Grande-Bretagne : “Quelque chose de pourri...”11/02/20262026Journal/medias/journalnumero/images/2026/02/une_3002-c.jpg.445x577_q85_box-13%2C0%2C1284%2C1646_crop_detail.jpg

Dans le monde

Grande-Bretagne : “Quelque chose de pourri...”

Éclaboussé par l’affaire Epstein, la question pour Keir Starmer, le Premier ministre britannique, ne serait plus de savoir s’il démissionnait, mais quand.

Depuis les révélations concernant Peter Mandelson, le chef du gouvernement travailliste est sur la sellette. En février 2025, Starmer avait nommé Mandelson ambassadeur aux États-Unis, avant de le pousser à quitter son poste sept mois plus tard, quand la solidité de ses liens avec le pédocriminel Epstein était devenue publique. Le temps mis par le leader du Labour à désavouer Mandelson n’était déjà pas glorieux, mais l’accélération de l’affaire Epstein a aggravé son cas. S’il a présenté des excuses aux victimes du milliardaire et de son réseau, il a continué à soutenir, contre toute évidence, qu’il ne mesurait pas la proximité de Mandelson avec le financier américain.

Or il s’avère que, du temps où Mandelson était ministre de l’Économie, entre 2008 et 2010, ses contacts avec Epstein étaient fréquents, et qu’il a reçu de sa part, au fil des ans, au moins 75 000 dollars – dont il dit n’avoir gardé « ni trace ni souvenir » ! Il lui communiquait aussi des informations confidentielles susceptibles de l’aider à accroître sa fortune. À un moment où le système bancaire mondial était passé à deux doigts de l’effondrement, ces fuites pouvaient être précieuses. Comme ministre d’abord puis comme commissaire européen, Mandelson, téléguidé par la banque américaine JP Morgan, fit pression pour que les gouvernements n’adoptent pas la règle Volcker, impôt antispéculation pourtant modeste, espérant être récompensé ultérieurement par un poste dirigeant dans cette firme.

Si Starmer n’était pas au courant de toutes ces activités, dont l’étalage a finalement poussé Mandelson, baron depuis 2008, à démissionner de la Chambre des lords il y a quelques jours, sa nomination initiale était un choix politique. Les liens de Mandelson avec Epstein étaient vus comme un atout, un pont possible avec le nouveau président Trump. Mandelson avait été l’un des maîtres communicants de Tony Blair, Premier ministre qui, sous l’étiquette New Labour, avait cherché à gagner les faveurs des milieux d’affaires en gommant tout ce qui, dans l’image du parti, rappelait le mouvement ouvrier. Certes, Mandelson avait dû démissionner deux fois des gouvernements Blair, dès 1998 puis en 2001, pour avoir servi ses propres intérêts, puis un peu trop ouvertement, ceux d’un businessman indien. Mais il en fallait plus pour déranger Starmer, lui qui se fraya un chemin vers le pouvoir en purgeant le Labour de son aile gauche, précisément pour amadouer la classe capitaliste.

Quand Starmer, tôt ou tard, quittera Downing Street, son remplacement par un ou une travailliste moins compromis avec la génération Blair et la mafia Epstein ne sauvera pas du discrédit un parti qui, depuis son retour aux affaires en juillet 2024, use et abuse de la démagogie antimigrants pour faire oublier sa soumission au grand capital.

Un nouveau locataire à Downing Street ne changera évidemment rien aux difficultés de la classe ouvrière. Mais l’affaire met un peu plus en lumière les mœurs de ceux qui dirigent. Au-delà des questions de personnes, les commandes de la société restent entre les mains de la bourgeoisie, et le fait est qu’elle se moque de l’extension de la précarité, de la pauvreté infantile, du mal-logement, ainsi que du délabrement des services publics, du moment que ses profits rentrent.

« Il y a quelque chose de pourri au royaume du Danemark », faisait dire Shakespeare à Hamlet au début du 17e siècle. Dans la Grande-Bretagne de 2026 aussi, la pourriture se sent à plein nez.

Partager