Pouvoir d’achat : le gouvernement au secours du patronat08/04/20262026Journal/medias/journalarticle/images/2026/04/P3-2_Pouvoir_dachat_r%C3%A9tr%C3%A9ci_OK_LUPO.jpg.420x236_q85_box-0%2C0%2C1000%2C563_crop_detail.jpg

Leur société

Pouvoir d’achat : le gouvernement au secours du patronat

« Soyons clairs, une hausse des prix est inévitable, l’Insee l’évalue à 2 % en juin », a déclaré Serge Papin, le ministre des Petites et Moyennes Entreprises, du commerce, de l’artisanat, du tourisme et du pouvoir d’achat.

Illustration - le gouvernement au secours du patronat

Ce ministre commentait ainsi le 5 avril les conséquences de la hausse du prix des carburants et du pétrole brut et annonçait à la population de sombres lendemains.

Alors, que prévoient ses collègues au gouvernement, à commencer par le premier d’entre eux ? Lecornu a déjà annoncé la couleur, il n’est pas question de renouveler le « quoi qu’il en coûte » qui, soit dit en passant, n’a vraiment profité qu’au patronat, gros et moins gros. Et Papin l’a confirmé aux journalistes du Parisien : « Nous n’avons pas les moyens de donner des aides massives, nos finances publiques ne nous le permettent pas. »

On verra donc tout au plus de petits coups de pouce, censés colmater l’effondrement actuel et futur du pouvoir d’achat des classes populaires. Mesure dite « de liberté » par un Papin, ex-patron de Système U, le ticket-repas sera utilisable même le dimanche… si la proposition de loi à ce sujet aboutit d’ici à l’été, comme l’espère le ministre. Les 5 millions de salariés potentiellement concernés devront attendre pour gagner ces quelques euros, qui d’ailleurs leur appartiennent.

Des sénateurs de droite se montrent encore plus aventureux. Ils envisagent une proposition de loi qui débloquerait l’épargne salariale (primes d’intéressement, de participation et de partage de la valeur, dite prime Macron). Si la proposition aboutit, les salariés auraient donc le droit de disposer, là encore, de leur argent, en sortant de leur cagnotte jusqu’à 5 000 euros, en une fois, l’année du vote de la loi. Point ne serait besoin, comme actuellement, de justifier d’une circonstance exceptionnelle pour toucher à son pécule. Quelle générosité et, surtout, quel gain de pouvoir d’achat pour ceux dont les fins de mois surviennent de plus en plus tôt : ils gagneraient… le droit de disposer de leur épargne !

Mais l’imagination poussive des gouvernants ne s’arrête pas là. Ils se torturent les méninges pour trouver comment désamorcer la colère légitime des « grands rouleurs » asphyxiés par les prix du carburant. Qui en bénéficiera, pour quel montant ? Mystère. Mais une chose est sûre : les capitalistes du secteur – comme TotalEnergies, qui a gagné plus d’un milliard de dollars en un mois en anticipant la hausse – n’auront rien à débourser.

Enfin, les ministres sont priés de renouveler avant septembre le système de leasing social, censé permettre à des ménages modestes de se procurer pour (un peu) moins cher un véhicule électrique. Coup double, et même triple, pour le gouvernement : une aide aux constructeurs automobiles, un petit pas vers la décarbonation, et un effet d’annonce pour les conducteurs d’une voiture hors d’âge ayant tout de même les fonds pour en changer.

Tous les moyens sont bons, chez les serviteurs politiques des capitalistes, pour se donner l’air d’agir face à une inflation, dont leur système est entièrement responsable, sans toucher un centime des fortunes qui dégoulinent sur ceux du CAC 40. Leurs 94 milliards de profits de 2025 resteront intacts, y compris chez les trois profiteurs champions que sont, dans l’ordre, BNP Paribas, TotalEnergies et LVMH, avec chacun plus de 10 milliards d’euros empochés dans l’année.

Il est donc clair que l’argent est là. C’est là qu’il faut le prendre pour soigner sérieusement le pouvoir d’achat en augmentant les salaires, en leur faisant suivre l’inflation.

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