Iran : destructions et haine anti-impérialiste15/04/20262026Journal/medias/journalnumero/images/2026/04/une_3011-c.jpg.445x577_q85_box-0%2C7%2C1265%2C1644_crop_detail.jpg2026-04-15

Dans le monde

Iran

destructions et haine anti-impérialiste

Après la menace de Trump de « ramener l’Iran à l’âge de pierre », les armes se sont tues, sans doute très provisoirement. Mais avant le cessez-le-feu, les attaques se sont intensifiées.

Ces bombardements ont fait des milliers de victimes civiles. Ils ont visé un pont pas encore inauguré près de Téhéran, près duquel des familles pique-niquaient en se pensant à l’abri, l’université des sciences de Sharif et même une synagogue. Les secouristes du Croissant Rouge ne sont pas non plus épargnés, même dans leurs ambulances. Les bombes ont touché des sites industriels en fonctionnement, comme la centrale nucléaire de Boushehr, dont 200 employés russes ont dû être évacués. Près d’Ispahan, 15 ouvriers ont été tués lors d’une frappe sur une usine fabriquant des équipements de chauffage et de climatisation.

Des dépôts pétroliers, des industries gazières, des aciéries ont été touchés. Les deux plus grandes aciéries du pays sont à l’arrêt, endommagées par des bombardements. Celle de Mobarakeh, employant plusieurs dizaines de milliers de salariés, fournit en tôle d’acier des usines de l’automobile, d’électroménager, de la construction, qui vont se retrouver à court de matières premières et seront à leur tour mises à l’arrêt. La grande majorité des travailleurs a des contrats précaires, sans assurance ni protection. Des milliers se retrouvent sans revenu, licenciés quand leur usine s’arrête. La plupart des travailleurs qui ont encore un emploi doivent se déplacer pour gagner leur vie. Beaucoup sont contraints de rester dans les villes bombardées, faute d’argent, de moyens pour se déplacer ou de point de chute.

Quand le lieu de travail n’est pas touché par une bombe, c’est parfois le logement ou les proches. L’inflation a atteint au 20 mars le rythme record de 50 % annuel. Les décisions des employeurs face à la catastrophe économique s’y ajoutent car les patrons font toujours payer leurs déboires aux salariés, même quand ils ne licencient pas. Ainsi, une grande chaîne de magasins d’Ispahan a décidé de baisser les salaires pour compenser la baisse des ventes. De nombreuses familles iraniennes s’appuient sur le soutien de leurs proches, émigrés dans les pays du Golfe. Mais les quelque 500 000 Iraniens qui y vivent ont vu leur visa annulé et les établissements iraniens implantés à Dubaï ou ailleurs ont dû fermer suite à la guerre. Là encore, leurs employés se retrouvent sans revenu et sans rien à envoyer en Iran.

Même si le cessez-le-feu, précaire et fragile, a pu soulager la population qui était sous les bombes depuis plus de 40 jours, la furie impérialiste favorise une certaine union nationale. Des chaînes humaines autour des centrales électriques ont rassemblé des milliers de volontaires qui soutiennent le régime mais aussi de simples pacifistes, comme ce musicien venu jouer « pour la paix ». Une opposition aux négociations avec les États-Unis, vues comme une trahison, s’est même exprimée : certains reprochent aux dirigeants de ne pas « venger » les victimes iraniennes des bombardements israélo-américains et d’abandonner les combattants du Hezbollah en excluant le Liban du cessez-le-feu. La haine suscitée par l’impérialisme parmi la population donne au régime, malgré la traque des opposants qualifiés de « traîtres », malgré la poursuite des exécutions de prisonniers, le moyen politique de tenir et de résister aux exigences américaines.

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