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- Lutte ouvrière n°3015
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Dans le monde
Cuba
un peuple étranglé par les États-Unis
Au moment où Trump est empêtré dans la guerre qu’il a déclenchée contre le régime iranien, il s’acharne contre la petite île de Cuba. Après avoir suggéré qu’un porte-avions américain pourrait l’assiéger « sur le chemin du retour d’Iran », il a signé le 1er mai un décret rallongeant la liste des sanctions.
Sous embargo depuis 1962, Cuba est asphyxiée depuis janvier par le blocus pétrolier américain qui la prive d’énergie en plus de toutes les autres denrées, dont les médicaments. Faute de pétrole, Cuba ne peut plus produire l’électricité indispensable à la vie quotidienne et au fonctionnement des hôpitaux. Les stations-service sont à sec et les transports réduits au minimum. Les principales compagnies ariennes internationales ont supprimé tous leurs vols, privant l’île de sa principale source de revenus et de son seul apport en dollars : le tourisme.
Déjà frappée de plein fouet par l’arrêt du tourisme provoqué en 2020 par la pandémie de Covid, l’économie cubaine, qui ne s’en était pas remise, est de nouveau à l’arrêt. Des dizaines de milliers de Cubains ont ainsi perdu leur emploi, ne pouvant plus faire vivre leur famille alors que les prix des rares denrées disponibles ont explosé. Un litre d’huile de tournesol coûte ainsi un quart du salaire moyen. La misère et l’absence de perspective accélèrent l’exil de la population : depuis 2020, deux millions de personnes, un quart de la population, ont quitté l’île, souvent de façon clandestine, pour tenter leur chance dans un pays d’Amérique Latine.
Si Trump s’acharne contre Cuba, et d’abord contre la fraction la plus pauvre de sa population qui subit de plein fouet l’embargo, ce n’est pas parce que le pays représenterait « une menace extraordinaire » comme il le répète. Depuis l’épisode des missiles soviétiques installés en 1962, rapidement démontés, Cuba n’a pas de force balistique et son armée ne dispose que de vieux équipements. Ce que Trump ne digère pas, dans le sillage de tous les présidents américains depuis Kennedy, c’est que le peuple d’un pays situé à 150 kilomètres de la Floride ait pu chasser une dictature pro-américaine pour la remplacer par un régime tenant tête à l’impérialisme qui a apporté quelques progrès et de la dignité à la population.
C’était il y a plus de 65 ans. Depuis, Fidel Castro et la génération qui avait alors pris le pouvoir et incarné aux yeux du monde entier cette indépendance vis-à-vis des États-Unis, ont disparu. Privée du soutien de l’Union soviétique, asphyxiée par l’embargo américain, subissant un régime autoritaire, l’île n’a cessé de s’enfoncer dans la pauvreté. Mais pour Trump et son administration, cela ne suffit pas. Ils veulent abattre un régime qui est l’héritier d’une révolte populaire, quitte à ce que Cuba redevienne « le bordel des États-Unis » que le pays était avant 1959.