Algérie : une grève des transports populaire28/01/20262026Journal/medias/journalnumero/images/2026/01/une_3000-c.jpg.445x577_q85_box-0%2C7%2C1265%2C1644_crop_detail.jpg

Dans le monde

Algérie : une grève des transports populaire

Au nom de la lutte contre le « terrorisme routier », le Parlement algérien a adopté un nouveau code de la route, dont le premier effet a été de déclencher la colère des camionneurs.

La grève, démarrée le 1er janvier dans les régions de l’est, s’est étendue à tout le pays, ainsi qu’aux chauffeurs de bus, de taxis et de VTC. Ce nouveau code de la route, plus répressif, est en effet la seule réponse du gouvernement pour réduire les accidents routiers qui, en 2025, ont provoqué 3 571 morts et près de 35 000 blessés. Les chauffeurs encourent des amendes allant jusqu’à 30 000 dinars, soit un mois de salaire, et des peines jusqu’à quinze ans de prison. Ils sont excédés d’être rendus seuls responsables de la situation, alors que les patrons des entreprises de travaux publics, qui détournent de l’argent alloué à la construction et à l’entretien des routes, eux, ne sont jamais inquiétés. Le travail est bâclé et l’état catastrophique du réseau routier est à l’origine de nombreux accidents.

Un propriétaire de bus, un chauffeur et un receveur sont en prison, étant impliqués dans l’accident qui, en août, avait fait dix-huit morts et une vingtaine de blessés. C’était, en fait, le résultat du manque d’entretien des véhicules, notamment à cause de la pénurie de pièces détachées. Saïd Sayoud, ministre des Transports au moment des faits, est toujours en poste et s’est dédouané de toute responsabilité. C’est pourtant le gouvernement qui, en limitant les importations, a engendré cette pénurie.

Malgré les difficultés de circulation et la menace d’une rupture d’approvisionnement des produits de consommation, le mouvement des chauffeurs a suscité une immense sympathie parmi les classes populaires. Il est apparu comme un sursaut de dignité face à un pouvoir qui les muselle et n’a que mépris à leur égard.

Après avoir temporisé, le gouvernement a accusé les grévistes de déstabiliser le pays pour le compte d’États hostiles à l’Algérie, tout en menaçant des propriétaires de bus de fermer leur ligne. Mais, le 8 janvier, face à une contestation qui risquait de s’élargir aux commerçants, le ministre des Transports a reçu une délégation de camionneurs et a annoncé l’importation de milliers de bus ainsi que la réduction du montant des amendes. Des chauffeurs grévistes et des influenceurs solidaires du mouvement ont été arrêtés, mais il reste que ce mouvement a ouvert une brèche dans la chape de plomb que le régime tente d’imposer.

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