Aéroport CDG-Roissy : des badges contre les travailleurs15/04/20262026Journal/medias/journalnumero/images/2026/04/une_3011-c.jpg.445x577_q85_box-0%2C7%2C1265%2C1644_crop_detail.jpg2026-04-15

Dans les entreprises

Aéroport CDG-Roissy : des badges contre les travailleurs

Les aéroports de Roissy, Orly et Le Bourget ont un préfet attitré, qui est responsable de la délivrance de badges à certains travailleurs des plateformes aéroportuaires. Ceux-ci sont obligatoires pour travailler « sous douane ».

La majorité des travailleurs de l’aéroport sont concernés par cette obligation de « badger » : les bagagistes, les agents de sûreté, d’accueil, de ménage, des boutiques ou encore les ouvriers et les techniciens qui travaillent sur les pistes, dans les hangars ou les ateliers. Or depuis plusieurs mois, la préfecture a nettement durci les conditions de délivrance des badges et régulièrement des travailleurs sont licenciés suite à la perte de cette habilitation.

Aucun chiffre récent n’a été publié, mais, en 2015, après les attentats, le préfet de l’époque s’était vanté d’avoir retiré ou refusé le badge à 680 travailleurs en quatorze mois, dont 80 sous couvert de « radicalisation » et 600 pour de prétendus « faits de délinquance ». En réalité, les raisons dépendent de la politique en cours de l’État, et ce dernier ne s’embarrasse pas de justifications. Par exemple, un tapis de prière rangé dans le casier a pu suffire à taxer un travailleur de « radicalisé ». Quant aux actes de « délinquance », il suffit d’une intervention de la police lors d’une dispute de voisinage pour en être accusé.

À présent, le prétexte est la « lutte contre le narcotrafic », et c’est tolérance zéro : après avoir été contrôlé en possession d’un joint de cannabis, le badge peut être retiré, même si cela n’a pas conduit à des poursuites. Pire encore, ce sont parfois les difficultés et les délais de plus en plus longs pour obtenir un titre de séjour qui débouchent sur la suppression du badge et donc le licenciement, véritable triple peine. Pour les travailleurs témoins de cette politique, il est clair que les raisons invoquées ne sont que des prétextes. Ce n’est pas un licenciement à Roissy qui va faire trembler la DZ Mafia.

Les patrons des entreprises de l’aéroport, eux, en profitent pour faire des plans de licenciements déguisés. Il y a plusieurs années, à Servair, une des entreprises qui préparent et chargent les plateaux repas dans les avions, la direction avait changé les affectations de zone des badges, afin que chaque salarié soit obligé de demander son renouvellement. Le préfet l’ayant refusé à certains, la direction de Servair avait pu les licencier. Les patrons des entreprises de l’aéroport s’en servent également contre les grévistes : à chaque grève, la gendarmerie menace de retirer leur badge s’ils l’utilisent pour aller sur leur lieu de travail. Ils sont donc contraints de rester en zone publique, façon de les isoler de leurs collègues qui travaillent sous douane.

Alors que les travailleurs sont soupçonnés d’être des délinquants en puissance, pour les patrons de l’aéroport, le préfet semble plus indulgent. Il est vrai que Franck Julien, ex-PDG d’Atalian, a été condamné en 2024 à 18 mois de prison ferme après qu’on a retrouvé deux millions en liquide dans une camionnette, des billets avec des traces de cocaïne. Augustin de Romanet, ex-PDG d’Aéroport de Paris, a aussi été condamné à huit mois de prison avec sursis en 2025 pour recel. Il a été nommé président d’honneur depuis !

Le service de délivrance des badges est un outil entre les mains de l’État pour aider le patronat à mettre la pression sur tous les travailleurs, voire à décider de licenciements arbitraires.

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