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Dans le monde
Samsung : nano-puces et giga-profits
Le groupe coréen Samsung vient de battre le record historique de profits réalisés en un seul trimestre, avec 80,2 milliards de dollars accumulés entre juillet et septembre. Il écrase les résultats des compagnies pétrolières, des entreprises du secteur internet et des puissants fonds financiers.
Samsung doit l’essentiel de ces profits extravagants à sa division Device Services qui produit les puces mémoires dites DRAM, utilisées dans les ordinateurs, les téléphones portables et surtout les serveurs des data centers indispensables à l’IA. En concurrence féroce pour développer les supports physiques et les capacités de calcul de l’IA, les géants Alphabet (Google), Amazon, Meta (Facebook, Instagram) ou encore Microsoft et Oracle font construire à tour de bras de gigantesques centres de stockage de données. Outre de l’eau et de l’électricité, ces derniers nécessitent des millions de puces DRAM fabriquées par Samsung ou SK Hynix et des processeurs fabriqués surtout par Nvidia. Lancés dans une course folle pour s’imposer face à leurs concurrents, les géants du numérique multiplient les commandes de puces dont les prix flambent, pour le bonheur des actionnaires.
Ainsi Samsung a vu le prix de son action multiplié par six en un an et sa capitalisation boursière dépasser 1 300 milliards de dollars. Celle de Nvidia a dépassé 5 000 milliards de dollars en août alors que son chiffre d’affaires n’est « que » de 130 milliards. Alors que l’IA ne rapporte encore rien aux entreprises qui la développent, que son intérêt pour l’humanité et le rythme de son développement ne sont jamais discutés, elle attire les capitaux du monde entier, alimentant une immense bulle spéculative. En attendant que la bulle éclate, au risque de provoquer un séisme économique mondial, les actionnaires et les financiers s’enrichissent.
Pendant ce temps, des travailleurs produisent des puces électroniques, construisent des data centers et des centrales électriques pour les alimenter. Sans eux, pas d’intelligence artificielle mais surtout pas de profits. Les actionnaires de Samsung l’ont appris à leurs dépens : en avril 2026, confrontée à un arrêt de travail et à la simple menace d’une grève dans cette division, la direction du groupe a concédé une augmentation de salaire de 6,2 % aux 130 000 salariés de la branche électronique et une prime de près de 300 000 euros aux 78 000 salariés de la division des puces. Même si ces primes ont été principalement concédées sous forme d’actions du groupe, qui peuvent s’effondrer du jour au lendemain, la réaction des patrons de Samsung montre qu’ils redoutent que la mobilisation des travailleurs ne tue la poule aux œufs d’or.