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- Lutte ouvrière n°3017
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Leur société
Code noir : quatre siècles pour l’abolir !
Le 28 mai, les députés de l’Assemblée nationale devront voter une loi sur l’abrogation du Code noir proposée par le groupe Liot, qui regroupe des députés indépendants et d’outre-mer.
Bien que l’esclavage ait été aboli en 1848 en France, les textes de loi qui le codifiaient n’avaient jamais été abrogés ! Ces articles datant des 17e et 18e siècles établissaient que « l’esclave est un bien meuble » de son propriétaire, libre d’en disposer comme il l’entend. Les règles concernant les rapports entre propriétaires et esclaves se résumaient à l’affirmation que les premiers avaient bien sûr tous les droits sur les seconds. L’article 38 de ce Code noir précisait qu’un esclave fugitif « aura les oreilles coupées et sera marqué d’une fleur de lys sur l’épaule » à sa première tentative, « aura le jarret coupé » à la deuxième et « sera puni de mort la troisième fois ».
Ces textes légiférant sur l’esclavage et la répression contre les révoltes étaient l’émanation de la société capitaliste établissant sa domination sur le monde. Mais la terreur systématique qui accompagnait la traite négrière et l’esclavage n’empêcha jamais les soulèvements dans les plantations des Antilles ou de l’océan Indien, de Haïti à Madagascar. Il fallut des révoltes et des révolutions pour que l’esclavage finisse par être aboli, sans que cela entame les fortunes des grandes familles bourgeoises françaises, qui s’étaient enrichies de la traite et de l’exploitation des esclaves.
Cette bourgeoisie prétendument civilisée et républicaine, revendiquant fièrement la devise « Liberté, égalité, fraternité », n’en a pas moins laissé le Code noir enfoui pendant des siècles parmi les nombreuses règles et lois de son État.
À l’occasion des vingt-cinq ans de la loi Taubira reconnaissant la traite et l’esclavage comme un crime contre l’humanité, Macron prétend réparer l’oubli et se dit favorable à l’abrogation du Code noir. Et s’il tient à faire grand bruit autour de cette proposition, c’est aussi pour estomper l’impression laissée par le fait que, le 25 mars, la France a refusé de voter une résolution à l’ONU affirmant que la traite et l’esclavage des Africains a été « le plus grave crime contre l’humanité », rejoignant la position adoptée par une cinquantaine de pays occidentaux, dont les États-Unis, l’Argentine et Israël. Deux siècles après l’abolition de l’esclavage, les tenants du capitalisme et de l’impérialisme mondial mènent un combat politique pour nier que leurs fortunes, leur domination, leur « civilisation » reposent sur un bain de sang. « Le capital arrive au monde suant le sang et la boue par tous les pores », avait résumé Karl Marx. Pour régler les comptes avec cette barbarie, il faudra une révolte des exploités.