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Incendies : l’État a d’autres priorités
Alors que la forêt de Fontainebleau était ravagée par un incendie qui avait déjà parcouru plus de 2 000 hectares, le préfet de Seine-et- Marne s’est félicité en disant que « tout était prêt ». Il fallait oser.
Plus de 32 000 hectares ont déjà brûlé dans le pays, soit davantage que pendant toute la saison 2025. Le syndicat des pilotes de l’aviation civile affirme que « avec toute la flotte opérationnelle, on peut lutter sur un ou deux chantiers, pas plus », alors que les feux s’allument un peu partout : Pyrénées- Orientales, Drôme, Île-de-France. À Fontainebleau, tous les ingrédients étaient réunis pour la catastrophe. La directrice de l’Office national des forêts affirme que la situation était prévisible à cause de la sécheresse et d’une importante densité de population.
Tout le monde sait, depuis des années, que les moyens mis en œuvre pour lutter contre les incendies sont sous- dimensionnés. La flotte vieillissante de douze Canadair est largement insuffisante, et ce ne sont pas les deux appareils supplémentaires qui vont améliorer significativement la situation, d’autant qu’ils ne seront livrés qu’en 2028. Quelques hélicoptères viennent en renfort, mais là aussi, c’est le système D : à Fontainebleau, ils sont venus se ravitailler à une piscine improvisée alimentée par les agriculteurs locaux. Comme à l’hôpital ou dans les écoles, il n’y a là que bricolage. Quant aux reportages montrant un avion militaire transformé en bombardier d’eau, on peut dire que cela vaut mieux que de lâcher des bombes, mais selon un pilote de l’aviation civile, le moyen est inadapté pour les incendies, qui nécessitent de pouvoir se ravitailler en vol et de faire des rotations rapides pour qu’il « pleuve » en permanence.
Comme dans bien d’autres domaines, les impératifs de la lutte contre les incendies se heurtent au problème du financement. Les coupes dans le budget de la protection civile ont conduit à supprimer des commandes de Canadair, et il n’est même plus question de renouveler entièrement la flotte des vieux appareils, une promesse vite oubliée qu’avait faite Macron après les gigantesques incendies de 2022. Pourtant, le gouvernement a réussi à trouver les moyens pour commander de nouveaux Rafale : 152 en 2022, et pas moins de 286 en 2026.
Le 9 juillet, des parlementaires, de LFI à la droite, ont déposé une proposition de loi afin de créer un « fonds national d’adaptation des forêts aux risques d’incendies ». Si ce fonds voit le jour et est aussi efficace que celui prévu pour lutter contre les passoires thermiques ou sur l’adaptabilité des écoles, le problème ne risque pas d’être résolu.