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Sénégal : lutte pour le pouvoir
Bassirou Diomaye Faye, le président du Sénégal, a mis fin, mercredi 22 mai, aux fonctions de son Premier ministre Ousmane Sonko. La belle entente longtemps affichée par les deux hommes fait ainsi place à une lutte ouverte pour le pouvoir.
Lors de l’élection présidentielle de mars 2024, Bassirou Diomaye Faye était apparu comme un candidat de substitution à Ousmane Sonko, le leader du Pastef (Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité), rendu inéligible par les manœuvres de l’ancien président Macky Sall. Ousmane Sonko bénéficiait d’une grande popularité à la suite de ses dénonciations de longue date de la corruption et de son discours anti-impérialiste visant en particulier la France. Ses discours lui avaient valu des années de prison et de lourdes condamnations destinées à l’écarter de la course à la présidence. À chacune de ces attaques, la jeunesse était descendue dans la rue, bravant les forces de répression, au prix de nombreux morts.
Ousmane Sonko, dans l’impossibilité de se présenter, avait alors désigné Bassirou Diomaye Faye comme candidat du Pastef. Toute la campagne électorale s’était déroulée sous le slogan « voter Faye, c’est voter Sonko ». Celui-ci avait, comme prévu, été désigné comme Premier ministre à l’issue de la victoire de Faye. Cependant, dès juillet 2025, Ousmane Sonko évoquait une « absence d’autorité du Président ». Plus récemment, il lui reprochait de faire trainer les choses dans la question du contrôle des fonds alloués à la présidence. Peu avant d’être limogé, Ousmane Sonko déclarait : « je ne suis pas un premier ministre qui obéit aveuglément et qui acquiesce à tout ». Le nouveau premier ministre nommé à sa place est Ahmadou Al Aminou Mohamed Lo, un ancien fonctionnaire de la Banque centrale des États d’Afrique de l’Ouest.
Le principal enjeu de cette crise politique est la rivalité entre les deux hommes en vue de la prochaine élection présidentielle. Ousmane Sonko conserve avec lui la majorité des députés et a été élu président de l’Assemblée nationale quatre jours après son limogeage. Bassirou Diomaye Faye a quant à lui le contrôle de l’appareil d’État. Mais rien ne différencie leurs programmes. Sonko ne s’est nullement ému du fait que les promesses faites de lutter contre la hausse des produits alimentaires ne se soient traduites que par des tracasseries et des violences contre les petites vendeuses de rues, ni que les prix du logement continuent à augmenter pour les travailleurs. Il n’a pas protesté contre la répression qui s’est abattue sur les étudiants qui réclamaient le paiement de leurs bourses. Il a soutenu aussi le durcissement des lois contre l’homosexualité, dans le seul but de cacher l’inaction du pouvoir quant aux maux dont souffre la population pauvre, puisque ce durcissement figurait dans son programme.
On peut donc d’ores et déjà prévoir que les déclarations démagogiques vont se multiplier dans la compétition entre ces deux ex-alliés. La population pauvre du Sénégal n’a en tout cas rien à attendre de ces marchands d’illusions.