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Présidentielle : face à un Medef qui dicte son programme, affirmer les intérêts des travailleurs
La campagne pour l’élection présidentielle est lancée. Mais alors que l’été a été marqué par l’incurie de l’État face aux catastrophes climatiques successives, que les classes populaires sont confrontées à une augmentation dramatique des prix du quotidien, que les suppressions d’emplois et les fermetures d’entreprises se multiplient, la campagne se mène d’abord sur les obsessions patronales. Le débat organisé fin août à Roland-Garros par le Medef a donné le ton : chacun dans son style, tous les candidats invités ont fait allégeance aux capitalistes.
Les exigences du patronat sont claires : rallonger de multiples façons le temps de travail ; repousser l’âge de départ à la retraite jusqu’à 65 ou 67 ans ; réduire toujours plus les cotisations sociales et les impôts des entreprises ; supprimer 1,5 million de postes de fonctionnaires, c’est-à-dire d’agents territoriaux, de pompiers, d’enseignants, d’hospitaliers… ; réduire de 100 milliards d’euros le budget de l’État mais bien sûr sans toucher à un seul centime des aides, subventions, exonérations qui sont accordées aux entreprises chaque année par dizaines de milliards.
Ce programme peut se résumer simplement : réduire la part des richesses qui reviennent sous une forme ou sous une autre aux travailleurs, qu’ils soient actifs ou retraités, au chômage, malades ou invalides pour permettre à la bourgeoisie d’accumuler davantage de profits.
C’est le programme du Medef mais tous les candidats se placent sur son terrain. Les plus nombreux, de Glucksmann à Retailleau, cherchent obséquieusement à satisfaire les patrons et annoncent par avance qu’ils feront verser du sang et des larmes aux classes populaires. Ceux qui font quelques promesses cherchent à prouver à la bourgeoisie qu’elle n’a rien à craindre s’ils arrivaient au pouvoir et que les mesures qu’ils proposent seraient « bonnes pour les entreprises ». Tous considèrent que les « entrepreneurs » prennent tous les risques et sont les forces vives de la nation.
Plusieurs candidats évoquent une « TVA sociale » qui viendrait remplacer tout ou partie des cotisations versées par les employeurs en faisant payer l’ensemble de la population. Ils affirment ainsi vouloir augmenter les salaires en « rapprochant le brut du net »… ce qui signifie au fond réduire le brut sans augmenter le net, c’est-à-dire en vidant les caisses de la Sécurité sociale, celles de l’assurance maladie, du chômage et des retraites, et en imposant aux travailleurs de les remplir d’une autre manière. Même Hollande, pas encore candidat mais déjà en campagne, reprend cette ignominie mise en avant par le grand patronat.
Tous estiment insoutenable la dette de l’État qui atteint désormais les 3 600 milliards d’euros. Sous prétexte de la réduire, ils se disputent pour savoir quelle fraction de la population, retraités, fonctionnaires, malades, étrangers, chômeurs, doit être étranglée, mais aucun ne demande quelle classe sociale profite de la dette publique. Demanderont-ils des comptes aux actionnaires qui ont encaissé les centaines de milliards d’euros du « quoi qu’il en coûte » versés lors du Covid en 2020 ou de la crise de l’énergie de 2022 ? Évidemment non, pas plus qu’aux entreprises Thales, MBDA et les autres qui profitent des commandes d’armement qui ne cessent d’augmenter. Quant aux banquiers et aux financiers qui encaisseront les 70 à 75 milliards d’euros versés en 2026 au titre des intérêts annuels de la dette, ils seront bien sûr épargnés.
La question des retraites est remise sur la table. Plusieurs candidats veulent reculer l’âge de départ à 65 ans, Édouard Philippe prônant 67 ans. Le Pen avait promis à ses électeurs de revenir à la retraite à 62 ans voire 60 ans pour ceux qui ont commencé à travailler avant l’âge de 20 ans. Pour rassurer le patronat, son dauphin Bardella a assoupli sa position. Le Pen, que la Justice a laissé se présenter malgré sa condamnation pour détournement d’argent public, ne peut pas se dédire complètement avant l’élection. Elle a donc réitéré sa promesse tout en se préparant à rallonger le nombre d’annuités pour toucher une retraite complète et à faire sauter l’âge limite au-delà duquel il n’y a plus de décote.
