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Leur société
Casque bleu : mort pour l’impérialisme français
Le 18 avril, la mort au Liban d’un « casque bleu » français, quelques semaines après la mort d’un autre soldat français en Irak, est venue rappeler que la France est engagée au Moyen-Orient.
Et contrairement à la légende répétée par les ministres et les journalistes, son armée n’est pas là pour assurer la paix.
Certes, le sergent-chef Montorio a été tué dans le cadre de la Force d’interposition des Nations unies au Liban, la Finul, supposée garantir la paix entre l’armée israélienne et les forces armées du Hezbollah libanais et « aider le gouvernement libanais à rétablir son autorité effective dans la région », selon le mandat de l’ONU. Avec quelle efficacité ! Depuis la mise en place de cette Finul, en 1978, il y a près de cinquante ans, le Liban a connu en tout moins de vingt ans sans guerre et subi plusieurs invasions et occupations par l’armée israélienne. Au bilan, 340 « casques bleus », soldats de diverses nationalités, ont été abattus par un camp ou un autre depuis 1978.
« La France ne doit pas abandonner le Liban où elle assume une mission presque ancestrale », a formulé sur France Info Jean-Marie Bockel, macroniste et ancien ministre de la Défense de Sarkozy. En l’occurrence, la poursuite de sa participation à la Finul est un symbole. Bien que n’ayant plus d’influence sur ce qui se passe au Liban, les gouvernements français veulent garder un pied dans un pays dont la France a été la tutrice coloniale et qu’elle a même créé. Des liens demeurent entre la bourgeoisie française et les classes privilégiées libanaises, et elle veut les garder jusqu’au bout.
Mais surtout, au-delà du Liban, 4 000 soldats français sont déployés en permanence sur diverses bases au Moyen-Orient, et à Djibouti ; s’y ajoutent ceux du porte-avions Charles de Gaulle, déployé en Méditerranée orientale.
Ces soldats ne risquent pas leur vie pour maintenir la paix mais pour garantir les intérêts de l’impérialisme français dans la région. Le pétrolier TotalEnergies réalise un tiers de sa production d’hydrocarbures au Moyen-Orient. Pour sécuriser l’accès au canal de Suez du géant maritime français CMA-CGM, la marine française patrouille en permanence au large du détroit de Bab el-Mandeb qui ferme la mer Rouge. Quant aux marchands d’armes, Dassault, Thales et les autres, ils font la moitié de leurs ventes au Moyen-Orient. En échange de l’achat d’avions Rafale par les Émirats arabes unis, le Qatar, le Koweït, l’Arabie saoudite, des accords de défense ont été signés avec plusieurs de ces pays. Au nom de ces accords, l’armée française a tiré au mois de mars des dizaines de missiles à un million d’euros l’unité pour abattre des drones ou des missiles iraniens. Voilà pourquoi meurent des soldats français...