Russie-Ukraine : une “paix jamais aussi proche” ? 04/11/2026 2026 Journal /medias/journalarticle/images/2026/11/P9-1_Apr%C3%A8s_un_bombardement_russe_sur_Dnipro_le_3_novembre_2026_HD_C_Mykola_Miakshykov_AFP.jpg.420x236_q85_box-0%2C54%2C800%2C505_crop_detail.jpg 2026-11-04

Dans le monde

Russie-Ukraine : une “paix jamais aussi proche” ?

Confirmant la relance de pourparlers de paix entre Moscou et Kiev sous patronage américain, les 10 et 11 novembre à Abou Dhabi, Trump a claironné que « la fin de la guerre n’a peut-être jamais été aussi proche ».

Illustration - une “paix jamais aussi proche” ?

Combien de fois Trump a-t-il déjà fanfaronné sur ce thème ? Mais il n’avait « jamais été aussi proche »… d’une défaite annoncée de son camp aux midterms du 3 novembre. Alors, tenter un « coup » en jouant à nouveau au faiseur de paix ne lui coûtait pas grand-chose.

Quant à la paix qui approcherait, elle a surtout pris l’aspect, pour les populations concernées, d’une intensification des attaques de part et d’autre. Dans la nuit du 2 au 3 novembre, l’armée russe a lancé 289 drones de combat, 17 missiles balistiques et 59 missiles de croisière sur des usines, une école, un abri à Kiev où 31 personnes ont trouvé la mort, un hôpital à Kharkiv où il y a eu 73 blessés, des centres commerciaux, les voies ferrées et, objectif prioritaire des militaires qui veulent priver la population d’éclairage et de chauffage à la veille de l’hiver, les infrastructures énergétiques de neuf régions. De son côté, Kiev a envoyé 493 drones sur Moscou, frappant là aussi des sites énergétiques, sans que le Kremlin ne chiffre les victimes.

Alors que Moscou et Kiev disent se féliciter de se retrouver dans une semaine pour « discuter de la paix », les deux belligérants veulent montrer qu’ils ne sont, ni l’un ni l’autre, en situation de faiblesse. Et ils le prouvent en faisant le plus de destructions possible et en tuant un maximum de civils dans le camp adverse.

Il est vrai que les dirigeants russes et ukrainiens ne sont pas en reste quand il s’agit de s’en prendre à leur propre population.

Le prix de la guerre pour les populations

En Ukraine, les rafles de futurs soldats dans la rue, chez eux ou au travail, les cas de mobilisés de force torturés pour qu’ils signent un engagement « volontaire » se multiplient, tant l’armée « consomme » toujours plus de chair fraîche. Et le gouvernement ne cesse de rogner les motifs légaux d’exemption : il en résulte l’enrégimentement forcé d’invalides, de sursitaires, la fin des dispenses automatiques même pour les travailleurs du secteur militaro-industriel ou énergétique. D’où aussi l’envolée du montant des pots-de-vin qu’exigent bureaucrates et officiers pour fournir un permis de ne pas aller se faire tuer. Font également la une des réseaux les scandales de corruption au sommet de l’État – ainsi, l’ex-cheffe adjointe du Service des migrations vient d’être condamnée à neuf ans de prison, sur fond de lutte entre la police politique (SBU) et les services anticorruption (NABU), et les clans dirigeants que chacun protège.

En Russie, les autorités, après avoir fait abattre six journalistes de Novaïa Gazeta en quelques années, viennent d’avoir « la peau » du titre lui-même, qu’elles venaient d’accuser, la routine, d’être un « agent de l’étranger ». Qui restera-t-il pour même relater comment Poutine, qui n’a rien à envier à son comparse ukrainien Zelensky, s’y prend pour abreuver ses généraux en chair à canon ? Pas grand monde.

Quant aux travailleurs russes, frappés comme leurs frères ukrainiens par une inflation qui – guerre oblige – atteint 7,22 % et dévore leurs salaires, ils voient souvent ces derniers versés en retard, voire amputés. Zabastkom, un site russe traitant de la vie dans les entreprises, recense de tels cas. Ainsi, le 22 octobre, 30 salariés de SMK Koulebaki ont attaqué en justice leur employeur pour avoir réduit leur paye de 55 % et leur devoir deux mois de salaire (au total, près de 900 000 euros). Le même jour, le site décrit des situations analogues à Toula, en Carélie, à Yaroslavl. Le 25 octobre, il signale 900 000 roubles d’arriérés de salaires à la société Veles, dans la région de Lipetsk ; en Kabardino-Balkarie, les salariés d’Ekologistik attaquent au pénal leur patron pour non- versement de salaires…

Même si une « paix » venait à sortir des pourparlers que les États-Unis organisent entre Moscou et Kiev, elle ne réglerait aucun de ces problèmes. Au contraire : vaincu ou vainqueur, « leur » gouvernement présenterait la note des années de guerre aux travailleurs de chacun des deux pays, sans qu’ait changé en rien la nature profondément anti-ouvrière des deux États.

Les vrais gagnants du conflit

En attendant, États-Unis, Grande-Bretagne, Allemagne et France se concertent afin, disent-ils, d’offrir des « garanties de sécurité » à l’Ukraine dans le cadre de l’OTAN et, bien sûr, pourvu que les conditions de la « paix » leur conviennent. Les pays européens se disputent pour savoir quelle part du gâteau russo-ukrainien leur laissera en pareil cas leur grand frère et grand rival américain. Et ils s’efforcent de maquiller ce partage impérialiste sur le dos des peuples, en disant veiller à la sécurité de ce qu’il resterait de l’Ukraine. Car, et ils l’avouent quasi ouvertement, les compères sont prêts à obliger Kiev à des concessions territoriales, si cela peut hâter, pour leurs grands groupes capitalistes, la reprise des affaires avec la Russie.

Cela passe par l’organisation, en même temps que le sommet à Abou Dhabi, dont les États européens sont exclus, d’exercices militaires en Pologne. Réunissant des militaires de onze pays sous commandement franco-britannique, ils préfigurent la future « force de sécurité » en Ukraine. Cela appuierait-il la paix dans cette région d’Europe ? En tout cas, cela va dans le sens de sa militarisation accrue, dans l’intérêt des États qui y envoient des troupes.

Des reportages télévisés ont montré le désarroi des habitants d’Olechky, qui survivent dans les ruines d’une ville située sur la ligne de front. Ils viennent de « bénéficier » d’une trêve et de la possibilité soit de rester en enfer, soit de partir en exil. Selon un reporter local, 550 d’entre eux vont s’installer loin en Ukraine, 250 l’ont quittée pour la Russie, un millier n’ont pas voulu ou pas pu choisir.

Leur sort, et celui de millions de leurs pareils, ne pèsent pas le moins du monde dans les calculs de ceux qui les ont jetés dans cette guerre fratricide. Ceux-là, au contraire, calculent maintenant ce que leur « paix » pourrait rapporter aux magnats du monde capitaliste américain et européen, ainsi qu’aux nantis et exploiteurs de Russie et d’Ukraine.

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