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- Lutte ouvrière n°2997
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Leur société
Qui sont les ennemis des petits agriculteurs
Les attentes, les demandes, les problèmes des agriculteurs au bord de la ruine et de l’expropriation, ne sont pas les mêmes que ceux des capitalistes prospères, à la tête de grosses exploitations, de coopératives agricoles et de sociétés agro-alimentaires.
Il y a en France entre 390 000 et 410 000 exploitations agricoles, selon les différentes façons dont elles sont recensées. En trois ans, 40 000 de ces exploitations ont disparu. De fait, elles connaissent une concentration continue et les plus petites disparaissent à grande vitesse. Aujourd’hui, la taille moyenne des exploitations tourne autour de 70 hectares, une bonne part sont beaucoup plus petites et d’autres beaucoup plus grandes. Le nombre des grandes exploitations de plus de 200 hectares ne cesse d’augmenter et, si elles ne sont que 10 % du total, elles représentent 30 % de la production agricole. Celle-ci générait, au dernier recensement, 36,8 milliards de valeur ajoutée, qui ne vont pas dans la poche de tous. Les plus gros, céréaliers, betteraviers, producteurs de maïs, de colza, de tournesol travaillent à l’échelle du marché mondial, dont les prix se forment, entre autres, à la Bourse de Chicago. Ils sont dépendants de ces lois du marché, mais aussi de grands groupes financiers.
Le premier d’entre eux est le Crédit Agricole, banque dite coopérative, en réalité un des grands groupes financiers mondiaux. C’est elle qui encaisse les annuités des prêts qui asphyxient les plus faibles. C’est aussi elle qui fait procéder par ses sous-traitants aux mises en liquidation et aux expropriations de milliers de petits agriculteurs ne pouvant plus payer leurs dettes. Car, avant d’encaisser le prix de leur travail, ceux-ci doivent payer tous les produits et équipements nécessaires. Par exemple, les prix des engrais et produits phytosanitaires ont augmenté, en un an, de 10 à 20 %, enrichissant de très grands groupes chimiques et industriels. Par ailleurs, la masse des agriculteurs, les moins riches, se retrouvent sous la coupe de coopératives qui, loin de les aider, les saignent sans pitié. Une grosse part des géants de l’agro-alimentaire ont été ou sont encore des coopératives agricoles. On l’a vu en 2025 avec la quasi-fusion entre Lactalis, le géant capitaliste du lait et de ses dérivés, et la Sodiaal, la plus grande coopérative laitière, dont Yoplait est la marque phare.
Ainsi, bien des agriculteurs sont en fait étroitement sous la coupe de quelques grands groupes capitalistes. Et il faut y ajouter les centaines de milliers de salariés agricoles et ceux qui travaillent dans les coopératives ou les abattoirs, qui sont parmi les travailleurs les plus exploités.