Tunisie : “le peuple a faim et les prisons sont pleines”27/05/20262026Journal/medias/journalarticle/images/2026/05/P12-2_Manifestation_du_16_mai_%C3%A0_Tunis_sous_le_slogan_Le_peuple_a_faim_les_prisons_sont_pleines_HD_C_Chedli_Ben_Ibrahim-Nurphoto_Via_AFP.jpg.420x236_q85_box-0%2C66%2C800%2C516_crop_detail.jpg2026-05-27

Dans le monde

Tunisie : “le peuple a faim et les prisons sont pleines”

Ce slogan a retenti à l’occasion de récentes manifestations, en Tunisie, le 16 mai. Il résume la colère d’une partie de la population tunisienne contre les difficultés de la vie et la répression exercée par le régime de Kaïs Saïed.

Illustration - “le peuple a faim et les prisons sont pleines”

Un exemple récent de cette répression est la condamnation de l’avocate opposante Sonia Dahmani à deux ans de prison. Aux yeux du président, qui s’est arrogé tous les pouvoirs il y a quatre ans en dissolvant le Parlement, elle est coupable d’avoir dénoncé les conditions inhumaines qui règnent dans les prisons surpeuplées. Le motif officiel de la condamnation est la « diffusion de fausses informations », selon le très commode et très usité décret 54 publié par Kaïs Saïed en 2022. Elle connaît d’ailleurs d’autant plus la situation carcérale qu’elle avait déjà subi un emprisonnement de 18 mois pour avoir dénoncé les effets concrets des déclarations racistes du président-dictateur à l’égard des migrants subsahariens.

Bien d’autres opposants sont en prison ou en passe d’y être jetés, en particulier depuis février 2023, date à laquelle Kaïs Saïed a accentué sa campagne antimigrants subsahariens. Élu en 2019 après avoir promis de combattre la corruption, réélu par 90,7 % des voix après avoir modifié la Constitution en 2022 et écarté tous ses opposants, Saïed a beau avoir en grande partie muselé le système judiciaire et la presse, attaqué les ONG, bref fait régner la peur comme à l’époque de Ben Ali, il ne parvient pas à faire croire à la population que son régime a réglé les problèmes sous le soleil de Carthage.

Les courageux manifestants du 16 mai dénonçaient non seulement cette chape de plomb, mais exprimaient aussi le mécontentement des millions de personnes qui subissent le chômage chronique (37 à 41 % des jeunes, et près des trois quarts des femmes, éloignées de l’emploi pour bien des raisons dont la discrimination à l’embauche), la corruption, et la vie chère.

Même si l’augmentation des prix des produits alimentaires est officiellement de 8,2 % en un an, les fruits frais ont augmenté de 19 %, la volaille de 16 %, les piments et poivrons de 60 % et les tomates, produit de base en cette saison, de 100 %.

Le régime tente visiblement de détourner l’attention de la population en fabriquant des procès contre les voix discordantes. Celles-ci continuent néanmoins à s’élever, voix opposantes ou voix de travailleurs en colère, en particulier sur les salaires.

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