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- Lutte ouvrière n°3027
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Condé-sur-Noireau : amiante, un drame sans fin
En juillet, un dépôt sauvage de 4 tonnes d’amiante a été découvert dans un bâtiment désaffecté à Condé-sur-Noireau, dans le Calvados.
On ne sait pas encore qui est à l’origine de ce dépôt d’amiante, mais on sait en revanche que plusieurs générations de travailleurs ont eu leur vie ravagée par cette matière, à Condé comme ailleurs, du fait de l’irresponsabilité des capitalistes.
À la fin du 19e siècle, des filatures d’amiante se sont installées à Condé-sur-Noireau. Dès 1906, un inspecteur du travail informait ses supérieurs que dans une de ces usines, 50 personnes étaient décédées en cinq ans du fait des poussières d’amiante. Par la suite, des études confirmèrent ce que les ouvriers savaient d’expérience depuis longtemps : la responsabilité de l’amiante dans la survenue de fibroses pulmonaires fut prouvée dès 1930, et son caractère cancérogène fut établi en 1960.
Cela n’empêcha pas l’entreprise Ferodo d’ouvrir, la même année 1960, une usine d’équipement automobile utilisant de l’amiante, qui allait employer jusqu’à 2 500 personnes. Valeo, Bendix, Allied Signal puis Honeywell reprirent tour à tour l’entreprise jusqu’à sa fermeture en 2013. Les fibres d’amiante empoisonnèrent non seulement les ouvriers et leurs familles, mais aussi tous les riverains, au point que la vallée où était située l’usine fut surnommée la « vallée de la mort ». En théorie, les industriels étaient censés recycler l’amiante dans des centres spécialisés ; mais déjà à l’époque, ils se contentaient parfois de l’enfouir dans un champ ou de le laisser dans un bâtiment désaffecté.
Les patrons ont tout fait pour empêcher l’interdiction de l’amiante, qui n’a été prononcée qu’en 1997. Et depuis, les ravages continuent : les maladies liées à l’amiante font entre 3 000 et 5 000 morts tous les ans dans le pays, et les vieux bâtiments qui en contiennent, en se dégradant, continuent d’en relâcher dans l’environnement.
Alors, le minimum serait que les patrons paient intégralement le désamiantage de tous les bâtiments, ainsi que les soins médicaux des victimes de l’amiante. Et au-delà, seul un contrôle des travailleurs sur les procédés de production pourra interdire qu’ils y risquent leur santé.