leurs boutiques demain sous l’enseigne « démocratique » ? Pour que le Capital reste maître ?
Finissez-en avec vos dangereuses illusions ! Brisez les liens qui vous attacheraient encore aux patrons et à la bourgeoisie, prêts à rétablir le désordre capitaliste par la persuasion ou par la force.
Serrez vos rangs ! Formez l’unité de la classe ouvrière dans un réseau de comités secrets de lutte !
Préparez-vous ! Organisez-vous pour conquérir: l’échelle mobile des salaires ! La semaine des 40 heures ! Le contrôle prolétarien de la production ! La double ration pour tous les travailleurs ! L’organisation du ravitaillement par les comités d’ouvriers et de petits paysans ! Les journaux, les locaux, les postes émetteurs aux travailleurs ! Les milices ouvrières comme force armée !
PRÉPAREZ LA GRÈVE GÉNÉRALE AVEC OCCUPATION DES USINES !
LA VOIE DE LÉNINE n° 33 15 décembre 1943
Ni ordre nouveau, ni front de l’indépendance. Front ouvrier !
Produis toujours davantage, trime toujours plus, use entièrement tes muscles et tes nerfs, travailleur. La tuberculose te happe déjà au passage, tu n’as peut-être plus longtemps à vivre. Dépêche-toi donc, ne perds plus une minute. Car ta raison de vivre, n’est-ce pas d’extraire toujours plus de charbon, de fabriquer plus de vêtements ?
Car si tu ne te crèves pas en trimant toujours davantage, comment le capitalisme continuera-t-il à s’enrichir en spéculant toujours plus ?
« Combien de tonnes de charbon vous faut-il ? Livrables par wagons. Naturellement, au prix du jour, le supplément de main à la main. Risques ? Aucun. Les contrôleurs sont dans la combine. L’intendance allemande est précisément à la recherche de stocks importants. Elle ne regarde pas au prix. » Que de conversations de ce genre s’échangent journellement dans les hôtels luxueux, devant les tables abondamment garnies des restaurants chics, là où les additions se chiffrent par « billets », où des millions changent de mains.
Les actionnaires, les spéculateurs, les banquiers fraternisent avec les généraux et officiers hitlériens, avec les courtiers de l’armée allemande. Ils s’entendent toujours bien quand il s’agit de sucer le sang du peuple travailleur.
ET C’EST AVEC CES CAPITALISTES ET SPÉCULATEURS BELGES QU’ON NOUS DIT DE FORMER UN « FRONT DE L’INDÉPENDANCE » ?
Union de tous les Belges ? Nous sommes payés pour savoir ce qu’il en est en réalité. Quand, n’en pouvant plus, nous réclamons quelques améliorations à nos braves patrons, ceux-ci nous demandent de ne pas compromettre la vie du pays par des exigences impossibles à satisfaire.
Car, pour eux, la vie du pays s’identifie à leur luxe et à notre misère et il est toujours impossible de satisfaire une demande qui tend à réduire notre misère au détriment de leur luxe.
Et quand, peu rassasiés par les bonnes paroles nous avons le mauvais goût d’insister, les patrons s’empressent de sceller l’union de tous les Belges avec l’aide de la gendarmerie allemande et de la Gestapo. L’ordre régnera à nouveau. L’ouvrier s’épuisant au fond de la mine, l’« agitateur » communiste mourant au camp de concentration, le bourgeois s’amusant à Spa et ailleurs, l’union entre les Belges est rétablie.
Oui, camarade, les appels trompeurs d’union des Belges dans le Front de l’Indépendance ne servent qu’à dissimuler l’union véritable des capitalistes belges et allemands pour t’exploiter à outrance.
Est-ce à dire que les capitalistes belges et allemands s’entendent toujours comme larrons en foire ? Non. Ils se disputent fermement au sujet des parts de bénéfices que chacun entend s’attribuer. Si les barons du fer et du charbon protestent fort, ce n’est évidemment pas au sujet du taux misérable des salaires des ouvriers de leurs entreprises. C’est le prix du charbon et des produits métallurgiques qui leur paraît beaucoup trop bas.
Les capitalistes poussent si loin leur patriotisme qu’ils consentent même à ce que toi prolétaire, tu te fasses casser la figure pour qu’ils puissent encaisser tous leurs bénéfices sans aucune entrave. Ils donneront même un peu de leur argent pourvu que toi, tu donnes tout ton sang. Va, jeune prolétaire, engage-toi dans la Brigade Blanche. Des généraux confortablement calés dans leurs fauteuils te donneront l’ordre d’assassiner quelques soldats allemands. Que risquent-ils ? On sait qu’en général la Gestapo se borne à fusiller des communistes. Faire crever l’ouvrier avec l’aide de la Gestapo, faire massacrer l’ouvrier par la Gestapo, les bourgeois gagnent à tous les coups. Et vive le Front de l’Indépendance.
