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Dans les entreprises
Stellantis : comment mettre 22 milliards en négatif !
Un « désastre », un « incendie », des « pertes colossales » : la presse ne trouve pas de mots assez forts pour relayer la thèse du déficit mis en avant par le groupe automobile Stellantis. Une nouvelle fois, les capitalistes pleurent la bouche pleine… avant de s’attaquer aux travailleurs.
La direction du groupe Stellantis se prépare à annoncer des pertes de l’ordre de 23 milliards d’euros pour 2025. Alors que les ventes sont en hausse de 11 % et que le chiffre d’affaires augmenterait de 5 %, cette annonce tient du tour de passe passe. En effet, ce déficit n’existe que parce que la direction du groupe a décidé de provisionner 22 milliards d’euros de « charges exceptionnelles » en 2025. Immédiatement après l’annonce, le cours de l’action Stellantis a chuté et les experts économiques ont hurlé à la catastrophe.
Ce qui est sûr c’est qu’il ne s’agit pas de pertes réelles mais d’opérations comptables permettant de faire passer des bénéfices pour des déficits en jonglant avec les milliards. Les 22 milliards correspondent par exemple à des estimations de recettes futures qui viendraient à manquer suite au changement de stratégie ; ou encore à des estimations d’une rentabilité moindre de sites industriels, une « dépréciation des plateformes » dans le futur. Ils englobent aussi les 13 milliards d’investissements futurs à venir aux États-Unis. Et pour rendre encore plus compliqué la compréhension de ces annonces, le PDG du groupe, Antonio Filosa, a parlé en même temps de « 46 milliards d’euros de liquidités à son bilan » (dont 16 milliards d’euros de lignes de crédit bancaire non utilisées) et de « 6,5 milliards de cash flow », c’est-à- dire de fonds de roulement accessibles immédiatement.
Derrière ce manège, il y a un changement de stratégie du groupe Stellantis que la direction veut faire payer aux travailleurs. En effet, les industriels de l’automobile, déçus par le marché de la voiture électrique moins rentable qu’espéré et face à la concurrence chinoise largement en avance dans ce domaine, ont obtenu de l’UE qu’elle revoie ses décisions sur la fin de la production de voitures thermiques. Dans ce contexte, Stellantis fait le choix de revenir en arrière sur les perspectives de production de voitures électriques au bénéfice des thermiques et des hybrides.
Cela signifiera certainement des investissements différents, des changements. Mais personne ne sait réellement ce qu’il en coûtera ou non au groupe. La seule chose sûre est que la direction cherchera à le faire payer aux travailleurs. Le passage à l’électrique avait déjà été le prétexte utilisé pour licencier et fermer l’usine de Douvrin, dans le Nord. Ce nouveau changement et ces annonces de fausses pertes serviront immanquablement de prétexte pour licencier, augmenter les cadences et fermer des usines, dont celle de Poissy, aujourd’hui visée.
Ce sont bien les travailleurs de l’ensemble du groupe Stellantis à travers le monde qui ont fait la fortune des actionnaires. Les licenciements, les fermetures d’usines et les salaires bloqués n’ont aucune justification, sauf la volonté de maintenir les profits et les dividendes des actionnaires.