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Arabie-Émirats : combat entre chiens de garde
Le 2 janvier, l’Arabie saoudite a bombardé, dans la province d’Hadramaout et la région de Mahra, au Yémen, des bases où se sont établies des milices du Conseil de transition du Sud (STC) qui combattent pour le rétablissement d’un État indépendant au Sud-Yémen. Le bilan de ces bombardements serait de 20 morts et d’une vingtaine de blessés.
Ces milices qui sont la cible du pouvoir saoudien sont armées et financées par les Émirats arabes unis, puissance rivale dans la région. Or l’Arabie saoudite a toujours considéré le Yémen, avec lequel elle a 1 770 kilomètres de frontière, comme sa chasse gardée. Cela est d’autant plus important que, du fait de sa position géographique, il contrôle le détroit de Bab el-Mandeb par lequel transite le quart du pétrole mondial.
Dès le lendemain de la Première Guerre mondiale et le démantèlement de l’Empire ottoman, l’Arabie saoudite nouvellement formée a revendiqué le nord du Yémen. Mais, après les accords de Taëf de 1934, elle n’a récupéré qu’une portion du territoire yéménite. Le sud du pays, sous protectorat britannique jusqu’en 1967, est devenu à cette date une République populaire et démocratique du Sud-Yémen (RPDY), se proclamant socialiste et tournée vers l’URSS. Le régime saoudien n’a alors cessé d’œuvrer en coulisse pour étendre son influence dans le pays, en s’appuyant sur de nombreuses tribus yéménites, et en y soutenant, à compter des années 1980, le développement du mouvement salafiste. Après la réunification du Yémen en 1990, la monarchie saoudienne a soutenu le nouveau pouvoir mais il a été contesté dans la rue lors des printemps arabes, en 2011. Aujourd’hui, les milices chiites des Houthis, contrôlent le nord du pays autour de Sanaa. En 2015, quand l’Arabie saoudite a déclenché la guerre au Yémen, les Émirats arabes unis étaient partie prenante de sa coalition mais cette bonne relation entre l’Arabie saoudite et les Émirats s’est peu à peu dégradée.
Depuis des mois, ces deux puissances régionales, toutes deux alliées de l’impérialisme, s’affrontent par bandes armées interposées, en particulier au Soudan. Ce pays est plongé dans une guerre sanglante qui a éclaté au grand jour en 2023, opposant l’armée officielle, soutenue et armée par l’Arabie saoudite et l’Égypte, aux milices du général Hemetti, les Forces de soutien rapide (FSR), soutenues et armées par les Émirats. Après que ce conflit entre bandes militaires eut dévasté une partie du Soudan, et fait des dizaines de milliers de morts, c’est donc maintenant aussi sur le terrain yéménite que le combat se mène.
Armés par les États-Unis et d’autres pays impérialistes dont la France, disposant d’importantes ressources, l’Arabie saoudite, d’une part, les Émirats, d’autre part, estiment l’heure venue de se disputer la place de première puissance régionale, avec le sang des populations. En armant ces pyromanes régionaux, les pyromanes impérialistes ont contribué à allumer un conflit qui menace de s’étendre à toute la région et qu’ils sont bien incapables de le contrôler. Nul ne peut dire jusqu’où il ira, ni quelles alliances internationales choisiront les protagonistes dans un monde de plus en plus à feu et à sang.