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Tour de France : tour de souffrance
Les neuf premières étapes du Tour de France se sont déroulées à une température moyenne de 32,4 degrés, soit 6,5 de plus que le précédent record.
« On n’a jamais vécu ça », se désole un directeur sportif, présent sur le Tour depuis trente ans.
Après cinq heures d’efforts dans la fournaise, les coureurs en sont réduits à plonger leurs avant-bras dans des bacs d’eau glacée pour faire baisser la température de leur corps, tandis que d’autres passent quelques minutes à moins 120 degrés dans une cabine de cryothérapie. Plus simplement, lors d’une arrivée à Bergerac à 37 degrés, après 180 kilomètres d’efforts, le Belge Tim Merlier ou l’Erythréen Kenyan Biniam Girmay se sont précipités vers le centre de presse avec leur vélo, non pas pour répondre aux questions des journalistes, mais pour y bénéficier de la climatisation...
Face à ces difficultés, le syndicat des coureurs (Cyclistes professionnels associés, CPA) a exigé une réforme du calendrier estival, demandant un changement des heures de départ. Le maillot jaune Tadej Pogacar a également proposé de changer les calendriers et de ne pas organiser de course en juillet et en août dans les endroits les plus chauds, tandis que le champion de France Romain Grégoire a proposé que le départ des étapes soit donné à 9 heures du matin.
Ces demandes de bon sens se heurtent pourtant au refus catégorique de l’organisateur, ASO. En effet, le choix d’organiser la course en juillet plutôt qu’en avril, et de démarrer les étapes à 13 heures plutôt qu’à 6 heures du matin, n’a rien de fortuit. ASO est une entreprise commerciale, appartenant au groupe de presse Amaury, qui possède le journal L’Équipe et qui organise d’autres épreuves comme le Rallye Dakar ou le Marathon de Paris. Elle cherche à maximiser les audiences, surtout pour le Tour de France qui constitue l’épreuve cycliste la plus suivie au monde. Une étape peut attirer un million de spectateurs sur les routes, et la diffusion télévisée draine chaque jour des millions de téléspectateurs en France, des centaines de millions dans le monde.
ASO n’est pas la seule bénéficiaire de la manne provoquée par cette popularité : les sponsors et les marques propriétaires d’équipes (Decathlon, CMA CGM, Groupama, Ineos, Emirates, Intermarché, etc.) en profitent également – c’est même une des conditions de leur participation. En outre, au-delà du Tour de France, les cyclistes professionnels ont un calendrier chargé d’épreuves qui s’enchaînent et sont pris dans un système de sport commercial qui n’est pas prêt de changer. Autrement dit, ils risquent fort de continuer à monter sur le vélo aux pires heures de la journée, aux pires jours de l’année, pour s’éreinter au quotidien sur 200 km de bitume brûlant. Business is business !