Balladur : un “courageux” fossoyeur des retraites 02/09/2026 2026 Journal /medias/journalnumero/images/2026/09/une_3031-c.jpg.445x577_q85_box-0%2C5%2C1265%2C1645_crop_detail.jpg 2026-09-02

Leur société

Balladur : un “courageux” fossoyeur des retraites

Le décès d’Édouard Balladur a suscité les hommages convenus du corps politique et médiatique, soulignant, comme il le fit lui-même en toute occasion, son « courage politique ».

Le défunt a participé à la gestion des affaires de la bourgeoisie française, à la très grande satisfaction de celle-ci, sous Pompidou, président de 1969 à 1974, comme sous Mitterrand, dont il fut ministre de l’Économie de 1986 à 1988 et Premier ministre de 1993 à 1995. Entre deux missions publiques, et même quelquefois pendant, ce « grand serviteur de l’État », comme on dit dans ce monde-là, n’oubliait pas de se servir lui-même. Il fut administrateur de diverses grandes sociétés, touchant de confortables jetons de présence. De plus, lorsqu’il fallut trouver des fonds pour sa campagne électorale, il eut recours, comme ses concurrents, à la pêche en eau trouble. Le Conseil constitutionnel a trouvé ainsi que les comptes de sa campagne présidentielle perdue de 1995 étaient douteux. Le président de ce Conseil, le mitterrandien Dumas, exigea que les comptes soient acceptés, mais une autre juridiction montra, des années plus tard, qu’ils avaient été abondés par une sombre affaire de rétrocommissions sur des ventes d’armes à la dictature pakistanaise. Balladur, retiré de la vie publique, passa entre les gouttes, ce qui ne fut pas le cas de quelques-uns de ses amis et comptables de l’époque.

Rien de tout cela ne distingue bien sûr Balladur de ses pareils et s’il faut rappeler son nom c’est pour de tout autres raisons. En juillet 1993, le Premier ministre Balladur fit passer comme une lettre à la poste la réforme des retraites qui porte son nom : les pensions du secteur privé ne seraient plus indexées sur l’évolution des salaires, mais sur celle des prix, moins rapide ; les pensions ne seraient plus calculées sur la moyenne des dix meilleures années, mais sur celle des 25 meilleures, forcément plus basse ; la durée de cotisation pour partir à taux plein, à partir de 60 ans, devait augmenter d’un trimestre par an pour passer de 37,5 annuités à 40 pour la génération née en 1943. Cette réforme, outre les deux ans et demi volés qui en annonçaient d’autres, a fait passer la pension, en moyenne, de 86 % du dernier salaire en 1990 à 66 % de nos jours, d’après les calculs de la CNAV. Et encore, ce calcul ne concerne que les travailleurs qui partent sans décote, s’il en existe encore…

Balladur bénéficia à l’époque d’une certaine bienveillance de la part des directions syndicales. La réforme des retraites passa en plein été et au milieu d’une série interminable de concertations gouvernement-syndicats sur tout et sur rien, qui constituaient un prétexte tout trouvé à l’inaction. Lutte ouvrière titrait en septembre 1993 : « Balladur, un plan inacceptable… que les directions syndicales acceptent de discuter ».

Et c’est bien cela, étrangler la classe ouvrière sans même faire couiner les bureaucraties syndicales, qui est le vrai titre de gloire de Balladur aux yeux des possédants et ce qu’ils appellent son courage.

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