Méditerranée : une catastrophe annoncée08/04/20262026Journal/medias/journalnumero/images/2026/04/une_3010-c.jpg.445x577_q85_box-0%2C7%2C1262%2C1644_crop_detail.jpg

Dans le monde

Méditerranée : une catastrophe annoncée

Mardi 7 avril, le méthanier Arctic Metagaz, chargé de 100 000 mètres cubes de GNL, était toujours à la dérive, sans équipage et prenant l’eau, entre l’île de Malte et les côtes libyennes.

Il s’agit d’un navire russe de la flotte dite fantôme, parce que l’armateur est inconnu, que le bateau navigue sans assurance, n’a pas de système d’identification automatique et ne peut donc pas être suivi par les systèmes de localisation. Ni sa route, ni la nature de sa cargaison, ni son rôle d’équipage ne sont signalés à quelque autorité que ce soit.

L’Arctic Metagaz faisait route depuis Mourmansk, port russe de la mer de Barents, probablement à destination de la Chine via le canal de Suez lorsque, le 3 mars, une explosion suivie d’un incendie a obligé l’équipage à abandonner le navire sur des canots de sauvetage.

Juste après l’avarie, le méthanier dérivant dans les eaux internationales, la seule réaction a été, en toute logique, de demander aux bateaux croisant dans le secteur de se tenir éloignés de la bombe flottante d’au moins dix milles nautiques, soit 18 kilomètres. Mais le vent a poussé l’Arctic Metagaz vers la côte de la Libye. Les autorités du pays et, surtout, la compagnie italienne ENI qui y opère sur des champs pétrolifères offshore, ont alors mandaté une entreprise spécialisée pour remorquer le méthanier vers un port où on pourrait le décharger. L’opération aurait été à la fois complexe et dangereuse, coûteuse et non couverte par les assurances, mais, début avril, pendant des opérations de remorquage, une tempête s’est levée. L’amarre ayant cassé, l’Arctic Metagaz est sorti des eaux libyennes et le vent le pousse dorénavant loin des puits de pétrole, dans les eaux internationales, vers l’île de Malte. La Libye et ENI ont donc interrompu leurs tentatives de sauvetage.

On ne sait si l’avarie de départ vient d’un tir de drone ukrainien depuis la Libye, de la vétusté du navire, d’un choc avec un iceberg au début de sa route ou d’autre chose encore. Quoi qu’il en soit, un tel bateau peut exploser, couler, échouer sur une côte ou une autre, entrer en collision avec un cargo… causant des catastrophes, ne serait-ce qu’en termes de pollution. Pourtant, aucune autorité internationale n’a le droit ni les moyens techniques d’intervenir, aucun État ne veut dépenser un centime pour éviter le naufrage, aucun armateur, même si ses navires passent chaque jour sur cette route, ne se sent concerné. Sur mer comme sur terre, tout patron se sent responsable pour ses profits, irresponsable pour tout le reste.

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