Espagne : à défaut de se loger, on pourra voter... 07/10/2026 2026 Journal /medias/journalnumero/images/2026/10/une_3036-c.jpg.445x577_q85_box-0%2C0%2C1271%2C1649_crop_detail.jpg 2026-10-07

Dans le monde

Espagne : à défaut de se loger, on pourra voter...

Le 5 octobre, le mouvement de révolte face à la crise du logement, qui a envahi les rues en Espagne, a poussé le Premier ministre Pedro Sanchez à dissoudre le Parlement pour espérer tirer son épingle du jeu, du moins sur le plan électoral.

Le 23 septembre et les jours suivants, l’expulsion d’une octogénaire de son appartement, l’expulsion de trop, a fait descendre dans la rue des centaines de milliers de personnes à travers le pays. À Madrid, la place de la Puerta del Sol est toujours occupée par des dizaines de tentes, dans une espèce de meeting permanent qui rappelle les occupations de places du mouvement des Indignés en 2011. Sous les fenêtres du gouvernement régional et à 600 mètres du Congrès des députés, des mal-logés et des militants du Syndicat des locataires crient leur colère ; des travailleurs, des jeunes, des retraités, des syndicalistes, des associations viennent soutenir le mouvement et raconter parfois leur propre lutte.

Premier succès de cette mobilisation, au bout de quelques jours, l’expulsion de la vieille dame était annulée et celle-ci pouvait rentrer chez elle. Sa deuxième réussite a été d’imposer le problème du logement comme le sujet crucial, effaçant la campagne anti-migrants qui sévissait jusque-là dans les médias et obligeant le gouvernement à faire mine de légiférer en urgence.

Sans majorité au Parlement, Pedro Sanchez savait pertinemment que ses décrets suspendant les expulsions et limitant l’augmentation des loyers avaient toutes les chances d’être rejetés ; lui et ses ministres se sont soudain transformés en virulents défenseurs du droit au logement des classes populaires contre les fonds vautours, apprenant même l’usage du mot « capitalisme ».

En annonçant la dissolution du Parlement et la tenue d’élections législatives le 29 novembre, Sanchez cherche bien sûr à éteindre la mobilisation en l’orientant vers une voie de garage. Il essaie aussi de limiter les conséquences du discrédit de son gouvernement en rejetant la faute sur la droite, qui a voté comme un seul homme contre des mesures censées soulager les locataires. Sanchez martèle désormais la nécessité d’une « majorité progressiste beaucoup plus large » pour pouvoir légiférer avec les coudées plus franches dans l’intérêt des classes populaires.

Cela ne pourra faire oublier qu’en huit ans de gouvernements « progressistes » dirigés par le Parti socialiste, la crise du logement n’a fait qu’empirer. Même si Sanchez réussit à renouveler son bail de Premier ministre, les centaines de milliers de victimes de la crise du logement ne pourront s’en contenter.

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