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Syrie : les Kurdes assiégés
Malgré l’accord de cessez-le-feu signé le 30 janvier entre les troupes d’al-Charaa et les FDS à majorité kurde, les tensions sont multiples dans le Nord-Est de la Syrie où se poursuit le siège de deux villes kurdes, Hassaké et Kobané.

Les Forces démocratiques syriennes (FDS) ont été créées en octobre 2015 pour officialiser l’alliance entre les milices kurdes de Syrie liées au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) de Turquie et certaines tribus arabes. Les FDS constituèrent alors l’essentiel des troupes au sol engagées avec le soutien des États-Unis et de la coalition occidentale pour combattre l’État islamique (Daesh) qui s’était imposé sur un vaste territoire à cheval sur la Syrie et l’Irak. Elles subirent les plus grandes pertes humaines pour le reconquérir. En 2019, à peine Daesh vaincu et sa capitale Raqqa reprise, les États-Unis lâchèrent une première fois les FDS. Ils laissèrent l’armée turque – qui n’avait cessé de traquer les combattants kurdes, en particulier ceux du PKK – prendre une large bande de territoire le long de sa frontière, au prix de milliers de morts.
Les FDS n’avaient alors pu maintenir leur pouvoir sur le Nord-Est syrien que grâce à leur accord avec Bachar al-Assad et les tribus arabes vivant sur les rives de l’Euphrate, et grâce à l’aval des États-Unis. Cela permit aux chefs des FDS de prendre le contrôle des postes frontières et des champs gaziers et pétroliers de cette région, avec la rente mais aussi la corruption et les trafics qui en découlaient.
La gouvernance de cette région du Rojava par les FDS a certes permis pour un temps aux Kurdes, privés de droits nationaux et réprimés par les États voisins où ils constituent de fortes minorités, de vivre relativement en sécurité. À la différence des autres appareils militaires et seigneurs de guerre qui se sont imposés au fil des années sur le chaos laissé par les multiples interventions militaires américaines au Moyen-Orient, les FDS se veulent laïques et progressistes, intégrant par exemple des troupes de femmes combattantes. Mais, en échange de cette position, très fragile, les FDS ont dû continuer à assumer les tâches les plus ingrates pour le compte de l’impérialisme.
Ainsi, jusqu’à ces derniers jours, les FDS administraient d’immenses camps d’anciens djihadistes prisonniers et leurs familles. Plusieurs dizaines de milliers de personnes, anciens combattants mais aussi femmes et enfants, de nationalité syrienne, irakienne, française, allemande, britannique, sont encore détenues dans une dizaine de camps. Ceux de Roj et Al-Hol regroupent plus de 28 000 civils, dont 8 500 étrangers, dans des conditions indignes. Des enfants sont nés et ont grandi dans ces camps parce que la plupart des pays européens refusent de rapatrier leurs ressortissants même mineurs ayant rallié Daesh, de gré ou de force. Ils continuent de croupir au Rojava.
La reprise en main du Nord-Est syrien par les troupes d’al-Charaa, soutenu par la Turquie et les États-Unis et lui-même djihadiste fraîchement défroqué, pose la question de l’avenir de ces prisonniers. Les États-Unis organisent le transfert vers l’Irak de quelque 7 000 d’entre ceux qu’ils considèrent comme les plus dangereux, sans se soucier ni du sort des autres prisonniers ni des conséquences encourrues dans un Irak ruiné par des décennies de guerres américaines.
Quant à la population kurde de Syrie, elle est une nouvelle fois victime du cynisme sans borne des dirigeants impérialistes qui piétinent les droits des peuples tout en les manipulant quand cela les sert. Mais elle subit aussi les conséquences de la politique des dirigeants kurdes, eux-mêmes disposés à offrir leurs services à n’importe qui lui permettra de contrôler un territoire.