Guyane : militaires jugés pour extorsion d’or22/04/20262026Journal/medias/journalnumero/images/2026/04/une_3012-c.jpg.445x577_q85_box-0%2C7%2C1265%2C1644_crop_detail.jpg2026-04-22

Leur société

Guyane : militaires jugés pour extorsion d’or

Huit militaires ou ex-militaires comparaissaient le 30 mars devant le tribunal judiciaire de Cayenne pour « violation de consigne » et, pour une partie d’entre eux, pour « extorsion par violence » et/ou « vol en réunion ».

Les faits remontent aux 3 et 4 octobre 2024, dans un secteur d’orpaillage illégal situé à Saint-Laurent-du-Maroni. Du point de vue des autorités, le problème est que, comme tout trafic, celui de l’or échappe au processus commercial normal et en particulier à l’impôt. Les capitalistes du secteur, eux, s’en accommodent, car au final, pas moins de 6 tonnes par an, extraites illégalement, finissent quand même dans les circuits légaux de l’or, où l’on trouve aussi une tonne par an extraite légalement en Guyane.

Le vrai fléau pour la population est la pollution au mercure due à cette activité. Il est à noter que l’utilisation du mercure n’est interdite dans l’orpaillage en Guyane française que depuis 2004. Les mines légales ont donc largement contribué à la pollution. Les populations amérindiennes sont directement et gravement touchées, mais les garimpeiros eux-mêmes, les chercheurs d’or illégaux, le sont également. Les enfants amérindiens qui ont pour habitude de se baigner dans les fleuves sont tous contaminés, la pollution provoquant des dysfonctionnements neurologiques. Certains poissons des fleuves sont aussi une source importante de contamination lorsqu’ils sont consommés, provoquant des malformations des fœtus et générant pour tout être humain des maladies cardiaques ou autres.

Selon les autorités françaises, on compterait 600 sites illégaux dans la forêt amazonienne de la Guyane française. La plupart des 8 000 travailleurs de ces mines sont brésiliens et certains surinamais. Ces garimpeiros travaillent dans des conditions épouvantables, parfois soumis à du travail forcé – quasi-esclaves – sous la direction de gangs ou de mafias.

Les autorités françaises mènent la chasse à cette activité avec des moyens militaires : la Légion étrangère et la gendarmerie, dans le cadre de la mission Harpie. Des commandos emportés par hélicoptères débarquent sur un site et le détruisent. Pompes, groupes électrogènes, réserves de gazole, tout est incendié ou détruit à l’explosif, y compris les abris et les effets personnels des orpailleurs. L’objectif affiché est de tenter de les dissuader de poursuivre cette activité en la rendant plus coûteuse. Cette action militaire est toujours violente et choquante. La cuisinière et un orpailleur d’un site illégal ont donc porté plainte à la gendarmerie de Saint-Laurent-du-Maroni. Six militaires seraient arrivés, le matin du 3 octobre 2024, sur leur base fouillant les abris et menaçant de tout brûler si on ne leur remettait pas 50 grammes d’or… Ils auraient aussi demandé à la cuisinière de se déshabiller pour voir si elle ne cachait pas de l’or sur elle, repartant avec 30 grammes d’or. Le lendemain, d’autres soldats de la même patrouille, s’étant semble-t-il passé le mot, seraient revenus pour cette fois-ci dérober 13 grammes d’or.

La majorité des militaires prévenus ont clamé leur innocence. L’un reconnaissant tout au plus avoir reçu un peu d’or qu’il aurait « gardé comme souvenir »… Par ailleurs, un ex-caporal-chef a rapporté la fréquence de ce type de pratiques lors des missions de lutte contre l’orpaillage illégal. Il a dit avoir pris sur le site le 3 octobre « une lampe carrée et une tondeuse », ajoutant : « Ça a toujours été comme ça. [...] Pour ma première mission en forêt, j’ai été choqué : je voyais qu’ils prenaient tout… Tout le monde le fait, à un moment donné on ne réfléchit plus. [...] Je pense que la plupart des chefs sont au courant, mais ils ferment les yeux », a-t-il conclu. Alors puisqu’il le dit, on ne peut que le croire…

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