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Leur société
Logement : le vrai problème et les fausses réponses
Le nombre de ménages en attente d’une HLM est de 2,9 millions, en augmentation de près de moitié en dix ans.

Si la crise du logement s’aggrave, c’est qu’il y a d’un côté la faiblesse des salaires et de l’autre les capitaux qui s’investissent dans la construction et l’immobilier sans rapport avec les besoins les plus urgents, dans le seul but d’une rentabilité financière. Les loyers du secteur privé sont pour la plupart bien supérieurs à ce que peuvent payer les classes populaires.
Même, avec un salaire relativement élevé par rapport à la moyenne, il est de plus en plus difficile d’acheter à crédit ou de louer au centre des agglomérations, ce qui conduit nombre de ménages à rester en HLM plus longtemps. Les entrées de nouveaux locataires s’en trouvent ralenties. Au-delà de cet engorgement, ce qui est en cause est l’incapacité du marché de l’immobilier à loger les classes populaires, une carence que les HLM pallient de moins en moins, car l’État a supprimé les aides destinées à soutenir leur construction. Les organismes HLM réduisent la voilure et empruntent davantage aux banques.
Pour mettre fin à la pénurie de logements accessibles aux classes populaires, qui est au cœur même du fonctionnement du capitalisme, il faut non seulement augmenter les salaires mais imposer aux sociétés du bâtiment comme Bouygues ou Vinci de construire davantage et de vendre à prix coûtant, sous peine d’expropriation.
Sur cette question du logement, Le Pen, qui en a fait le sujet de son discours de rentrée, ne menace ni les capitalistes ni les promoteurs, mais les travailleurs immigrés, y compris ceux qui se cassent le dos à travailler dans le bâtiment. Elle veut en effet leur interdire l’accès à une HLM et, pour ceux qui y sont déjà, les priver d’APL, pour voler au secours du budget de l’État sans aucun bénéfice d’ailleurs pour ceux qui continueraient à les toucher. Ce serait attiser la division entre travailleurs sans toucher aux racines de la pénurie de logements et de la cherté des loyers.
Le Pen veut aussi supprimer l’obligation, déjà bien légère, faite aux collectivités locales, de construire des logements sociaux là où il en manque, une façon de satisfaire les propriétaires bien installés, auxquels elle promet de plus qu’ils pourront mettre en location toutes les passoires thermiques, sans aucune obligation de travaux.
Derrière l’ignoble « préférence nationale », il y a une nette préférence sociale de Le Pen pour la propriété privée et le pouvoir de l’argent.