CMA CGM : même pas la reconnaissance du ventre 07/10/2026 2026 Journal /medias/journalnumero/images/2026/10/une_3036-c.jpg.445x577_q85_box-0%2C0%2C1271%2C1649_crop_detail.jpg 2026-10-07

Leur société

CMA CGM : même pas la reconnaissance du ventre

Le projet de budget 2027 veut reconduire la taxe exceptionnelle sur les bénéfices des très grandes entreprises, en diminuant toutefois son taux.

Cela provoque naturellement la colère des grands patrons et une vive réaction de Jacques Saadé, dirigeant et propriétaire de la compagnie maritime CMA CGM, multimilliardaire et troisième au monde dans le transport par conteneurs.

En 2025, CMA CGM avait payé 500 millions d’euros de taxe exceptionnelle. En 2026 elle en a été exonérée, sous prétexte que les armateurs ne ressortissent pas à l’impôt sur les sociétés (IS) mais à la taxe au tonnage. Pour 2027, le projet crée donc une catégorie spéciale pour eux, et CMA CGM devrait payer entre 200 et 300 millions d’impôts exceptionnels, soit 8 % de son bénéfice. L’année 2026 promet d’être moyenne, avec entre 2 et 3 milliards d’euros seulement de bénéfices, contre, par exemple, 25 milliards en 2022. Saadé fait donc sa grosse colère et revient sur son engagement d’immatriculer sous pavillon français les sept porte- conteneurs géants en commande pour les années qui viennent.

D’après l’armateur, immatriculer un de ses navires au Registre international français (Rif) coûte deux millions de dollars par an de plus que l’enregistrer à Malte. « Nous assumons ce surcoût, qui est un acte de confiance envers le pavillon français et un engagement concret en faveur de la souveraineté de notre pays » affirmait pourtant Saadé en juillet. Un engagement toutefois très limité car, sur les 650 navires de la compagnie, 450 en propriété et 200 affrétés, 33 seulement sont immatriculés au RIF !

Un navire a besoin d’être immatriculé quelque part pour avoir un statut légal, être assuré, payer son équipage, conclure des contrats, etc. Les armateurs comme CMA CGM prétendent faire la balance entre ce que coûte le pavillon et les services qu’il offre. Dans son cas, pour tous ses navires, sauf 33, le pavillon de complaisance, à Malte ou ailleurs, ne lui coûte pas grand-chose et l’État français lui offre, malgré tout, tout ce dont il peut rêver : un soutien financier allant jusqu’au renflouement ; une représentation diplomatique et des contrats conclus sous l’aile du président en exercice ; des ports reconstruits à la mesure de ses bateaux ; des lois spéciales quant aux impôts, aux aides, à la motorisation et à la décarbonation ; des facilitations dans le développement tout azimut des affaires du groupe. Cela va jusqu’à la protection militaire des bateaux de la compagnie dans les zones de guerre, quel que soit le pavillon qu’ils arborent.

Pourtant, lorsque Lecornu et Macron demandent à CMA CGM un petit geste politique, participer à la fiction d’un effort budgétaire partagé par tous, Saadé les envoie sur les roses. Il n’est pas tous les jours facile d’être les larbins d’un des capitalistes les plus puissants du pays.

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