Israël-Palestine : guerre et nettoyage ethnique 13/09/2026 2026 Lutte de Classe /medias/mensuelnumero/images/2026/09/une_258-c.jpg.484x700_q85_box-11%2C0%2C1372%2C1968_crop_detail.jpg 2026-09-13

Israël-Palestine : guerre et nettoyage ethnique

La guerre continue à Gaza depuis près de trois ans. Malgré le cessez-le-feu censé être en vigueur, plus de 1 300 Palestiniens ont trouvé la mort depuis octobre 2025, victimes des bombes, des drones et des balles de l’armée israélienne. D’après le ministère palestinien de la Santé, le bilan total s’élèverait à plus de 73 500 morts du côté palestinien, auxquels s’ajoute un nombre indéterminé de corps – sans doute des milliers – encore enfouis sous les décombres.

La grande majorité des 2,2 millions de Gazaouis ont perdu leur habitation sous les bombes, et sont contraints de vivre sous des tentes, au milieu des ruines. Les seuls Gazaouis qui disposent d’électricité sont ceux, peu nombreux, qui possèdent des panneaux solaires. L’eau potable fait défaut car 90 % des infrastructures d’assainissement ont été endommagées ou détruites. La majorité des hôpitaux et des structures de santé ne sont plus en mesure de prodiguer des soins, et les médicaments manquent. Selon l’ONU, entre 1,4 et 1,6 million de Palestiniens de Gaza subissent « des niveaux extrêmement graves d’insécurité alimentaire », en clair la famine.

Le plan Trump sans la paix

Le plan Trump dit de paix pour Gaza, signé en octobre 2025, prévoyait une première phase au cours de laquelle le Hamas devait libérer les derniers otages israéliens détenus à Gaza depuis le 7 octobre 2023, tandis que l’armée israélienne s’engageait à laisser à nouveau entrer l’aide humanitaire. En fait, seul le poste-frontière de Kerem Shalom, au sud-est de Gaza, à la frontière égyptienne, a été ouvert et sert uniquement aux camions qui, du fait des contrôles tatillons imposés par les soldats israéliens, sont peu nombreux à le franchir. Ainsi, d’après l’Unicef, entre mai et juin 2026, seuls 280 de ses 633 camions partis d’Égypte ont pu être acheminés et déchargés dans l’enclave. Les personnes, elles, doivent emprunter le passage de Rafah, situé lui aussi à la frontière égyptienne, mais son ouverture est bien plus aléatoire et les autorisations de passage restent extrêmement difficiles à obtenir.

Une deuxième phase du plan de Trump était censée débuter le 14 janvier 2026, après la restitution des corps des otages israéliens morts en captivité. Un Comité national pour l’administration de Gaza (CNAG), composé de quinze personnalités palestiniennes jugées indépendantes, devait alors se mettre en place sous l’autorité d’un Conseil de la paix présidé par Trump lui-même. Aucune de ces structures n’a connu de véritable existence. Le Conseil de la paix a tout de même tenu une réunion inaugurale le 19 février à Washington devant les médias du monde entier, en présence du président américain. Celui-ci s’est livré aux fanfaronnades dont il est coutumier en prétendant pouvoir résoudre tous les conflits de la planète. Depuis, aucune autre réunion ne s’est tenue. Quant au CNAG, il ne joue absolument aucun rôle et ses représentants n’ont même jamais pu se rendre à Gaza, faute d’y avoir été autorisés par les autorités israéliennes.

Selon les accords conclus, l’armée israélienne, qui occupait une zone représentant un peu plus de la moitié du territoire de Gaza, délimitée par une « ligne jaune » matérialisée par des blocs de béton peints de cette couleur, s’était engagée à laisser progressivement la place à une force armée internationale. En réalité, celle-ci n’a jamais vu le jour et, loin de se retirer, l’armée israélienne a repoussé la ligne jaune toujours plus à l’ouest, la rapprochant du littoral. Netanyahou n’a d’ailleurs rien caché de ses objectifs, déclarant fin mai, lors d’une conférence de presse : « Nous contrôlons maintenant 60 % du territoire. Nous étions à 50 % [après l’entrée en vigueur du cessez-le-feu], nous sommes passés à 60 %, ma directive est de passer à […] 70 %. » Dans la zone contrôlée par Israël, qui s’accroît inexorablement mois après mois, les bulldozers achèvent de détruire tout ce qui ne l’a pas encore été par les bombes, dans le but de rendre impossible tout retour des habitants. Plus de 2,2 millions de Palestiniens se retrouvent donc contraints de survivre dans un territoire devenu un camp de concentration réduit des deux tiers.

Le Hamas dans une impasse politique

De son côté, le Hamas a fait récemment plusieurs gestes pour démontrer qu’il ne voulait pas faire obstacle à la mise en œuvre du plan Trump. Après avoir annoncé le 6 juillet la dissolution de ses instances dirigeantes dans la bande de Gaza, l’organisation islamiste a accepté, début août, le désarmement de ses milices. Celles-ci, très affaiblies par trois années d’une guerre terrible, n’avaient cependant pas disparu et avaient même été capables de reprendre le contrôle des zones évacuées par l’armée israélienne. Entre se dire prêt à désarmer et le faire, il y a bien sûr une différence. Mais le Hamas s’était toujours jusque-là refusé même à une telle annonce.

