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Affaire Dreyfus : commémorer sans offenser l’armée
Le 12 juillet, pour célébrer les 120 ans de la reconnaissance de l’innocence du capitaine Dreyfus, une statue a été érigée sur l’île de la Cité, à Paris, près de la Cour de cassation, l’institution qui a annulé sa condamnation en 1906.
Commandée en 1984, la statue devait être dressée à l’origine dans la cour de l’École militaire. Mais devant le refus de l’armée, les gouvernements, de gauche comme de droite, avaient reculé, sans parvenir à lui trouver une place. Il a donc fallu attendre plus de 40 ans pour que la statue trouve un emplacement. Cela en dit long sur la frilosité des gouvernants, toute couleur politique confondue, face à l’institution militaire, restée tout autant imprégnée d’idées réactionnaires qu’elle l’était à l’époque de Dreyfus.
Lors de la cérémonie, Macron a dénoncé l’antisémitisme et vanté les « valeurs de la République ». Pourtant l’affaire Dreyfus, qui était loin d’être une simple erreur judiciaire, a montré au contraire que les idées les plus réactionnaires étaient parfaitement compatibles avec la république. En effet, en 1894, le capitaine Alfred Dreyfus avait été condamné au bagne à perpétuité, sur la base de faux documents fabriqués par l’armée, pour avoir livré des secrets à l’Allemagne. Dans un contexte de montée guerrière et nationaliste, les gouvernements préparaient les esprits à la revanche à prendre sur l’Allemagne, après la défaite de 1870 et la perte de l’Alsace- Lorraine. Pour l’état-major, Dreyfus était le coupable idéal, triplement suspect en tant que juif, alsacien et républicain.
Aujourd’hui, 132 ans après le début de l’affaire Dreyfus, dans la continuité de ses prédécesseurs, Macron s’est bien gardé de mettre en cause la responsabilité de l’armée et son rôle dans la propagation de l’antisémitisme qu’il prétend combattre.