Justice des mineurs : surenchères en cascade26/03/20252025Journal/medias/journalnumero/images/2025/03/une_2956-c.jpg.445x577_q85_box-17%2C0%2C3294%2C4244_crop_detail.jpg

Leur société

Justice des mineurs : surenchères en cascade

Mardi 25 mars une proposition de loi de Gabriel Attal sur la justice des mineurs était discutée au Sénat. La droite veut encore durcir cette proposition qui avait été adoptée par l’Assemblée nationale le 13 février.

La loi vise à « restaurer l’autorité de la justice à l’égard des mineurs délinquants et de leurs parents ». L’ex-Premier ministre, seulement député désormais, ne veut pas se faire oublier.

Quoi de mieux donc pour Attal que d’enfourcher le dada d’une justice trop clémente envers les mineurs afin de se donner une réputation d’homme à poigne ? Il a remis sur l’établi sa fermeté affichée quand il était à Matignon par la formule : « Tu casses, tu répares ; tu salis, tu nettoies ; tu défies l’autorité, on t’apprend à la respecter ! » Le code de la justice pénale des mineurs avait déjà été réformé en 2021, en permettant les comparutions immédiates dès 16 ou 17 ans pour des faits graves et la fin de « l’excuse de minorité » qui autorise une peine divisée par deux par rapport à un adulte.

Le projet de loi a été adopté avec les voix du Rassemblement national, ce qui est bien sûr significatif de l’électorat vers lequel Attal dirige ses œillades. Mais il s’est en quelque sorte fait voler la vedette par Darmanin, le ministre de la Justice. À l’occasion des débats, celui-ci a renchéri en préconisant, par exemple, une mesure judiciaire de couvre-feu pour les mineurs délinquants dès 17 heures, étendue au week-end. Il a évoqué l’abaissement de la majorité pénale à 16 ans. Darmanin lui-même était sous le fouet des recettes délivrées sur France Inter le matin même par le ministre de l’Intérieur, Retailleau, qui réclame une « révolution juridique » face à « l’ensauvagement » de la jeunesse.

Au fil des réformes successives pourtant, le code de justice pénale des mineurs est de plus en plus répressif, aux dépens des mesures éducatives. Le nombre de ceux qui sont détenus a d’ailleurs augmenté de 34 % en trois ans, alors que la délinquance des mineurs n’augmente pas ; elle aurait même tendance à décroître.

Bien sûr, les faits existent et pourrissent la vie des quartiers, et quand un fait divers sanglant implique des adolescents, l’effroi ressenti est instrumentalisé par tous les démagogues. Mais les Attal, Darmanin, Retailleau et, derrière eux, les Le Pen et Bardella se fichent bien de ce que vivent les quartiers populaires où le chômage, l’abandon des services publics, le désœuvrement font des ravages. Eux veulent remplir les prisons pour qu’ensuite les urnes se remplissent de leurs noms.

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