Ce recul illustre l’impasse à laquelle sa politique a conduit le Hamas, et surtout avec lui la population palestinienne. En menant l’attaque du 7 octobre, en commettant les massacres de civils israéliens et les prises d’otages, le Hamas voulait remettre au premier plan la question palestinienne et conforter son image de seule réelle organisation combattante parmi les habitants des territoires occupés. La population palestinienne l’a payé très cher car Netanyahou a pu se livrer à une véritable guerre d’extermination en bénéficiant d’un soutien de la population israélienne dont il ne disposait pas jusque-là.

Quoi qu’il en soit de la situation du Hamas aujourd’hui et de son influence dans sa population, il ne disparaîtra pas, ni lui ni les organisations nationalistes palestiniennes en général. La guerre, les destructions, les dizaines de milliers de morts ont inévitablement suscité au sein de cette population un désir de vengeance et fait naître d’innombrables vocations de combattants. La politique israélienne actuelle ne peut que préparer de nouveaux affrontements.

Colonisation et nettoyage ethnique à Gaza et en Cisjordanie

Pour accéder au pouvoir à l’issue des élections législatives de 2022, Netanyahou avait dû constituer une coalition entre son parti de droite, le Likoud, et des partis ultranationalistes et racistes qui représentaient environ 10 % de l’électorat. Leurs représentants ont obtenu des postes importants : Itamar Ben Gvir, chargé de la Sécurité nationale et de la police des frontières, Bezalel Smotrich, aux Finances et à la Défense, entre autres.

Plus encore que ses prédécesseurs, ce gouvernement a donné un coup d’accélérateur à la colonisation de la Cisjordanie, mais elle est la continuation d’une politique commencée bien avant. Par exemple, en août 2025, le gouvernement Netanyahou a approuvé le projet E1 comprenant la création d’environ 3 400 logements pour la population juive en Cisjordanie. Sa réalisation aurait pour conséquence de couper en deux ce territoire et d’y rendre impossible l’établissement d’un État palestinien. Ce projet E1 existe en fait depuis la création, en 1975, de la colonie de Ma’ale Adumim par le gouvernement travailliste dirigé alors par Yitzhak Rabin. L’objectif était de créer une continuité urbaine entre cette colonie et la ville de Jérusalem. Gelé pendant des années, le projet a été relancé, en 1994, par le même Rabin revenu au pouvoir, alors même qu’Israël venait de signer les accords d’Oslo avec l’OLP.

En encourageant la colonisation des terres palestiniennes, les travaillistes eux-mêmes ont nourri la progression de la droite et de l’extrême droite, progression qui a fini par leur être fatale. Après avoir été hégémonique entre 1948 et 1977, le Parti travailliste est aujourd’hui considérablement affaibli, ne recueillant que 5 % des voix, et durablement évincé du pouvoir.

Alors qu’un nouveau scrutin législatif est prévu fin octobre, Netanyahou, que les sondages donnent en mauvaise position, reprend totalement à son compte les discours de l’extrême droite la plus radicale, ouvertement partisan de l’expulsion des Palestiniens de Gaza et de Cisjordanie. Le ministre de la Défense, membre du Likoud, Israël Katz, a déclaré, le 2 septembre, que son pays était prêt à transférer les Palestiniens hors de Gaza, à condition que les États-Unis donnent leur accord. Le même jour, son allié et concurrent d’extrême droite Ben Gvir a présenté un plan pour transférer les Palestiniens hors de Gaza avant la fin du mois d’octobre.

Le contexte électoral encourage certes toutes les surenchères. Mais une telle politique serait dans la continuité de celle qui a été menée par tous les gouvernements israéliens depuis 1948. L’État israélien a été fondé en procédant à l’expulsion de plus de 700 000 Palestiniens qui ont trouvé refuge dans des camps à Gaza, en Cisjordanie et dans les pays environnants. Trump n’aurait certainement aucune opposition de principe à la poursuite de cette politique d’expulsion et de nettoyage ethnique, alors qu’il a lui-même évoqué le transfert des habitants de Gaza et la transformation de ce territoire en une Riviera du Moyen-Orient. Plus fondamentalement, les puissances impérialistes ont toujours tablé sur les oppositions entre les peuples du Moyen-Orient pour mieux imposer leur domination et ne sont pas près d’abandonner une telle politique.

Pas de paix possible sans renverser l’impérialisme

La logique d’affrontement et de spoliation des Palestiniens qui a prévalu depuis la naissance d’Israël a conduit à la mise en œuvre de politiques de plus en plus barbares. La population israélienne le paiera elle aussi, contrainte de vivre en état de guerre permanent et de subir une extrême droite de plus en plus virulente qui tend à imposer sa loi à toute la société.

Seule une rupture totale avec la politique incarnée par Netanyahou peut permettre de mettre fin au conflit israélo-palestinien. Elle suppose de reconnaître les droits nationaux des Palestiniens et de mettre fin à la colonisation. Elle nécessite aussi de rompre avec la politique de l’État israélien, consistant à se faire le défenseur privilégié des intérêts impérialistes au Moyen-Orient, lequel a non seulement contribué à entretenir le conflit israélo-arabe, mais a fait de la région un théâtre de guerre permanent. Défendre une telle perspective implique de combattre toutes les classes dirigeantes, non seulement celles d’Israël mais aussi celles des États arabes, exclusivement préoccupées de défendre leurs privilèges dans le cadre de l’ordre existant.

Ce combat doit faire partie de celui de la classe ouvrière internationale pour renverser l’impérialisme et mettre fin à ce système de pillage et d’exploitation des peuples du monde au profit d’une minorité de privilégiés. Il doit se donner l’objectif de bâtir une fédération socialiste des peuples du Moyen-Orient, au sein de laquelle ceux-ci pourront vivre en paix, avec des droits égaux pour tous.

9 septembre 2026

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