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Leur société
Inflation : ceux qui profitent et ceux qui payent
Interrogé sur France Inter le 22 septembre, le patron du groupe Intermarché, Thierry Cotillard, redoutait « un mur d’inflation » avec une hausse des prix à deux chiffres attendue dans les prochains mois.

Pour lui, la hausse du prix du pétrole va se répercuter sur le prix de tous les produits industriels et viendra s’ajouter aux effets de la sécheresse qui fait grimper le prix des denrées agricoles. Cotillard appelait le gouvernement à « prendre des décisions d’accompagnement plus larges ». Ces propos s’ajoutent à ceux de Macron annonçant que les prix du pétrole ne vont pas redescendre de si tôt car les guerres, celle du Moyen-orient comme celle d’Ukraine, devraient durer. Les deux font comme si la hausse des prix était un phénomène naturel, provoqué par des événements extérieurs sur lesquels personne n’a de prise. C’est un mensonge intéressé.
Bien sûr, le prix du pétrole et du gaz s’envole parce que la guerre de Trump contre l’Iran a provoqué le blocage de détroits stratégiques tandis que celle entre la Russie et l’Ukraine provoque la destruction des dépôts pétroliers et gaziers. Mais ces hausses n’ont rien de mécanique : elles sont décidées et mises en œuvre par les dirigeants des grandes compagnies pétrolières qui profitent de leur monopole sur toutes les opérations, de l’extraction au raffinage, pour spéculer et racketter ainsi la planète. Et les compagnies pétrolières ne sont pas les seules à s’enrichir pendant que des milliards de personnes se serrent la ceinture. L’énergie étant à la base de toute l’économie, les hausses se propagent de proche en proche.
À chaque étape, les industriels de la chimie ou de la métallurgie, les géants du transport ou de la distribution, les groupes de l’agro- alimentaire, répercutent ces hausses en augmentant leurs propres prix. Ainsi le porte-parole des industriels du plastique menaçait-il début septembre : « Le consommateur final doit s’attendre à une hausse de 10 % sur les voitures et de 5 à 10 % sur les bouteilles d’eau. » Quant au prix des salades ou du maïs, il n’augmente pas seulement à cause de la sécheresse mais pour garantir les profits de Florette ou de Bongrain, de Auchan ou de Carrefour. On entend Michel-Edouard Leclerc ou le patron de Système U pleurer sur les plateaux télés en dénonçant les marges de Total ou celles de Danone, sur le thème « c’est pas moi, c’est eux ». Les capitalistes des divers secteurs se battent, entre eux comme des chiffonniers pour se partager les profits qu’ils tirent de l’exploitation des travailleurs et les profits additionnels rendus possibles par la guerre et la spéculation qu’elle favorise.
Au bout de la chaîne, ceux qui n’ont que leurs bras, leur énergie ou leur tête à vendre, c’est-à-dire les travailleurs dont les salaires ou les retraites n’augmentent pas, s’appauvrissent chaque jour davantage. Ils ne peuvent espérer être protéger de l’inflation généralisée, par un hypothétique blocage des prix de tel ou tel produit ou une baisse des taxes perçues par l’État. Il faut imposer que les salaires, les allocations et les pensions augmentent d’au moins 400 ou 500 euros par mois de façon à rattraper l’augmentation des prix, et qu’ils soient ensuite réévalués au fur et à mesure des progrès de l’inflation.