Secret défense : un bâillon pour la presse15/07/20262026Journal/medias/journalnumero/images/2026/07/une_3024-c.jpg.445x577_q85_box-0%2C0%2C1271%2C1649_crop_detail.jpg2026-07-15

Leur société

Secret défense : un bâillon pour la presse

La cour d’appel de Paris vient d’ordonner, le 8 juillet, la reprise de l’enquête judiciaire visant à identifier les sources du média en ligne Disclose, qui avait mis en lumière la complicité de l’État français avec la dictature égyptienne.

En 2021, Disclose révélait en effet que des renseignements fournis par l’armée française avaient permis à l’Égypte de bombarder des civils soupçonnés de contrebande à la frontière libyenne. Ces révélations jetaient une lumière crue sur la réalité de l’opération Sirli, entamée en 2016 conjointement par la France et l’Égypte, et censée lutter contre le terrorisme.

Gêné par ce coup de projecteur, le ministère des Armées avait alors porté plainte pour violation du secret défense. En septembre 2023, le domicile d’Ariane Lavrilleux, la journaliste de Disclose à l’origine des articles incriminés, avait été perquisitionné et elle-même placée en garde à vue pendant 39 heures. En octobre 2025, elle bénéficiait d’un non- lieu, au motif que les révélations relevaient de l’intérêt général. Mais le parquet a aussitôt fait appel de cette décision.

En outre, un ingénieur militaire, soupçonné d’avoir transmis à la journaliste des informations sur l’opération Sirli, était renvoyé en procès pour « compromission du secret de la défense nationale ». Il encourt sept ans de prison et 100 000 euros d’amende. Le média Disclose fait par ailleurs l’objet d’une autre plainte pour « diffamation publique » déposée par Thales : un article publié en juin 2024 accusait le fabricant d’armes français de livrer à l’armée israélienne des composants pour les drones utilisés à Gaza.

Réagissant à la relance de l’enquête, Ariane Lavrilleux dénonce un acharnement qui vise « à faire peur à tous les lanceurs d’alerte, à toutes les personnes qui prennent des risques au quotidien pour faire émerger des informations cruciales sur des mensonges de l’État, sur des crimes, sur des injustices ». Ces menaces ne servent pas seulement à couvrir les basses œuvres de l’impérialisme français et de ses marchands de canons. L’État cherche dès maintenant à intimider toute la population pour la faire marcher au pas.

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