Liban : Israël, recruteur du Hezbollah15/04/20262026Journal/medias/journalnumero/images/2026/04/une_3011-c.jpg.445x577_q85_box-0%2C7%2C1265%2C1644_crop_detail.jpg2026-04-15

Dans le monde

Liban : Israël, recruteur du Hezbollah

Une première depuis plus de trente ans et après des interventions militaires répétées d’Israël au Liban, des représentants des deux pays ont entamé des pourparlers directs « de paix » à Washington, mardi 14 avril.

Les États-Unis ont-ils fait pression sur leur parfois indocile allié israélien, afin qu’il ait l’air de ne pas s’en tenir à la seule force des armes ? En tout cas, on voit mal ce que ces négociations pourraient apporter de positif aux peuples de la région.

D’abord, Israël a refusé de cesser de bombarder le Liban durant ces discussions. Ensuite, il n’y a pas invité le Hezbollah. Or, le combat contre l’importante milice libanaise pro- iranienne est justement le prétexte qu’invoque Israël pour bombarder le Liban, où ses blindés contrôlent maintenant une « zone tampon » censée le mettre à l’abri des tirs du Hezbollah.

Ce n’est pas la première fois que l’armée israélienne se lance dans l’occupation d’une partie du territoire libanais. Ce fut notamment le cas, entre 1978 et 2000, avec en particulier pour effet, lors de la guerre de 1982, de permettre à Israël de mettre la main sur les ressources en eau du sud-Liban – ce qui reste un de ses objectifs stratégiques – mais aussi de faire se lever dans la population libanaise des combattants prêts à mettre leur vie en jeu face aux soldats israéliens.

Le gouvernement de Netanyahou ressasse, comme ses prédécesseurs, que sa politique belliciste, qui oblige la population israélienne à vivre sur le pied de guerre, a pour but de « garantir la sécurité à long terme de la frontière nord d’Israël » et, plus généralement, de faire d’Israël un abri sûr pour ses citoyens. Mais c’est tout le contraire. Une telle politique ne peut que faire surgir, parmi ceux qu’elle frappe, de nouvelles recrues pour des organisations comme le Hezbollah, ou le Hamas à Gaza. Et cela parce que ces organisations leur apparaissent comme les seules ayant la volonté de s’opposer à ce que l’agression militaire incessante d’Israël signifie d’injustice, d’horreurs et d’oppression.

Sa guerre actuelle au Liban a déjà fait plus de 2 000 morts et un million de déplacés de force. Parmi ceux-ci, le Hezbollah trouvera des jeunes et des moins jeunes qui, la rage au cœur, ne rêvent que de venger leurs proches qui ont péri sous les bombes et tout ce qu’ils ont perdu.

Et cela sonne comme une sinistre plaisanterie quand un représentant du département d’État américain, cité par TV5 Monde, déclare que les « pourparlers de paix » à Washington ont aussi pour objectif de « soutenir la détermination du gouvernement libanais à rétablir sa pleine souveraineté sur son territoire et sur sa vie politique ». Israël n’a nulle envie de rendre la partie du territoire libanais que son armée occupe – et que, dans un passé récent, la « communauté internationale », États-Unis en tête, lui laissait occuper. Quant à imaginer que le gouvernement de Beyrouth puisse rétablir sa « pleine souveraineté » sur sa vie politique, cela peut faire sourire. L’État libanais, tel qu’il ressort de décennies de protectorat français, puis d’indépendance dans le cadre de l’impérialisme, se débat dans bien trop de contradictions qui l’affaiblissent. Il ne peut espérer contrer les visées expansionnistes de son voisin méridional, ni s’opposer à l’existence, sur son sol, d’une armée de fait, le Hezbollah, plus puissante que l’armée officielle.

C’est justement cette faiblesse de l’État libanais qui a ouvert la voie au Hezbollah en même temps que la politique guerrière d’Israël « fabriquait » sans cesse de nouveaux combattants pour celui-ci.

Partager