Le Pen veut montrer patte blanche au patronat sans perdre ses électeurs issus des classes populaires. Elle fait donc diversion en lançant des propositions choquantes, comme celle d’organiser un référendum pour interdire le voile dans l’espace public. Comme toujours, elle cherche à détourner l’attention des électeurs vers des boucs émissaires pour leur faire oublier les véritables responsables du chômage ou du manque de logement. Une victoire du RN accélérerait l’évolution réactionnaire de la société, renforcerait les racistes, et d’abord au sein de l’appareil d’État, de la police, des services de la préfecture. Un gouvernement RN aurait des moyens supplémentaires de mener une politique autoritaire tournée contre les travailleurs, faisant taire les grévistes, ceux qui contestent ou simplement réclament des hausses de salaires. Pour les électeurs des classes populaires, voter Le Pen, c’est se tirer une balle dans le pied.
Mélenchon : derrière le bruit, le respect du système
Jean-Luc Mélenchon et ses porte-parole se distinguent un peu par des formulations au ton radical qui peuvent séduire : « Il faut interdire les milliardaires », « Au-dessus de 12 millions d’héritage, on prend tout », « Il faut mettre la dette au congélateur. » Ces formules dénoncent les fortunes éhontées accumulées par les grands groupes capitalistes et les banques, mais elles respectent ce qui en est à l’origine : le processus de l’exploitation. Et le contraste est saisissant entre la dictature du capital et les mesures que propose LFI qui sont en réalité dérisoires. Impôt sur les grandes fortunes, taxe de type Zucman, augmentation du nombre de tranches d’impôts, rachat par les banques centrales d’une fraction de la dette publique… tout cela existe depuis des décennies dans divers pays sans avoir empêché les banquiers de dormir et les fortunes de s’accroître.
Mélenchon, comme Fabien Roussel du PCF, qui a annoncé sa candidature le 6 septembre, est capable de dénoncer les inégalités, de réclamer plus de justice sociale mais il ne fait jamais le lien entre l’exploitation accrue des travailleurs et les profits de la bourgeoisie.
Car Mélenchon passe sous silence l’essentiel : ce ne sont pas les gouvernements qui ont le véritable pouvoir mais les capitalistes qui possèdent les grandes entreprises et les capitaux. Même s’il était élu et s’il cherchait à mettre en œuvre quelques-unes des mesures qu’il propose, il se trouverait immédiatement face à des veto de la bourgeoisie. Le « mur de l’argent », invoqué à l’époque du Front populaire par les lointains ancêtres de Mélenchon pour justifier leur politique antiouvrière quand ils ont été au pouvoir, pourrait prendre la forme d’une offensive des marchés financiers. Sous prétexte de l’envolée de la dette, les taux d’intérêt exigés pour prêter à l’État français sont déjà à la hausse, dépassant les 4 %, un taux jamais atteint depuis la crise financière de 2008. C’est déjà une pression exercée sur les ministres en exercice et sur les candidats en lice pour la présidentielle.
Mélenchon pourrait ainsi connaître le sort de Liz Truss, éphémère Première ministre britannique en septembre 2022, poussée dehors par les marchés financiers après qu’elle eut annoncé une baisse massive des impôts sans compensation. Ou bien, tout comme le Grec Alexis Tsipras en 2015, un Mélenchon à l’Élysée finirait par mettre lui-même en œuvre les mesures d’austérité et les attaques antiouvrières exigées par les marchés financiers.
En réalité, il s’y prépare. Lors de sa déclaration de candidature, le 3 mai dernier sur TF1, il s’est dit conscient que « nous sommes menacés d’une guerre généralisée […] et nous avons une crise économique et sociale qui s’avance ». Face à ces menaces bien réelles, Mélenchon se pose en dirigeant responsable des « intérêts de la France », ce qui ne peut signifier autre chose que les intérêts des capitalistes français. Dans la crise et la guerre, les intérêts de la bourgeoisie exigeront de faire taire, d’embrigader et d’exploiter davantage les travailleurs. Mélenchon ne manque pas une occasion de défendre la souveraineté française. Pour ne prendre qu’un exemple récent, après que Trump a publié, le 7 septembre, une carte englobant toute l’Amérique du Nord sous le drapeau américain, Mélenchon a réclamé l’envoi du porte-avions tricolore au large des Antilles, méprisant au passage l’aspiration des peuples des Antilles à s’administrer eux-mêmes. Mélenchon pourrait être le président qui embrigade la jeunesse dans l’armée.
Le candidat de LFI apparaît pourtant à beaucoup, en particulier parmi la jeunesse, comme progressiste voire « antisystème », notamment à cause de l’ostracisation dont il a été l’objet après ses déclarations contre les riches ou ses prises de position sur Gaza ou sur l’islam. Parmi la fraction d’origine immigrée de la classe ouvrière, il apparaît comme un rempart possible contre l’extrême droite.