Quand, en 14-18, les bourgeois envoyaient à la boucherie des millions d’ouvriers pour décider du partage du monde entre les groupes de bandits impérialistes, Lénine brisa avec les « socialistes » de la IIe Internationale parce que ceux-ci engageaient les ouvriers à former une « Union Sacrée » avec leurs exploiteurs et à s’entretuer pour les intérêts de ceux-ci. C’était leur manière d’appliquer les décisions des congrès socialistes où ils s’étaient engagés de mettre à profit la guerre, pour détruire le capitalisme.
Mais parce que Lénine demandait aux ouvriers de mettre fin à la guerre par la Révolution et démontrait la trahison des social-patriotes, ces derniers l’accusaient de trahir la patrie au profit de l’Allemagne. C’est cependant cette politique de classe intransigeante de Lénine et Trotsky qui permit aux communistes de chasser les capitalistes et les propriétaires fonciers de la sixième partie du monde et d’y instaurer le gouvernement ouvrier et paysan.
Mais aujourd’hui, alors que les souffrances des masses laborieuses sont infiniment plus grandes, les staliniens, qui s’intitulent encore communistes, au lieu de détruire le capitalisme, nous invitent à nous unir à nos pires ennemis de classe, la bourgeoisie capitaliste et ses valets, derrière le drapeau national – emblème de la misère, du chômage, de la guerre. Même TRAHISON DES INTÉRÊTS OUVRIERS QU’EN 1914-18.
FRONT DE L’INDÉPENDANCE CONTRE LES ALLEMANDS ?
CONTRE TOUS LES ALLEMANDS ?
Que chaque ouvrier réponde : « Qui, pendant cette guerre nous aura fait le plus de tort ? Est-ce le gros spéculateur qui accapare et vend froment, beurre et charbon etc. à des prix fabuleux ? Est-ce le patronat qui en collaboration avec les capitalistes allemands et profitant de leur protection, accumule des bénéfices énormes et nous oblige par tous les moyens à produire davantage pour des salaires de famine ? Ou est-ce peut-être le soldat allemand exploité comme nous et soumis à une répression féroce ? »
Les capitalistes belges collaborent avec l’impérialisme allemand à nous exploiter. Mais ils essayent de nous dresser contre nos camarades les ouvriers allemands. Ils veulent enserrer le mouvement de révolte des masses dans les canaux du nationalisme. Ils veulent empêcher la collaboration des ouvriers belges et des ouvriers allemands en uniforme pour détruire le capitalisme. Le Front de l’Indépendance n’est rien d’autre qu’une arme aux mains de la bourgeoisie pour étouffer la Révolution ouvrière, pour jeter les ouvriers les uns contre les autres, pour préparer les troupes de gardes blancs destinés à fusiller et à massacrer les ouvriers. Les ouvriers savent quels sacrés moyens de duperie ont toujours été les unions sacrées. La nouvelle et brillante façade appelée « Front de l’Indépendance » ne dissimule que très imparfaitement l’ancienne et bien connue pourriture de l’Union Sacrée. N’est-ce pas, messieurs Max Léon Gérard (les bénéfices de la Banque de Bruxelles sont passés de 13 millions en 1940-41 à 21 millions en 1941-42), messieurs les Barons Coppée, Empain, etc. Que vous importent les étiquettes, pourvu que vous restiez maîtres de vos banques et vos usines ?
Contre l’exploitation du capital, contre la misère grandissante, contre les déportations, contre la terreur de la Gestapo, il faut former le front de classe, le FRONT OUVRIER. Pour mettre fin à jamais à la guerre et à ses horreurs, les travailleurs doivent, non pas collaborer avec les capitalistes, mais s’unir tous sans distinction d’opinion pour renverser le régime de boue et de sang qu’est le capitalisme.
En avant, sous le drapeau de Lénine, pour le pouvoir ouvrier, pour le communisme.
LA VOIE DE LÉNINE NUMÉRO SPÉCIAL Mai 1944
Assez de sang pour les capitalistes
Devant l’horreur des bombardements des populations civiles, devant nos villes éventrées, devant les milliers d’innocents massacrés, que doit penser le travailleur ? Que doit faire la classe ouvrière ?
Les avocats d’Hitler s’efforcent d’exploiter sa colère et son indignation pour l’asservir encore davantage à la barbarie fasciste. Comme si Hitler n’avait pas le premier déchaîné ces calamités contre les populations civiles de France, de Belgique, de Londres, de Rotterdam, de Varsovie, de Belgrade et d’ailleurs. Comme s’il n’infligeait pas depuis des années des tourments encore plus cruels à des peuples entiers. Les travailleurs ne se laisseront pas prendre à cette grossière démagogie.
Ils n’écouteront pas davantage les mensonges de la propagande anglo-saxonne, les stériles bavardages sur l’utilité ou l’inutilité de ces bombardements du point de vue militaire. Toutes les belles phrases de ces charlatans, toutes les condoléances hypocrites ne parviendront pas à voiler ce fait indiscutable que les capitalistes anglo-saxons sont responsables de cette guerre et de toutes ces horreurs au même titre que leurs confrères allemands et qu’ils la prolongent à dessein parce qu’elle constitue pour eux une magnifique affaire et parce qu’ils veulent saigner à blanc l’Union soviétique.
