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Brésil : Lula réélu, l’extrême droite reste une menace
Contre tous les pronostics, le candidat du Parti des travailleurs (PT), Luiz Inácio Lula da Silva, a remporté l’élection présidentielle au Brésil avec 51,79 % des voix, alors qu’il avait été distancé au premier tour par le candidat d’extrême droite Flãvio Bolsonaro.
Ce qui semble avoir fait basculer le résultat, c’est la remobilisation des plus pauvres, notamment dans le Nordeste, une région particulièrement déshéritée. Leur abstention avait été importante au premier tour (alors que le vote est censé être obligatoire) car la désillusion est forte après quatre ans de gouvernement de gauche. La vie reste dure, sept travailleurs sur dix gagnent moins de 540 euros. À São Paulo, le coût d’un panier alimentaire de base pour une personne représente 61 % du salaire minimum et le loyer d’un simple deux pièces coûte presque deux salaires minimum.
Les travailleurs noirs et métis subissent à la fois les plus bas salaires et la violence d’un appareil d’État gangrené par le racisme. En 2025, la police brésilienne a tué 6 602 personnes, un record : 18 morts par jour, à 82 % des Noirs et des métis, y compris à Bahia, gouverné par le PT, deuxième État pour le taux de morts dues à la police. Un Noir a trois fois et demie plus de risques qu’un Blanc d’être tué par la police. La justice suit : près de 70 % des détenus sont noirs ou métis, alors qu’ils représentent 56 % de la population.
Entre les deux tours, le gouvernement de Lula a pris des mesures destinées à s’attirer les voix des travailleurs. Il a augmenté de 15 % la « bourse familiale », versée quelques jours avant le second tour. Surtout, le 14 octobre, le Sénat a adopté la fin de la semaine de six jours : la durée du travail passera de 44 à 40 heures sans baisse de salaire. La mesure était en préparation depuis 2019 mais elle était si attendue par les travailleurs que la droite, Flávio Bolsonaro compris, a voté pour à onze jours du scrutin, elle qui prônait des horaires flexibles négociés entre salarié et patron. Cela a remobilisé l’électorat pauvre derrière Lula qui, malgré sa politique conciliante avec le patronat, reste pour bien des travailleurs un des leurs : ancien syndicaliste de la métallurgie, dirigeant de grandes grèves sous la dictature.
De multiples scandales financiers impliquant les Bolsonaro père et fils, en particulier un prêt à taux jugé anormal de la banque BRB pour la villa luxueuse de Flávio Bolsonaro à Brasília, ont fait basculer les indécis.
Lula a aussi joué à fond la carte de la souveraineté nationale face aux États-Unis, qui ont frappé les marchandises venant du Brésil d’une surtaxe de 25 % et attaquent Pix, le système de paiement public auquel les Brésiliens sont très attachés. Flávio Bolsonaro, lui, est allé proposer à Washington les minerais stratégiques du pays. Dans une Amérique latine pillée par l’impérialisme, cela compte pour bien des travailleurs, et même pour une partie de la bourgeoisie qui veut un État capable de les protéger de la mainmise des États-Unis. Une autre partie, celle de la finance et de l’agrobusiness, misait sur Bolsonaro : la Bourse avait bondi de près de 8 % au lendemain du premier tour et s’est effondrée au lendemain de la victoire de Lula. Le souverainisme de Lula ne s’oppose pas à la bourgeoisie : il défend ses intérêts nationaux et met les travailleurs à sa remorque
Malgré la victoire présidentielle, l’extrême droite sera en position de peser, ayant remporté la plupart des scrutins locaux. Le Parti de Bolsonaro, dont les élus constituent le premier groupe parlementaire, pèsera dans la vie politique, même si son chef a quitté le pays, probablement par craine de la justice. Lula devra gouverner en faisant de nombreux compromis au détriment des classes populaires. Les travailleurs n’ont pas de raison de considérer la victoire de Lula comme la leur.