La Voie de Lénine : un journal communiste internationaliste en Belgique sous l’occupation nazie 13/09/2026 2026 Lutte de Classe /medias/mensuelnumero/images/2026/09/une_258-c.jpg.484x700_q85_box-11%2C0%2C1372%2C1968_crop_detail.jpg 2026-09-13

La Voie de Lénine : un journal communiste internationaliste en Belgique sous l’occupation nazie

En 1939, l’éclatement de la Deuxième Guerre mondiale ne fut certes pas une surprise, tant elle avait été annoncée par tous les événements précédents. Elle l’était encore moins pour les militants trotskystes, qui y avaient été préparés par toutes les analyses de Trotsky lui-même, formulées dans de nombreux textes.

La proclamation de la IVe Internationale, en septembre 1938, visait à préparer les militants communistes internationalistes à faire face à cette guerre et aux évènements révolutionnaires qu’elle pouvait entraîner. Le Manifeste de la IVe Internationale sur la guerre impérialiste et la révolution prolétarienne mondiale, dit Manifeste d’alarme, écrit en mai 1940, insistait encore sur le caractère impérialiste de cette guerre, sur le piège que pourraient constituer toutes les politiques de « défense de la patrie » et notamment sur le mensonge consistant à présenter cette guerre comme celle « des démocraties contre le fascisme ».

Défendre une politique internationaliste allait évidemment se révéler ardu pour les militants trotskystes, tout d’abord du fait de la guerre elle-même, mais aussi du fait de la pression des courants patriotiques, appuyés par les staliniens à partir de 1941. En France même, une partie du courant trotskyste y fut sensible et c’est en réaction à ses errements nationalistes que naquit le courant de l’Union communiste dont est issue Lutte ouvrière. C’est pourquoi nous sommes heureux aujourd’hui, grâce au travail de nos camarades de Belgique, de disposer d’une sélection d’articles de La Voie de Lénine, un journal publié par les militants trotskystes de ce pays pendant la guerre et qui a su, malgré toutes les difficultés, exprimer une politique révolutionnaire internationaliste au sein de la classe ouvrière. Elle est éditée par Lutte ouvrière dans la série des brochures du Cercle Léon Trotsky, sous ce titre.

Pendant trois ans, entre 1941 et 1944, La Voie de Lénine sortit clandestinement, tous les mois, en pleine guerre mondiale, dans la Belgique sous occupation allemande. Ses militants refusaient de choisir entre les deux camps impérialistes qui s’affrontaient pour la domination du monde. Ils défendaient leur camp, celui de la classe ouvrière, qui seule pouvait transformer ce massacre en révolution et mettre fin à la barbarie du capitalisme.

Avant la guerre, l’organisation trotskyste belge comptait quelques centaines de militants, dont une majorité d’ouvriers, et avaient une certaine implantation dans le secteur des mines de charbon de Charleroi. La Belgique fut envahie le 10 mai 1940, et entièrement occupée en 18 jours, une invasion qui désorganisa entièrement le groupe. Ses dirigeants furent arrêtés, sa presse cessa de paraître, et beaucoup de militants cessèrent toute activité. Quelques jeunes allaient malgré tout continuer à défendre les idées communistes et tenter de reconstruire un groupe révolutionnaire, dirigés par un militant âgé de 22 ans, Abraham Léon. Celui-ci avait quitté la direction de l’organisation sioniste de gauche Hachomer Hatzaïr et avait rejoint le trotskysme un an plus tôt accompagné d’une vingtaine de ses camarades.

Le groupe parvient à rassembler quelques dizaines de militants, notamment ouvriers, sous le nom de Parti communiste révolutionnaire (PCR), distribuant leur journal à plusieurs centaines d’exemplaires dans la clandestinité, au risque de leur vie. Le nationalisme des organisations de la « Résistance », à commencer par le Parti communiste belge stalinisé, y est dénoncé. Celui-ci appelle à une alliance par-delà les classes avec la bourgeoisie belge et ses alliés anglais et français, dont les pays écrasent à eux trois plus du tiers de l’humanité sous la botte coloniale. L’autre volet du nationalisme du PCB est le mépris et la haine envers « les Boches ». Les militants du PCR rappellent au contraire que pour la grande majorité, derrière l’uniforme du soldat allemand, il y a un travailleur, un homme qui dans son pays a peut-être appartenu à un parti socialiste ou communiste et qui vit depuis dix ans sous la dictature du régime nazi, qui a subi le travail forcé, les salaires diminués, les privations et les horreurs de la guerre. Ces soldats ont toutes les raisons de s’opposer au régime nazi et aux capitalistes allemands qui l’ont mis en place. Les militants trotskystes appellent donc les travailleurs belges à s’adresser aux soldats allemands pour mener ensemble la lutte de classe contre les capitalistes de tous les pays.

Le groupe réussira aussi à jouer un petit rôle dans la classe ouvrière. Du fait de l’occupation, la classe ouvrière belge, l’une des plus organisée d’Europe, s’était retrouvée sans dirigeants. Pour se lancer dans la « Résistance » nationaliste, le PCB avait abandonné la lutte dans les usines après l’invasion de l’URSS par l’Allemagne en juin 1941. Pourtant, la lutte de classe, elle, ne s’était pas arrêtée. Depuis le début de la guerre, l’exploitation s’était brutalement aggravée et on manquait de tout. Ces conditions, loin d’écraser la classe ouvrière, provoquèrent un élan de mobilisation débouchant notamment en mai 1941 sur la « grève des 100 000 » dans la région de Liège, qui inspira une grève massive dans le nord de la France un mois plus tard.

C’est dans ce contexte qu’un ex-militant du PCB ayant rejoint les trotskystes, Jules Davister, élu à la tête d’un comité de lutte dans les mines de charbon de Charleroi, fut élu à la tête de dizaines de milliers de travailleurs. Les puits connurent plusieurs mobilisations importantes sous la direction de ce comité, qui publia régulièrement un journal ouvrier dénonçant l’exploitation des mineurs, défendant les idées révolutionnaires et appelant à s’organiser et à préparer des luttes plus importantes.

Les militants du PCR, même peu nombreux, eurent le courage de maintenir leur activité même sous l’occupation, au risque de leur vie. Un dirigeant du groupe, Léon Lesoil, mourut en déportation en 1942. Abraham Léon, qui réussit par ailleurs à écrire, dans les conditions de l’occupation, La conception matérialiste de la question juive, mourut à Auschwitz en octobre 1944. Les écrits de La Voie de Lénine demeurent et ne peuvent qu’inspirer tous ceux qui veulent lutter contre le capitalisme et les guerres dans lesquelles il enfonce l’humanité.

5 septembre 2026

Partager