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Corée du Sud : des femmes contre l’armée américaine
L’enquête d’un journaliste français a récemment fait connaître le calvaire subi par des jeunes femmes sud-coréennes, contraintes de se prostituer pour les besoins de l’armée américaine depuis les années 1950 jusqu’aux années 1990.
Que les états-majors des armées aient recours à la prostitution organisée et se transforment en proxénètes, cela n’est spécifique ni à l’armée américaine, ni à l’armée japonaise. L’armée française avait bien ses « BMC », ses « bordels militaires de campagne » durant la guerre d’Algérie. En Corée, durant la colonisation japonaise, l’armée avait institué le système des « femmes de réconfort » pour ses soldats. Durant toute la Seconde Guerre mondiale, des jeunes femmes, parfois des enfants, furent raflées et transformées en esclaves sexuelles, envoyées partout où l’armée japonaise combattait, parfois même au plus près du front.
Depuis longtemps en Corée du Sud, ce proxénétisme d’État du Japon a symbolisé ce que sa domination coloniale avait de pire. Mais ensuite, l’armée américaine, à partir de la défaite militaire du Japon en 1945 puis surtout à partir de la guerre de Corée, a poursuivi ces pratiques. L’omerta imposée par l’appareil d’État sud-coréen, avec la complicité de tous les partis qui se sont succédé au pouvoir, a par contre réussi à les dissimuler au grand public.
En 1961, une directive interne de l’administration d’une province déclarait « urgent de préparer des installations de masse pour les femmes de réconfort afin de soutenir les troupes de l’ONU ». Avec des méthodes similaires à celles qu’avait employées l’armée japonaise, l’État coréen rafla donc des jeunes filles, souvent mineures, et les enferma dans des maisons closes.
Il ne s’agit pas que d’une histoire ancienne. Alors même que la prostitution est officiellement interdite en Corée du Sud, certains de ces établissements se maintiennent toujours à proximité des bases américaines. La seule différence est que désormais celles qui y sont enfermées sont surtout des femmes étrangères, provenant de Russie ou des Philippines.
Le 8 septembre 2025, une centaine de femmes sud-coréennes ont osé porter plainte contre l’armée américaine, bien que celle-ci soit intouchable par un statut d’impunité datant de 1966. Et elles ont également décidé d’attaquer l’État coréen.
Outre son aspect odieux, le fait illustre aussi combien, malgré sa haute technologie et son modernisme de façade, la Corée du Sud reste dans une relation de soumission extrême vis-à-vis de l’impérialisme américain. Les troupes de ce dernier n’ont jamais quitté la péninsule, elles regroupent 28 000 soldats répartis dans 73 bases militaires et un général américain est toujours détenteur de l’autorité suprême sur l’armée sud-coréenne.