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Article du journal
La manifestation de Lyon
l’extrême droite telle qu’elle est
Samedi 21 février, sous prétexte de rendre hommage à Quentin Deranque, militant identitaire tué au cours d’une rixe avec des « antifas », un peu plus de 3 000 personnes, venues de toutes les chapelles de l’extrême droite, ont défilé dans les rues de Lyon.
Malgré le soin pris par les organisatrices – des militantes anti- avortement dont l’une est la compagne du chef du groupe néonazi Lyon populaire dissous en juin 2025 – pour donner une image respectable de leurs troupes, leur vrai visage est vite apparu : slogans grossièrement racistes, insultes proférées contre les riverains qui marquaient leur hostilité, saluts hitlériens remarqués malgré le service d’ordre, qui éloignait les journalistes et déployait opportunément des parapluies sous un beau soleil.
Il faut dire que, parmi les responsables du service d’ordre, se trouvaient des personnages aussi pacifistes que Benedetti, ex-chef du groupuscule pétainiste l’Œuvre française, Gabriac, exclu du RN après un salut nazi, ou encore de Cacqueray, condamné pour avoir tabassé des militants de SOS racisme dans un meeting de Zemmour. Pour ne pas ternir son opération de dédiabolisation, Bardella, le président d’un RN dont bien des cadres conservent des liens plus ou moins discrets avec cette mouvance, qui va des catholiques traditionalistes aux néo- nazis en passant par des pétainistes, avait interdit à ses députés et porte-parole de participer à cette manifestation.
Malgré les nombreuses demandes d’interdiction, dont celle du maire de Lyon, le cortège avait été autorisé par le ministre de l’Intérieur et la préfète. Alors que le gouvernement a plusieurs fois interdit des manifestations de soutien à la Palestine, le ministre s’est dit soucieux de « garantir la liberté d’expression ». Cette manifestation est venue conclure une semaine de campagne politique et médiatique visant à imputer à LFI la responsabilité de la mort du militant identitaire et à blanchir l’extrême droite de toute responsabilité dans les agressions racistes, les saccages de locaux de partis de gauche ou de syndicats, les perturbations de réunions publiques. Il faut pourtant rappeler qu’avant de mourir sous les coups, Quentin Deranque était venu perturber une conférence de la députée européenne LFI Rima Hassan. Et toute la semaine qui a précédé cette manifestation, des locaux de LFI, du PCF, de la CGT ou de Solidaires ont été vandalisés et leurs militants menacés par des alertes à la bombe.
Cela n’a pas empêché les dirigeants macronistes, ceux de la droite et de l’extrême droite, de dénoncer la violence en en rendant responsables ceux qu’ils appellent « l’extrême gauche », dans laquelle ils incluent LFI. Au fond, la mort, bien sûr regrettable, de ce militant identitaire a été le prétexte d’une campagne destinée à intégrer le RN dans ce qu’ils appellent « l’arc républicain », c’est-à-dire l’ensemble des partis reconnus aptes à gérer les affaires de la bourgeoisie. Symbole de l’union d’une droite et d’une extrême droite qui se préparent à gouverner ensemble, Laurent Wauquiez, député LR et vice-président de la région Auvergne-Rhône-Alpes, avait fait installer un portrait de Deranque sur la façade de l’hôtel de région tandis que Jean-Michel Aulas, candidat à la mairie de Lyon soutenu par la droite et les macronistes, demandait qu’un tel portrait soit placé sur l’hôtel de ville.
Si la démagogie politicienne et la campagne réactionnaire qui ont déferlé sur les plateaux de télévision n’ont guère eu d’écho au sein des classes populaires, elles ne sont pas sans conséquences car elles encouragent et légitiment les tenants d’une politique raciste et xénophobe, tels ceux qui se sont montrés au grand jour à Lyon.