L’usine du Mans à l’heure des drones25/02/20262026Journal/medias/journalnumero/images/2026/02/une_3004-c.jpg.445x577_q85_box-0%2C7%2C1265%2C1644_crop_detail.jpg

Dans les entreprises

L’usine du Mans à l’heure des drones

Les 2 000 travailleurs de Renault Le Mans, qui produisent les châssis pour les différents modèles de la marque, ont appris mi- janvier par les médias que l’usine avait été choisie par Renault pour monter des drones militaires en partenariat avec le fabricant Turgis- Gaillard.

Il s’agira de drones de grande taille, jusqu’à 10 mètres d’envergure. La production devrait commencer en juin avec l’objectif d’atteindre 600 drones par mois. Elle se fera au « JJ », dans un bâtiment qui, au fil des années et des réductions d’effectifs, est aujourd’hui quasiment vide. Une soixantaine de travailleurs en équipes 2 x 8 y seront affectés dans un premier temps, isolés du reste des travailleurs car le JJ sera coupé du reste de l’usine.

À l’usine, la surprise a été grande. Les travailleurs ont appris le projet par la presse, par une fuite visiblement car, la veille encore, dans les grandes réunions annuelles qu’elle organise avec tout le personnel, la direction n’en avait pas dit un seul mot. Cette annonce a particulièrement choqué celles et ceux qui pensent qu’ils n’ont pas signé chez Renault pour fabriquer des engins de guerre. La direction a bien dû finir par communiquer. Pour faire passer sa décision, elle utilise dans son site Média l’argument selon lequel « dans le cas où le drone serait équipé de charges militaires, cette étape interviendrait une fois le drone livré par Renault Group, qui ne sera responsable que de la fabrication de l’aéronef ». Bref, si ses drones tuent, ce ne sera pas elle la responsable mais son partenaire ou le futur client !

La direction a également convoqué un CSE extraordinaire pour consulter les syndicats. Tous ont voté pour, avec enthousiasme, au nom de l’emploi et de la reconnaissance de l’image de l’usine. Seule la CGT s’est abstenue. Elle avait pourtant pris position contre, mais n’a pas été jusqu’au bout de son opposition au prétexte de l’avis des syndiqués. La direction avait annoncé auparavant que les postes pour le montage des drones ne seront remplis qu’au volontariat.

La direction fait ainsi mine de demander un avis alors que c’est elle qui décide de tout. Depuis quand les travailleurs, avec ou sans les syndicats, décident-ils de la production ? Et dans cette période de développement de l’économie de guerre et de montée du militarisme, il est d’autant plus évident que l’avis des travailleurs ne comptera pas.

De plus, le fait que les postes soient au volontariat ne change rien, car ce sont tous les travailleurs de Renault et d’ailleurs qui demain seront peut-être touchés par la guerre. Si l’économie devient une économie de guerre, cela n’impliquera pas seulement ceux qui fabriqueront directement des drones. Et puis, comme le disent certains : « Maintenant, l’usine est devenue une cible en cas de conflit. » Et même si ce n’est pas l’usine elle-même qui sera touchée, ce seront leurs enfants qui seront envoyés au front, ce seront des journées de travail de 12 heures, la militarisation de la production, les pénuries et les problèmes de ravitaillement. Ce seront des sacrifices pour les classes populaires et des profits assurés pour les marchands de canons !

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