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- Lutte ouvrière n°3036
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Les jeunes en lutte
Où est la vraie violence ?
Les images de poubelles brûlées, de tirs de mortiers d’artifice et de dégradations du mobilier urbain tournent en boucle dans les médias, avec comme message : la violence est du côté des jeunes. Alors qu’en réalité la pire des violences est bien celle du gouvernement et de la société.

Parallèlement au matraquage policier, un autre matraquage, audiovisuel celui-là, sature les ondes. Rien d’étonnant car, derrière les calomnies des journalistes, il y a leurs patrons milliardaires tels que Saadé ou Bolloré. Car il s’agit bien de cela : de la défense de l’ordre établi, c’est-à-dire des injustices les plus violentes. Car la société est foncièrement violente avec les pauvres. Les licenciements et les expulsions de logement, c’est violent. La pauvreté, c’est violent. Jeter des jeunes en dehors du système scolaire sans bagage, sans considération, c’est violent !
Après, comment imaginer qu’une partie des jeunes, condamnés aux conditions scolaires que le mouvement dénonce, aux contrats au rabais dans une société qui ne leur réserve pas d’autre place, n’exprime pas sa frustration et sa colère, y compris parfois en mettant le feu à du mobilier urbain, celui dont ils sont les usagers ? Les lycéens qui se mobilisent doivent faire face à des charges policières extrêmement violentes. Il est difficile parfois de tracer une limite entre ce qui est une action de défense et ce qui est de la violence pour la violence.
La campagne en cours vise à traiter de délinquants ceux qui contestent car ils ne se contentent pas de ce qui serait toléré, une contestation encadrée et sans lendemain. Chacun sent bien que les gouvernements se moquent des contestations bien délimitées comme de leur premier 49.3. Et, dès qu’un mouvement naît, la police est là pour tenter d’empêcher qu’il ne prenne de l’ampleur.
Chaque travailleur qui a connu une grève sait que la police est là pour protéger le patron, l’entreprise, pas les salariés. Au cours de la révolte de mai-juin 1968, les étudiants lançaient des pavés sur les policiers qui eux-mêmes s‘étaient fait remarquer par leur violence contre les Nord-Africains durant la guerre d’Algérie à peine quelques années auparavant. En mai 68, il y eut plusieurs morts parmi les étudiants et les ouvriers du fait des charges et des tirs policiers.
Alors oui, mettre sur le même plan les gestes de rage des lycéens, voire les actes de vandalisme même les plus stupides, et les mutilations calculées des policiers, les blessures, les charges terrorisantes, revient à justifier l’ordre établi.
Bien sûr, les feux de poubelle et les affrontements avec les policiers ne renforcent pas le mouvement des lycéens mobilisés. Mais surtout, ils peuvent décourager certains d’entre eux d’autant que la police profite de n’importe quel jet de caillou ou même de bouteille plastique pour lancer des gaz lacrymogènes et disperser les rassemblements.
La vraie radicalité est d’arriver à être nombreux et à s’organiser pour rendre le mouvement plus conscient et faire qu’il puisse décider collectivement ce qu’il fait et ne fait pas. Et c’est bien cette organisation que le gouvernement craint.