Les bombardements que nous subissons actuellement achèveront d’ouvrir les yeux des travailleurs. Nombreux sont ceux qui comprennent maintenant qu’ils n’ont rien à attendre ni d’une victoire allemande ni d’une victoire anglo-saxonne. Dans un cas comme dans l’autre, cette guerre se soldera pour la classe ouvrière par des victimes innombrables, par une misère accrue, par une oppression renforcée.
La guerre, la barbarie fasciste, la misère, la famine, les bombardements, toutes ces calamités sont les fruits légitimes du capitalisme. Hitler lui-même est un produit du capitalisme pourrissant. S’il est arrivé au pouvoir, c’est grâce à la complicité de tous les gouvernements capitalistes.
Aujourd’hui, ceux qui ont favorisé son ascension veulent tout rejeter sur lui et sur le peuple allemand. Ils prétendent lui faire la guerre, mais ils bombardent aussi bien la population des pays occupés que la population allemande.
Les travailleurs ne feront également pas de distinction entre les capitalistes « alliés » et les capitalistes allemands et leurs sanglants commis Hitler, Churchill, Roosevelt. Unis dans le malheur et les souffrances, les travailleurs belges, français, allemands et anglais se donneront la main pour abattre le capitalisme fauteur et profiteur de guerre.
Ensemble, ils prendront en main les usines, les mines, les terres, les transports et feront servir les merveilles de la technique à l’amélioration du sort de tous les travailleurs, et non plus à la destruction des villes et à l’extermination des femmes et des enfants. Ensemble, ils construiront les États-Unis soviétiques d’Europe et du monde. Telle est la seule issue, le seul moyen de mettre un terme à cet affreux cauchemar et à toutes les calamités qui s’abattent sur le monde.
Mais en attendant de pouvoir mettre fin une fois pour toutes à la barbarie capitaliste, que doit faire la classe ouvrière pour protéger la vie de ses enfants, pour limiter au moins les hécatombes, pour adoucir le sort de ceux qui souffrent et qui exposent leur vie tous les jours ?
« Éloignez-vous des objectifs », nous dit la radio. « Envoyez vos femmes et vos enfants à la campagne.» C’est facile à dire. C’est peut-être facile à faire aussi pour les riches qui ont plusieurs domiciles, qui ne sont pas enchaînés au travail. Pour les ouvriers, pour les petites gens de la ville, c’est une chose impossible dans l’immense majorité des cas. Ils doivent continuer à travailler et à vivre sous la menace constante des bombes. Soit. Mais cela ne signifie pas qu’ils doivent supporter passivement et gratuitement ces risques et ces sacrifices.
Les gendarmes touchent une prime de danger de 500 francs par mois. Sont-ils plus exposés que les travailleurs ? Dans les usines, les ateliers, les gares, les chantiers, les bureaux, dans les endroits exposés aux bombardements, les travailleurs doivent exiger immédiatement une prime de DANGER qui devrait au moins permettre de mettre leur famille en sécurité.
Nous savons bien que cette prime ne rendra pas la vie aux morts de Malines, d’Haine-Saint-Pierre, de Saint-Ghislain, de Charleroi, de Bruxelles, d’Anvers, de Louvain et d’ailleurs. Nous savons qu’elle n’atténuera même pas le danger. Mais c’est le moins que puisse exiger celui qui risque sa vie tous les jours pendant que les capitalistes mènent joyeuse vie dans leurs châteaux, à l’abri des bombes.
Les travailleurs ne se contenteront d’ailleurs pas de cela. Ils exigeront partout des abris sûrs, faute de quoi ils refuseront de travailler. Ils exigeront que les alertes soient sonnées à temps.
Les femmes ne doivent pas non plus rester passives. Dans les quartiers les plus exposés, elles formeront des COMITÉS, qui exigeront que les autorités prennent les mesures nécessaires pour assurer l’évacuation des enfants à la campagne, où ils seront logés et nourris gratuitement. Au besoin, elles exigeront à cet effet la réquisition des villas et des châteaux.
Elles se joindront aux travailleurs pour exiger la confiscation des bénéfices de guerre, que les sinistrés reçoivent des vivres, des médicaments et des secours gratuits, ainsi que la réparation de leurs biens de toutes espèces. Ils exigeront que des immeubles soient mis gratuitement à disposition des sinistrés. Au besoin, ils agiront eux-mêmes et procéderont, par leurs comités, à la réquisition des immeubles et à la confiscation des stocks.
Partout, la classe ouvrière doit s’organiser et faire preuve d’initiative. C’est sa vie même qui est en danger. C’est la vie de ses enfants. C’est l’avenir de l’humanité qui est en jeu. Travailleurs, défendez-vous !
Ce sont les capitalistes qui ont déchaîné la guerre. Eux seuls en tirent profit. QU’ILS EN PAIENT LES FRAIS !
PARTI COMMUNISTE RÉVOLUTIONNAIRE (trotskyste)
Section belge de la IVe Internationale