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Leur société
Bassin creillois : un projet qui passe mal
Mercredi 19 août, au moins deux cents habitants se sont rassemblés à Rantigny, une des communes du grand bassin creillois, pour participer à la réunion de clôture de ce qu’on appelle à tort « une enquête publique », puisque ces enquêtes aboutissent à se moquer royalement de l’avis du public.
Le sujet était un projet de data center. Son promoteur, un patron local, et le commissaire enquêteur s’attendaient à une simple formalité, en plein mois d’août, pour un projet de 4,5 milliards d’euros. Mais la salle était archicomble, avec des assistants venus d’abord pour manifester leur défiance d’autant plus fort que le commissaire enquêteur et le promoteur ressassaient leurs arguments et éludaient les questions.
La question n’était pas de savoir si un data center ou l’intelligence artificielle seraient en soi bénéfiques, mais ce qui se cachait derrière le projet et les conséquences qu’il pourrait avoir pour les habitants de la région. Le patron avait pour ambition, disait-il, de préparer le terrain à l’arrivée d’un géant de l’informatique, pas encore déterminé. La seule chose concrète était donc l’annonce de la création d’une SCI, société civile immobilière, puis d’une société anonyme, capable de drainer le maximum d’argent.
Méfiance et hostilité ont traduit l’inquiétude réelle et justifiée des habitants. Cet été, même dans une région pluvieuse comme la Picardie, la canicule, la sécheresse et le manque d’eau ont pu faire des ravages. Un data center peut détourner l’équivalent de la consommation d’eau d’une ville de 50 000 habitants et accapare une énorme énergie. Face aux réactions, le commissaire enquêteur a tenté sinon d’empêcher, du moins de limiter l’expression des contestations et des questions. Quant aux élus de la région présents, qui avaient donné leur quitus à ce projet, ils ont gardé un silence de plomb, et ont eu pour seule initiative de faire venir des gendarmes pour assurer la protection des organisateurs…
Cette région ouvrière a été le plus grand centre industriel de la Picardie, et a vu des dizaines de milliers d’emplois supprimés par les grands groupes capitalistes au nom du progrès, et les services publics dévastés. Alors, ses habitants ont toutes les raisons de manifester leur hostilité aux vendeurs de rêve… ou de cauchemar.