Brève
Procès des Charbonnages
Les mines sont fermées, mais le mépris patronal ne l’est pas
« Les mineurs ne meurent pas plus vite que les autres ouvriers. Ils meurent parce que ce sont des hommes et que l’homme est mortel… Ils n’ont aucune preuve de ce qu’ils avancent. Ils racontent, au final, n’importe quoi », a osé déclarer Daniel Cadoux, l’ancien patron des Charbonnages de France (CDF) au procès qui s’est tenu à Forbach le 24 mars. Un ancien patron qui est un ancien préfet et fut aussi candidat du PS aux législatives de 2012 dans la Côte d’Or. Bel homme de "gauche" !
834 mineurs ont porté plainte contre les Charbonnages. Ils accusent CDF de les avoir exposés à de multiples produits cancérogènes et toxiques sur leur lieu de travail, sans protection adéquate pour leur santé.
François Dosso, qui se consacre à la question des maladies professionnelles à la CFDT, a affirmé au tribunal qu’il dispose de 24 000 témoins des expositions toxiques : « Notre objectif : faire enfin reconnaître par la justice l’intoxication à grande échelle des mineurs et la faute de l’employeur. Cela doit permettre un meilleur suivi médical des anciens du charbon. Actuellement, ce suivi est insuffisant. Les mineurs doivent pouvoir passer des scanners, des examens approfondis afin de dépister et mieux soigner les cancers du poumon, de la gorge, de la vessie, du rein, du nez… »
L’avocat des mineurs a fourni des statistiques : « Sur les 800 demandeurs de la procédure, 77 ont développé une maladie depuis 2013, soit 10 %. Il y a dix cancers différents : bronchopulmonaire, leucémie, vessie, mélanome, rein… Sur les 800 demandeurs, toujours depuis 2013, 20 sont décédés également, dont trois de maladies professionnelles reconnues ».
Et François Dosso de conclure : « L’exposition est réelle. M. Cadoux dit, c’est bénin. Moi, les mineurs, je les vois tomber malade, je vois leurs yeux sans vie et leur bouteille à oxygène. Je les vois mourir. Je connais leur veuve ». Le délibéré sera rendu le 30 juin prochain.