Brève
Le patron a échappé à la prison, l’intérimaire n’a pas échappé à la mort
Forbach - "On m'a volé ma vie" répétait souvent Daniel Leroy, le plus gravement atteint des trois irradiés de l'usine EBS de Forbach en août 1991. Il était en rage contre le PDG : l'Inspection du Travail avait relevé contre le patron pas moins de 27 délits concernant la protection des salariés. Le PDG et le directeur de l'entreprise avaient bien été condamnés par la suite à un an de prison (dont six mois avec sursis pour l'un) et 20 000 F d'amende chacun. Mais ils avaient échappé à la prison en bénéficiant de la grâce présidentielle.
Daniel Leroy, lui, n'a échappé à rien. Ni aux souffrances permanentes dues aux conséquences de l'irradiation qui lui ont valu des dizaines d'opérations, d'amputation en tentatives de greffe, ni aux tracasseries administratives. En 2003, la CPAM de Sarreguemines lui avait refusé le bénéfice d'une aide à domicile à plusieurs reprises : les "experts" de la Sécu avaient jugé qu'ils n'en avait pas besoin alors que chaque geste du quotidien le faisait souffrir.
Daniel Leroy est mort le 24 mars, à 42 ans, après quinze années terribles. Tout cela parce que la vie et la santé des travailleurs compte moins dans cette société que les résultats et les comptes des entreprises.