C’est oublier les raisons profondes qui expliquent la montée du RN élection après élection en France, la montée de l’extrême droite dans de nombreux pays, en Italie où Meloni est au pouvoir depuis quatre ans, en Allemagne où l’AFD vient de l’emporter dans la Saxe-Anhalt, aux États-Unis sous Trump. Cette progression reflète le rejet des partis qui se sont succédé au pouvoir, dégradant sans cesse la vie des classes populaires, dans un contexte de résignation et de passivité des exploités.
L’extrême droite, sous la forme électorale qu’elle a pour le moment ou sous la forme fascisante qu’elle pourrait prendre à l’avenir, ne pourra être combattue sans s’attaquer aux causes qui la nourrissent, sans que les travailleurs ne retrouvent leur unité en se battant contre les responsables des licenciements, de la hausse des prix, de l’appauvrissement de fractions entières des milieux populaires.
Sur tous les sujets, ce qui dictera la politique des prochains gouvernements est l’évolution de l’économie, de ses contradictions, la concurrence de plus en plus dure entre capitalistes et les rivalités entre les États représentant leurs intérêts.
La crise du capitalisme dictera la politique des prochains gouvernements
La situation générale de l’économie capitaliste est marquée par la menace permanente d’un krach financier. Un tel krach peut survenir à tout moment, declenché par l’éclatement de la bulle spéculative sur l’IA où des milliers de milliards sont drainés vers des sociétés comme Nvidia, Google, OpenAI et d’autres, dont la prospérité est largement virtuelle, entièrement basée sur la spéculation et les espoirs de profits qui restent à venir. Il peut venir de la dette faramineuse des États. Celle des États-Unis vient de dépasser les 40 000 milliards de dollars, entraînant une montée des taux d’intérêt.
Le prochain président n’aura bien sûr aucune prise ni sur la marche de l’économie mondiale ni sur la survenue d’un tel krach. Mais dans une telle situation comme lors de toutes les crises précédentes, le futur locataire de l’Élysée, tout comme celui de la Maison Blanche et les autres, appliquera les remèdes prescrits par les banquiers, aussi fatals soient-ils pour les classes populaires.
L’avenir est aussi obscurci par la montée des tensions guerrières et la course aux armements. Entre les candidats, règne le consensus dans ce domaine, qui touche à ce qu’ils appellent « la souveraineté de la France ». « Un heureux consensus sur les Armées » était justement le titre de l’éditorial du journal Les Échos du 1er septembre qui se réjouissait car « si les partis politiques s’écharpent sur des mesures à quelques centaines de millions, la défense est peu ou prou protégée… ». Si tous les candidats proposent des coupes dans le budget de l’État, ils sont tous d’accord pour l’augmentation du budget militaire qui aura doublé en dix ans. Le 16 août, en pleine canicule, incendies, sécheresse, et alors que le manque de moyens était criant, la loi rallongeant de 36 milliards d’euros le budget de l’armée pour les six prochaines années a été promulguée.
Malgré l’absence de majorité et en pleine période électorale, cette loi avait été votée par les parlementaires sans contestation sur le fond. Quel que soit le vainqueur de l’élection présidentielle, il ou elle accélérera donc les dépenses militaires. Celles-ci, payées directement par la population, ne servent pas à « aider l’Ukraine » comme le pensent bien des travailleurs et comme le formule parfois le RN, mais à arroser les capitalistes de l’armement, de l’aéronautique, du secteur de l’électronique et d’autres encore.
Les dépenses militaires servent en fait de plan de relance pour l’économie. C’est la guerre qui a permis à un groupe comme Total d’engranger quelque 11 milliards d’euros de profits en six mois. Ce sont les crises à répétition et les guerres permanentes au Moyen-Orient qui ont permis à l’armateur CMA CGM d’engranger quelque 54 milliards d’euros de profits entre 2021 et 2025. Les Échos du 31 juillet faisaient mine de s’étonner de « l’insolente santé des géants du CAC 40 », qui ont réalisé 75 milliards d’euros de profits au cours des six premiers mois de l’année : « Le chiffre d’affaires et le résultat net des plus grandes entreprises françaises ont progressé au cours des six premiers mois, en dépit d’un contexte compliqué. » Et le rédacteur s’étonnait de la « résilience » de l’économie malgré le blocage du détroit d’Ormuz et les mesures protectionnistes instaurées par Trump. Mais c’est précisément le « contexte compliqué », c’est-à-dire le chaos permanent de l’économie qui donne des opportunités aux capitalistes de spéculer, d’augmenter les prix, de prendre la place de leurs concurrents.
