Réseaux sociaux : Macron en protecteur de la jeunesse28/01/20262026Journal/medias/journalnumero/images/2026/01/une_3000-c.jpg.445x577_q85_box-0%2C7%2C1265%2C1644_crop_detail.jpg

Leur société

Réseaux sociaux : Macron en protecteur de la jeunesse

Après l’adoption par l’Assemblée nationale d’un article de loi interdisant les réseaux sociaux aux moins de 15 ans, Macron a salué sur X (ex-Twitter) « une étape majeure », « parce que le cerveau de nos enfants n’est pas à vendre. Ni aux plateformes américaines, ni aux réseaux chinois. Parce que leurs rêves ne sauraient être dictés par les algorithmes. »

Macron se réjouit de peu, puisque l’application de cette mesure est encore très incertaine. Elle doit être adoptée par le Sénat, puis mise en œuvre par les réseaux eux-mêmes, qui seront chargés de la vérification de l’âge des utilisateurs. En Australie, où une loi similaire est entrée en vigueur en décembre, les témoignages montrent que beaucoup arrivent à la contourner.

Certes, une telle mesure peut aider certains parents, dépassés par l’addiction de leurs enfants aux réseaux, à en réduire l’usage. Ceux-ci sont conçus pour capter l’attention le plus longtemps possible, leurs revenus provenant essentiellement de la publicité que subissent les utilisateurs. Ils ne sont en cela pas fondamentalement différents de médias plus anciens, en particulier la télévision avec ses dessins animés entrecoupés de publicités pour des céréales ou des jouets. Mais, il est vrai que les réseaux sont redoutablement efficaces pour retenir leurs utilisateurs et leur délivrer des contenus et publicités ciblés en fonction de leur âge et de leurs centres d’intérêt. Pour les propriétaires des plateformes, la santé des jeunes n’entre pas en ligne de compte, pas plus que celle du reste de la population d’ailleurs. Cela n’a rien à voir avec leur nationalité, mais avec le fait qu’il s’agit de capitalistes de la communication, dont le marché repose précisément sur la vente aux annonceurs de « temps de cerveau disponible », selon la formule d’un PDG de TF1 au début des années 2000.

Mais entendre Macron se réjouir du fait que les enfants seraient désormais « protégés » serait risible si ce n’était pas révoltant. Car le monde bien réel dans lequel vit la jeunesse est celui du chômage et des bas salaires, de l’individualisme, de la loi du plus riche. Lorsque les jeunes ne sont pas sur TikTok, il peut suffire d’allumer une chaîne de télévision publique, et bien française, pour voir Gaza en ruines, des enfants de leur âge travaillant dans des mines au Congo, ou des passants assassinés en pleine rue par la police aux États-Unis. Ils sont soumis de plus en plus intensément à une propagande militariste et nationaliste venue des sommets de l’État, destinée à leur faire croire qu’ils auraient des intérêts communs avec les patrons français, qu’ils devraient défendre en se faisant exploiter sans protester aujourd’hui et peut-être, demain, sur les champs de bataille.

Cette hypothétique interdiction des réseaux sociaux n’est guère qu’une énième opération de communication de Macron pour tenter de faire croire qu’il se préoccupe de la protection de la jeunesse, tandis qu’il lui prépare un avenir fait de précarité, de régression sociale et de guerre.

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