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Algérie : les incendies et leur instrumentalisation
Fin août, des feux gigantesques ont ravagé des forêts et des villages de l’Est algérien. Si les images des incendies ont entraîné un élan de solidarité à travers le pays, le silence des autorités sur leur nombre nourrit la défiance et la colère.
De la Kabylie à la frontière tunisienne, les feux ont brûlé le couvert forestier, détruit des habitations, des vergers, des oliveraies et anéanti le bétail. Quant aux victimes humaines, le chiffre officiel est de douze morts, alors même qu’à Jijel, la région la plus touchée, les habitants annoncent un bilan provisoire de 73 morts. Dans cette localité, des feux d’une hauteur inédite, propagés par des vents de plus de 100 km/heure, ont empêché l’arrivée des secours ainsi que l’intervention des bombardiers d’eau.
Sur les réseaux sociaux, des citoyens, écœurés que le gouvernement et les médias cachent la vérité, se font l’écho du nombre de morts qu’ils estiment à plus de deux cents, sans compter les blessés graves acheminés dans tous les hôpitaux du pays.
Les fortes chaleurs qui ont régulièrement atteint 50 o et l’existence de pyromanes ne sont pas les seuls facteurs de la gravité de ces incendies. En effet, depuis des années, les gouvernements successifs se sont désengagés de la gestion du secteur forestier. Celui-ci se dégrade de plus en plus par manque de moyens humains. Les gardes forestiers partis à la retraite ne sont pas remplacés. Dans chaque forêt, ils se comptent sur les doigts d’une main et souffrent de manque de matériel pour intervenir dans des secteurs où le relief est très accidenté.
Le gouvernement a tout de suite évoqué des départs de feux criminels, commis selon lui par la « main de l’étranger » pour affaiblir le pays. Les ministres veulent se dédouaner de toute responsabilité et éviter d’avoir à rendre des comptes. En juillet, le jeune Jalil avait été arrêté pour avoir diffusé – à la demande des habitants de son village – une vidéo dénonçant l’inaction des autorités locales après un incendie. En annonçant que le Code pénal serait modifié, afin de rétablir la peine de mort pour les incendiaires, le président Tebboune ne fait pas seulement diversion, il se saisit de cette crise pour accentuer sa politique répressive.
Cette fuite en avant autoritaire ne règle rien, car l’Algérie fait partie des pays les plus affectés par le dérèglement climatique, et les feux de forêts sont amenés à prendre de l’ampleur, mais le pouvoir ignore volontairement cette question et n’anticipe pas ses conséquences. Pour défendre les intérêts de la bourgeoisie algérienne en Afrique, il préfère consacrer 25 milliards au budget militaire, le plus important du continent. Ainsi, pendant que des pompiers et des bénévoles luttaient contre les flammes, quatre avions de combat algériens étaient déployés au Niger.