Mais la véritable origine de ces profits est au fond l’exploitation sans fin, le racket de toute l’humanité pour accéder à l’eau et à l’énergie, c’est le pillage des ressources et la destruction de la planète. L’explication de la « résilience », ce sont les salaires gelés, les heures supplémentaires imposées, les effectifs insuffisants, les conditions de travail qui empirent. Ce sont des travailleurs encore à l’usine à 65 ans car ils n’ont pas toutes leurs annuités. Ce sont des ouvriers qui ont travaillé cet été sous 40 °C sans pause supplémentaire. Ce sont les prix qui flambent sur fond de salaires et de pensions bloqués. C’est l’impossibilité de se loger, et pas seulement pour les étudiants, car le montant des loyers explose faute de logements disponibles. C’est le chômage qui repart à la hausse.
Voilà la réalité quotidienne vécue par les classes populaires. Le contraste est saisissant entre les profits éhontés d’une poignée de grands actionnaires et leur appauvrissement régulier. Mais aucun de ceux qui postulent à diriger l’État de la bourgeoisie ne dénoncera ce mécanisme et ce transfert permanent de richesses.
Aux travailleurs de diriger, pas aux capitalistes
Dans cette campagne, Nathalie Arthaud mettra en évidence devant les travailleurs le bilan de la domination de la société par la bourgeoisie : cette classe et son système ont fait faillite ! Alors qui doit diriger la société ? Est-ce la bande de parasites et de profiteurs qu’est la classe capitaliste qui règne sur la planète ou plutôt les travailleurs qui font fonctionner la société à l’échelle du monde ?
Le grand patronat, les financiers et les capitalistes se présentent comme les forces vives de la société mais ils sont au contraire des obstacles qui empêchent le partage du progrès et la satisfaction des besoins de l’ensemble de l’humanité. Aucun des problèmes des travailleurs ne peut être résolu sans s’affronter à eux. Même pour obtenir un salaire décent, les 2 200 euros qui sont le minimum pour vivre aujourd’hui, même pour enrayer le chômage, interdire les licenciements, il faudra les affronter.
Entre le camp des travailleurs et le camp du Medef, il n’y a pas de milieu !
Il faut que ces idées et ce programme soient défendus dans cette élection et c’est le sens de la candidature de Nathalie Arthaud. Elle affirmera que les travailleurs n’ont pas à être sacrifiés sur l’autel des profits capitalistes, de leurs guerres et des destructions qu’ils provoquent. Puisque les travailleurs font fonctionner la société, c’est à eux de la diriger. Ils en ont la capacité comme la légitimité.
Ces idées sont minoritaires et à contre-courant. Faute de militants ouvriers se plaçant sur le terrain de la lutte de classe, le point de vue patronal s’exprime sur toutes les ondes, par tous les canaux, au sein des entreprises, à l’école, dans les familles. Des artisans ou des petits patrons écrasés par leurs donneurs d’ordre ou leurs fournisseurs défendent les grands actionnaires et les milliardaires. Des salariés, pour qui la grande bourgeoisie semble intouchable sont parfois plus en colère contre les chômeurs, les malades, les étrangers, contre ceux qu’ils appellent les « assistés » et qu’ils voient comme des concurrents, que contre ceux qui les exploitent. Ils sont ainsi entraînés dans une véritable guerre entre pauvres.
Les élections, la présidentielle d’avril prochain, comme les élections municipales de mars 2026, permettent aux militants révolutionnaires de faire entendre un tout autre langage et de proposer de tout autres perspectives : l’idée que le capitalisme n’est pas le seul système de production et de répartition des richesses, qu’il peut être renversé. Le salut viendra non d’un quelconque sauveur suprême, mais de ceux qui produisent tout, qui font tout fonctionner, la classe des travailleurs.
Tous ceux qu’inquiète l’évolution réactionnaire de la société, la marche à la guerre, les menaces qui pèsent sur le climat et la planète, les risques d’une crise économique pire encore que celles du passé doivent se préparer à renverser ce système. Tous ceux qui refusent de se résigner et qui pensent que les travailleurs doivent agir eux-mêmes, qu’ils en ont la force collective, doivent se saisir de la candidature de Nathalie Arthaud pour l’affirmer, se compter et se regrouper.
7 septembre 2026