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Israël : la mise en scène de l’extrême droite
« Bienvenue en Israël, nous sommes chez nous ». Tel est le commentaire accompagnant la vidéo postée par Itamar Ben Gvir, ministre d’extrême droite de la Sécurité nationale, montrant les brutalités et les humiliations subies par les militants propalestiniens arrêtés après l’arraisonnement de la flottille pour Gaza, au large de Chypre, le 18 mai.
Partie quelques jours plus tôt de ports d’Europe et de Turquie, la flottille voulait protester symboliquement contre la guerre menée aux Palestiniens, et le désastre infligé à la population survivante de Gaza, enfermée et affamée au milieu des ruines. Après que les bateaux ont été arraisonnés par la marine israélienne, les 430 militants propalestiniens ont été emmenés de force en Israël et enfermés dans la prison d’Ashdod puis de Ketziot, réputée pour ses traitements inhumains et dégradants. Les qualifiant de « terroristes » puisqu’ils soutiennent les droits des Palestiniens, Ben Gvir, ministre et par ailleurs chef du parti suprémaciste Force juive, s’est mis en scène devant ces militants agenouillés face contre terre, humiliés et entravés, alignant les paroles menaçantes et ordurières.
Trois jours plus tard, sa démonstration faite, Ben Gvir a expulsé les militants vers leur pays d’origine. Entre-temps, à la diffusion de ces images choquantes, des porte-parole de nombreux gouvernements avaient émis une protestation officielle contre le traitement infligé à leurs ressortissants. « Inadmissible », « indignation », « monstrueux », « inhumain », « mentalité barbare », a-t-on pu lire parmi les déclarations hypocrites des représentants de puissances impérialistes alliées aux dirigeants israéliens, qui écrasent la population palestinienne dans une guerre sans fin.
Le ministre des Affaires étrangères français, Jean-Noël Barrot, n’a pas manqué d’assortir sa protestation officielle d’une critique sur l’inefficacité de cette flottille « qui ne produit aucun effet utile » et de surcroît, « surcharge les services diplomatiques et consulaires ». Comme si Macron et lui avaient en quoi que ce soit agi, même inutilement, pour dénoncer le massacre à Gaza !
À leur retour, beaucoup de ces militants ont dénoncé les tabassages, humiliations, sévices sexuels et viols dont ils ont été victimes, visiblement sur ordre de Ben Gvir, qui a fait de ces scènes un outil face à ses concurrents aux élections législatives prévues en octobre. Membre de la coalition qui dirige Israël avec Netanyahou – allié de Bezalel Smotrich, chef d’un autre parti d’extrême droite, le Parti sioniste religieux –, Ben Gvir compte sur le soutien des plus réactionnaires des Israéliens. Il s’adresse à un public non seulement proguerre, mais violemment raciste et partisan de l’annexion pure et simple de la Cisjordanie occupée.
Le 20 mai, un projet de loi autorisant la dissolution du Parlement a été déposé. Netanyahou est inquiet des condamnations qu’il encourt à la suite de son procès pour corruption, et cherche le moyen d’être reconduit à la tête du gouvernement avant qu’elles soient prononcées. Pour ratisser large, Netanyahou a choisi de se démarquer de Ben Gvir en déclarant que son ministre aurait traité « les militants de la flottille [d’une façon non] conforme aux valeurs et aux normes d’Israël. »
Voilà encore un épisode révoltant qui donne une idée de la brutalité, de la haine, avec lesquelles l’État israélien, certain d’être soutenu à Washington, traite les milliers de prisonniers palestiniens, qu’il détient, encore plus nombreux depuis le début de cette guerre.