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- Lutte ouvrière n°3037
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Les jeunes en lutte
3 000 postes dans le chapeau de Geffray
Après avoir cherché à étouffer dans l’œuf la mobilisation lycéenne à coups de gaz lacrymogènes et de gardes à vue, le gouvernement a baissé d’un ton, cherchant à gagner du temps avant les vacances scolaires.

Le ministre de l’Éducation, Édouard Geffray, a ainsi sonné l’heure de l’écoute : les proviseurs ont été désignés volontaires pour se pencher sur les doléances des élèves avec un succès plus que limité, parce qu’on ne rénove pas des bâtiments vétustes avec des leçons de morale. Ce n’est pas l’hypocrisie qui fera taire le sentiment d’injustice : « Ils ne prennent même pas de notes sur ce qu’on leur dit ! », remarquaient certains lycéens.
Puis, à l’instar du Premier ministre Lecornu, promettant aux automobilistes des fleuves de gazole bon marché, Geffray a inventé une annonce fracassante : 3 000 enseignants inoccupés seraient mis à disposition pour se charger sur-le-champ des cours non assurés dans 114 lycées prioritaires.
À la rentrée 2026, les syndicats de proviseurs déclaraient qu’il manquait un enseignant dans deux lycées sur trois. Geffray répondait alors qu’il n’y avait que « quelques dizaines de postes vacants » dans le secondaire. Le mouvement lycéen aura déjà eu le mérite d’apprendre à compter au ministre de l’Éducation.
Mais de quel chapeau sortent les 3000 enseignants que Geffray prétend envoyer immédiatement arranger la situation ? D’un tout nouveau logiciel développé par l’Éducation nationale, bien entendu « dopé à l’intelligence artificielle ». Cela faisait un an que le ministère travaillait sur ce logiciel, d’après Geffray, et il allait régler le problème mais l’impatiente et ingrate jeunesse entra en lutte juste avant.
Comme on pouvait s’y attendre, quelques heures après l’annonce, le nuage de fumée commençait déjà à se dissiper, avec les témoignages de professeurs de mathématiques auxquels on demandait d’assurer des cours de lettres, ou d’enseignants de français envoyés faire des cours d’anglais. Quant aux « quelques centaines de contractuels » que Geffray promet de recruter, ils ne compenseront même pas les 1 500 collègues qui ont vu leur renouvellement refusé en septembre. D’autant que le gouvernement prévoit de supprimer encore près de 1 600 postes d’enseignants.
« Ça nous incite juste à continuer » déclarait un lycéen. Que voilà une leçon bien comprise !