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Leur société
Canicule : les riches boivent frais, les pauvres trinquent
La canicule qui touche le pays, la plus sévère pour un mois de mai de mémoire de météorologue, est tout sauf une surprise.

Les scientifiques ont en effet depuis longtemps averti que ces phénomènes de dômes de chaleur, avec des températures allant bien au- delà des trente degrés plusieurs jours de suite, allaient non seulement se multiplier mais être de plus en plus précoces, et engendrer des catastrophes comme celle d’août 2003.
Tous les gouvernements ont depuis lors juré, la main sur le cœur, qu’ils œuvraient pour adapter le pays au changement climatique. Pourtant, en 2025 encore, la Fondation pour le logement des défavorisés (anciennement Emmaüs) notait que 35 % des logements n’offraient pas suffisamment de protection face aux températures élevées. Cela conduit, selon elle, au lourd bilan des morts liés à la chaleur chaque année. Pour des millions de familles, évidemment les plus pauvres, habitant dans les logements les moins bien conçus et les plus mal entretenus, la passoire thermique de l’hiver s’est transformée en bouilloire thermique dès la fin mai. L’État se désintéresse du logement populaire dont il réduit continument les financements et daigne, tout au plus, conseiller aux mères de familles résidant en HLM de fermer leurs volets et de rafraîchir leurs enfants.
Le ministère de l’Éducation nationale a lui aussi abreuvé, si l’on ose dire, les enseignants d’excellents conseils sur la conduite à tenir dans les jours qui viennent. Il faut donner à boire aux enfants et aux adolescents, les rassembler dans des endroits frais, éviter les exercices physiques en plein soleil. Sans blague ? Le silence est en revanche total sur le problème de fond : les bâtiments scolaires, inoccupés l’été, ne sont que très rarement adaptés aux temps caniculaires. Depuis que le réchauffement climatique et ses conséquences sont évidents, les associations de parents d’élèves et les syndicats de travailleurs de l’enseignement réclament un plan canicule. Il n’y a eu aucune réponse officielle. La Cour des comptes estime pourtant qu’il faudrait 40 milliards d’euros pour rénover le bâti scolaire, entre autres pour faire face au réchauffement. Si la somme manque au ministre de l’Éducation, qu’il regarde donc du côté de son collègue des Armées !
Malgré les travaux et les décisions prises après le désastre de 2003, la Fédération hospitalière de France (FHF), estimait l’an passé que près de 60 % des bâtiments hospitaliers avaient plus de 25 ans, sans rénovation thermique suffisante. Dans de nombreux services, les fenêtres restent bloquées, les volets absents, la climatisation inexistante ou réservée aux blocs opératoires. Comme toujours, les malades et les résidents ne pourront compter que sur le dévouement du personnel et ce dernier ne pourra compter que sur sa détermination et sa débrouillardise. Gouvernement et administration déploreront les morts, féliciteront les « personnels en première ligne » et attendront que la température redescende.
C’est à propos des conditions de travail que la nonchalance étatique s’étale le plus ouvertement. Le ministère a édité une liste de recommandations, certes de bon sens, mais dont aucune n’est obligatoire pour les employeurs. Ces derniers sont d’ailleurs chargés d’évaluer eux-mêmes les risques que prennent les salariés. Et le ministre de recommander aux travailleurs, si la situation devient insupportable ou dangereuse, de s’adresser à l’Inspection du travail ou à un délégué au CSE ! La canicule est prévisible, le fait que des travailleurs en mourront l’est tout autant, mais ce n’est visiblement pas le souci des pouvoirs publics.
Si l’État ne se préoccupe pas de trouver le moyen de protéger la population d’une catastrophe prévisible et attendue, c’est, tout simplement, parce qu’il n’est pas là pour ça.