Un visa qui continue de tuer 02/09/2026 2026 Journal /medias/journalnumero/images/2026/09/une_3031-c.jpg.445x577_q85_box-0%2C5%2C1265%2C1645_crop_detail.jpg 2026-09-02

Leur société

Un visa qui continue de tuer

Entre les îles de l’archipel des Comores, on circulait librement depuis toujours jusqu’en janvier 1995.

Mais, à cette date, le gouvernement Balladur a privé la population comorienne de ce droit en imposant un visa pour entrer à Mayotte aux habitants des trois autres îles, la Grande Comore, Anjouan et Mohéli.

Les formalités pour l’obtention sont si contraignantes que la plupart des candidats à la traversée risquent leur vie sur des embarcations de fortune, les kwasa-kwasa, aux mains de passeurs sans scrupule qui leur demandent des sommes importantes. Depuis 1995, au moins 10 000 femmes, enfants, hommes ont péri en mer. La traversée des 70 kilomètres entre Anjouan et Mayotte est devenue l’une des routes migratoires les plus meurtrières de l’océan Indien. L’obligation des visas transforme ceux qui y survivent en clandestins dans leur propre pays. Ils sont pourchassés et renvoyés manu militari vers Anjouan. Des parents expulsés sont obligés, malgré eux, d’abandonner les enfants livrés à eux-mêmes.

Loin d’abroger ce visa scélérat, le gouvernement Hollande (2012-2017) a renforcé les moyens techniques pour freiner l’« immigration clandestine ». À peine élu, Macron se permettait une odieuse remarque sur la situation : « Le bateau kwasa-kwasa pêche peu, il amène du Comorien, c’est différent. » Il a laissé les mains libres à ses ministres pour monter des opérations policières de grande ampleur visant la destruction des habitats précaires, en mobilisant des centaines de policiers, de soldats, des radars et des moyens technologiques modernes.

Quelle que soit leur couleur politique, les gouvernements français ont fait payer à ces populations le prix du sang et de la douleur.

Partager