- Accueil
- Lutte ouvrière n°3014
- Travailleurs sans papiers : à l’heure des rafles racistes
Leur société
Travailleurs sans papiers : à l’heure des rafles racistes
À la sortie de la gare RER d’Alfortville, dans le Val de Marne, une véritable rafle a été opérée le matin du 9 mars. Des policiers appartenant à une brigade spécialisée basée à Cachan, appelée l’ULII (Unité de lutte contre l’immigration irrégulière), installés entre la gare et les arrêts de bus, ont arrêté des travailleurs sans papiers.

Ces contrôles se font au faciès, visant principalement les personnes noires, maghrébines ou orientales. Huit à dix travailleurs sans papiers ont été embarqués, avant d’être amenés au commissariat de Créteil, et en fin de journée, ils recevaient des avis d’OQTF (obligation de quitter le territoire français). Deux d’entre eux avaient justement participé au piquet de grève de Chronopost Alfortville pour tenter d’obtenir des papiers. Alors que, pendant plus de trois ans, la préfecture avait refusé d’examiner leur situation, en quelques heures, elle a donc trouvé le temps de juger qu’ils n’ont rien à faire en France.
Ce type d’opération de chasse aux étrangers a été mis en scène de façon médiatique par Retailleau mais existe en réalité depuis des années. L’ULII de Cachan fait ses quotas de contrôle principalement dans les gares de Créteil-Pompadour, Maisons-Alfort Alfortville, Choisy-le-Roi, où beaucoup de sans-papiers transitent pour leur travail, mais aussi aux abords et dans les foyers de travailleurs immigrés, ainsi que sur les parkings de magasins de bricolage et BTP, où des patrons viennent recruter à la tâche et à la journée. Chaque fois, de véritables nasses sont mises en place dans les lieux choisis. Cette fois-ci, à Alfortville, cette unité agissait de concert avec la police de la RATP qui, elle, intervenait dans un bus, non pas pour contrôler les titres de transport mais les papiers, en livrant ceux qui n’en avaient pas aux policiers de l’ULII.
Ces opérations s’effectuent sous la couverture juridique d’une réquisition du Parquet autorisant des contrôles suite à un fait de délinquance quelconque dans le territoire visé. Mais les lieux et les horaires choisis correspondent aux heures d’aller et retour au travail et montrent bien qu’il s’agit de « débusquer » des travailleurs sans papiers, avec des méthodes similaires à celle de l’ICE de Trump.
Les rafles, comme les campagnes anti-immigrés, s’inscrivent dans une surenchère raciste avec le Rassemblement national. Mais elles servent aussi à maintenir un climat de peur chez des centaines de milliers de travailleurs sans papiers, qui sont ainsi à la merci d’un patronat dont les profits prospèrent grâce à leur surexploitation !
Le collectif de sans-papiers, le syndicat Sud et des militants de LFI et de Lutte ouvrière ont dénoncé cette rafle par des distributions de tracts à la gare et sur le marché. Le 30 avril, Muriel Monchal, élue de Lutte ouvrière au conseil municipal d’Alfortville, y est intervenue en faisant le parallèle avec la police de l’immigration de Trump : « Des travailleurs habitants d’Alfortville, des collègues de travail, des voisins, des personnes que nous côtoyons tous les jours sont dans cette situation des plus précaires et doivent vivre dans la crainte d’arrestations, doivent aller au travail en rasant les murs pour ne pas tomber dans les griffes d’une ICE à la française. »